Grâce et disgrâce
Couper l'herbe sous les pieds de l'UDC, bis
Les socialistes s’en réjouissent: ils ont piégé Christoph Blocher. Quoi qu’il advienne de l’initiative de Thomas Minder sur les rémunérations abusives, les Suisses auront la possibilité de se prononcer sur un texte castrant les abus salariaux qui les ont tant indignés (lire également en page 40). Dans le jargon de la tactique politicienne, cela s’appelle couper l’herbe sous les pieds de l’adversaire. Les socialistes oseront-ils faire de même avec l’initiative sur les moutons noirs, ce texte qui a enflammé la campagne des élections fédérales 2007 ? Auront-ils le courage de se rallier au contre-projet porté par le PLR et le PDC?
L’idée de disposer d’un contre-projet au texte controversé prévoyant l’expulsion automatique des étrangers délinquants est née au lendemain du vote sur les minarets. PLR et PDC ont été prompts à réagir: si on ne veut pas invalider les initiatives populaires qui contreviennent au droit international, alors il faut au moins proposer au souverain, de manière claire, un texte alternatif qui reprend la volonté des initiants tout en ne violant pas les conventions internationales signées par la Suisse. Pas très glorieux, terriblement pragmatique, mais cette humilité vaut mieux que les indignations et les lamentations tardives. A la fin, le peuple garde la possibilité de dire «non» à l’initiative comme à son décalque honorable. Se rallier à un texte d’une dureté extrême envers les étrangers, la couleuvre sera difficile à avaler pour nombre de militants socialistes. La défense de certaines valeurs ne se mégote pas. Pourtant, la manœuvre a du potentiel.
Le PS compte beaucoup d’idéalistes que l’outrance sécuritaire instillée par l’UDC insupporte, mais un débriefing sur le recul électoral de 2007 avait montré que nombre de militants estimaient que les questions de délinquance n’avaient pas été assez prises au sérieux. Les protestations pourraient d’ailleurs être jugulées par un travail d’explication des élus fédéraux et cantonaux sur le pourquoi de ce ralliement contre nature. Surtout, si les idéalistes ont raison de minimiser la délinquance étrangère, ils ne devraient pas redouter l’adoption d’un texte listant les condamnations entraînant l’expulsion, car il sera peu ou pas appliqué.
Depuis que l’UDC domine le débat politique suisse, il se dit que l’original vaut mieux que la copie, qu’il vaut mieux voter Blocher que PLR ou PDC, pâles copies qui ne se distancieraient de la droite dure que par un comportement plus civil. Casser cette logique ne serait pas sans retombées positives pour les socialistes. Ils se procureraient des partenaires reconnaissants pour d’autres enjeux.
SI LES IDÉALISTES ONT RAISON, LE TEXTE SERA PEU APPLIQUÉ.
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Tags: Chantal Tauxe,
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