Créationnistes: A l’assaut de la Suisse
Les mouvements qui traitent la Bible comme un récit historique sont solidement implantés en Suisse. Ils songent au dépôt d’une initiative populaire. Dans leur ligne de mire, les écoles. Les autorités font semblant de ne rien voir.
«Je crois fermement que la Bible est un récit historique.» Philip Bell pose pour voir son effet sur la cinquantaine de personnes réunies dans les locaux de l’Eglise méthodiste de Lausanne. Il reprend: «Le Déluge s’est-il vraiment produit? Et la Genèse? La science met sans cesse à jour de nouvelles preuves confirmant le récit biblique.» L’Anglais, membre de l’organisation Creation Ministeries International, exhibe alors de grandes photos de fossiles, placées à côté d’animaux et de plantes vivantes qui leur ressemblent. «Vous voyez, il y a eu zéro évolution.» L’une des images montre un poisson en train de mettre bas: «Cet animal a été surpris par une catastrophe extrêmement rapide, comme un déluge.»
Pour lui, le déroulement des événements est limpide: «Dieu a créé un monde parfait, en six jours, qui a été corrompu par l’ambition de l’homme. Il a alors ordonné le Déluge pour détruire tout ce qui se trouvait sur terre, à l’exception de deux membres de chaque espèce animale.» Fin de la conférence. Les spectateurs sont priés de se servir généreusement parmi la vingtaine d’ouvrages créationnistes mis à disposition gratuitement au fond de la salle.
Cette conférence, qui a eu lieu en novembre dernier, n’est pas un événement isolé en Suisse romande. Le lendemain, Philip Bell en a tenu une autre à Lausanne, dans les locaux de la Ligue pour la lecture de la Bible, une organisation évangélique. Le jour d’après, il s’est exprimé à l’hôtel Ramada de Genève, suite à la diffusion d’un film critiquant la théorie de Darwin, The Voyage that Shook the World.
«Manifeste créationniste». Derrière cette série de manifestations: le Centre biblique européen, une structure basée à Vuarrens (VD) et créée en 1983, qui défend les thèses créationnistes à coup de publications et de conférences. «Nous sommes en contact régulier avec quelque 300 personnes», indique son directeur Daniel Mathez. Elle n’est pas seule en Suisse romande. L’Alliance Pierres Vivantes (APV), basée à Siviriez (FR) et fondée en 1986, cherche à «présenter la création de Dieu en tant que vérité historique et non en tant que mythe religieux», ainsi qu’à démontrer «le caractère peu scientifique et mensonger de la théorie de l’évolution», selon son site internet. Elle comprend une église pentecôtiste, une école et une maison d’édition. L’APV est en lien avec les créationnistes américains de l’Institute for Creation Research, au Texas.
L’association Création Bible Science, fondée à Vevey en 1987, revendique pour sa part 200 à 300 membres. Elle a notamment publié un Manifeste créationniste. Enfin, des personnes diffusent les thèses créationnistes à titre individuel, comme le pasteur Pierre Amey. Cet ingénieur de formation, qui a officié pendant plus de vingt ans pour l’Eglise réformée de Saint-Blaise-Hauterive (NE), se décrit comme un modéré: «Il y a toute une gamme de créationnistes, des plus fondamentalistes aux plus nuancés. Moi je me concentre sur l’examen des soi-disant preuves émises par les évolutionnistes.» Il a publié une série de cassettes vidéo appelées L’évolutionnisme en question?.
Parc d’attraction. Outre-Sarine, les créationnistes sont mieux organisés encore. L’association Pro Genesis, créée en 2001 à Zurich et comptant 600 à 800 membres, se charge de diffuser des articles et des ouvrages «scientifiques». Elle organise aussi des conférences gratuites pour «les Eglises, écoles ou partis politiques intéressés», explique son fondateur Gian-Luca Carigiet. Elle est proche de la maison d’édition Schwengeler, à Berneck (SG), qui édite les magazines créationnistes Faktum et Ethos.
Projet fou, l’organisation veut créer un parc d’attractions de 50 hectares, appelé Genesisland. Un site internet doté d’animations en 3D permet de le visualiser: il sera doté de pavillons consacrés aux quatre éléments (eau, feu, terre, air) et d’une arche de Noé de 150 mètres de long, reconstituée selon les indications de la Bible. Une SA a été fondée pour lever des fonds et aurait déjà réuni 750 000 francs. «Nous cherchons des investisseurs, explique Gian-Luca Carigiet. Il nous faudrait 200 millions d’euros.» Trois sites sont étudiés, tous en Allemagne.
La Suisse alémanique compte en outre une université privée d’orientation créationniste, la STH de Bâle. Créée en 1970, elle a basé ses recherches «sur la vérité du texte divin» et évite «toute critique de la Bible». Elle mène également des fouilles archéologiques en Israël pour retrouver les lieux évoqués dans la Bible, comme le village d’Emmaüs. Elle a déjà formé quelque 1000 étudiants.
Méfiance face à la science. Outre le noyau dur de quelques milliers de personnes qui ont adhéré à l’une des associations créationnistes mentionnées ci-dessus, le sentiment semble être largement répandu dans la population. Un sondage réalisé en 2002 par l’institut Gfk, sur mandat de Pro Genesis, indiquait que 43% des Suisses croient à la création divine. Parmi ceux-ci, 22% pensaient même que la terre n’a pas plus de 10 000 ans. Une autre enquête datant de 2005 et publiée dans Science Magazine montre que 28% des Suisses pensent que l’évolution est fausse. Des chiffres impressionnants mais relativement proches de ce qu’on observe dans les autres pays européens, à l’exception de la France et des pays scandinaves, Etats très laïcs.
Cet engouement renvoie à la méfiance grandissante de la population face à la science, toujours plus associée à la dégradation de l’environnement ou aux scandales de clonage et de sang contaminé. «Le succès du darwinisme était lié à l’émergence d’un positivisme triomphant, qui voyait la science comme une source indubitable de progrès, relèvent Claire Clivaz et Philippe Bornet, professeur et maître assistant à l’Université de Lausanne, qui ont coorganisé cet automne une formation continue sur le créationnisme destinée notamment aux enseignants et pasteurs vaudois. Aujourd’hui, ce discours est remis en question, au profit d’un certain relativisme post-moderne qui conteste le discours unique de l’expert et les critères mêmes de la science.»
Mais les défenseurs les plus virulents du créationnisme se recrutent dans les Eglises évangéliques. «Il existe un fort consensus dans ces milieux autour de certaines valeurs, comme l’importance de la famille, la nécessité d’un style de vie hautement moral, l’opposition à une société perçue comme dévoyée à travers la criminalité ou la drogue ou l’interdiction du sexe avant le mariage, analyse Jörg Stolz, directeur de l’Observatoire des religions à Lausanne. Ils y voient une application à la lettre de la Bible, perçue comme le reflet exact de la parole de Dieu.» En remettre en question le moindre élément – la Genèse, par exemple – ferait s’écrouler tout l’édifice.
Les créationnistes se trouvent surtout chez les évangéliques «conservateurs» (comme l’Evangelischer Brüderverein, les darbystes, l’Action biblique, etc.), indique le chercheur Olivier Favre, qui a rédigé une thèse à ce sujet. Il y en a 10 400 en Suisse. Des politiciens, appartenant à des partis proches des milieux évangéliques comme le Parti évangélique suisse (PEV) ou l’Union démocratique fédérale (UDF), soutiennent également les thèses créationnistes. Le conseiller national Walter Donzé (PEV/BE) fait partie de la direction de Pro Genesis.
On en trouve également quelques-uns dans les paroisses protestantes et auprès des catholiques fondamentalistes. Chez les musulmans, le créationnisme a surtout pris ancrage en Turquie, sous l’influence de l’auteur Harun Yahya, qui a publié en 2007 un Atlas de la création richement illustré et distribué à des milliers d’écoles, de journalistes et de bibliothèques en France, Suisse et Belgique.
Dans les écoles. Mais que veulent au juste ces milieux? «Nous demandons qu’on enseigne le créationnisme dans les écoles, au même titre que l’évolution, relève Gian-Luca Carigiet. Nous étudions le dépôt d’une initiative populaire.» Il s’appuie sur les résultats d’un sondage commandé en 2007 à l’institut Gfk: 19,6% des personnes interrogées voulaient voir uniquement l’évolution enseignée, 4,8% seulement la création et 75,6% les deux. «Cela fait tout de même plus de 80% qui ne s’opposent pas à ce qu’on enseigne le créationnisme à l’école», relève Gian-Luca Carigiet.
Des contacts ont déjà été pris avec l’UDC et l’UDF. Cette dernière se dit prête à soutenir une telle initiative: «Le parti est favorable à l’introduction d’un enseignement créationniste, au nom de la diversité de l’éducation, indique Maximilien Bernhard, secrétaire romand de l’UDF. On ne doit pas donner une seule explication de la formation du monde aux enfants.» En avril 2008, trois députés UDF au Grand conseil zurichois ont déposé un postulat réclamant qu’on donne le même poids en cours de biologie aux théories créationniste et évolutionniste. Le Conseil d’Etat s’y est refusé, arguant que cela mettrait en danger la liberté de croyance inscrite dans la Constitution.
Le créationnisme a cependant commencé à pénétrer dans les salles de classe par la petite porte. En novembre 2007, le Département de l’instruction bernois annonçait le retrait d’un manuel scolaire, NaturWert, qui contient un passage mettant les arguments créationnistes sur le même plan que la théorie de l’évolution. Moins visible, certains enseignants diffusent ces thèses en classe. «On m’a parlé d’une prof qui proposait systématiquement à ses élèves des sujets de travail de maturité ayant pour but de défendre le créationnisme», raconte un enseignant dans un gymnase lausannois. Jacques Daniélou, président du Syndicat vaudois des enseignants, dit avoir été interpellé «trois ou quatre fois» ces dernières années par des professeurs que cela dérangeait de devoir enseigner exclusivement la théorie de l’évolution.
Jean*, enseignant de sciences et d’histoire biblique dans le secondaire vaudois, évoque ouvertement son malaise: «Je suis chrétien, et je trouve que le créationnisme aurait sa place à l’école, car cela appartient à notre tradition judéo-chrétienne. Lorsque j’enseigne l’évolution, cela ne correspond pas à ce que je pense. Les élèves le sentent et me demandent souvent mon avis. Je leur parle alors du créationnisme.» Il dit avoir «plusieurs collègues» dans le même cas.
Une étude récente du Fonds national suisse réalisée à la Haute école pédagogique (HEP) de Berne a montré que de nombreux enseignants en formation présentaient des tendances créationnistes. Angela Stienen, l’une des chercheuses, estime que 20% des étudiants de la HEP sont «très croyants», surtout de tendance évangélique. «Ils nous disaient que l’enseignement de l’évolution pourrait leur causer “un conflit intérieur” et serait très difficile pour eux, détaille-t-elle. Ils savent toutefois qu’ils doivent aborder cette théorie.» L’éducation sexuelle leur pose également problème, en raison de l’accent mis sur la contraception. Angela Stienen rappelle que les jeunes très croyants sont surreprésentés dans l’enseignement ou le social, des métiers qui correspondent à leur besoin de «faire le bien», d’imprégner la société de leurs valeurs et de concilier travail et vie de famille.
Cantons pas au courant. Les autorités ne semblent pas avoir conscience de cette situation: interrogés par L’Hebdo, tous les cantons romands ont dit n’avoir jamais été confrontés à un enseignant créationniste. Un certain secret entoure ce qui se passe dans la salle de classe. Si les élèves ne s’en ouvrent pas à leurs parents ou à la direction de l’école, les remarques créationnistes du prof peuvent très bien passer inaperçues. La plupart des lois cantonales sur l’école obligatoire interdisent certes le prosélytisme religieux en classe, mais les contrôles sont rares. L’autorité de surveillance, dont chaque canton dispose, n’intervient que sur plainte.
Quant au programme scolaire, décidé au niveau cantonal, il reste flou quant aux théories qui doivent être abordées. Le genevois se contente par exemple d’indiquer que l’élève «doit acquérir les connaissances qui devraient lui permettre de comprendre les mécanismes évolutifs dont il est issu». Le nouveau plan d’études romand, qui entrera en vigueur en 2011, ne va pas plus loin. «En biologie, le thème “Diversité du vivant” peut être présenté sous l’angle de l’évolution, mais le terme “évolution” et “créationnisme” n’apparaissent pas en tant que tels dans le programme», indique Yves Delamadeleine, son responsable à la Conférence intercantonale de l’instruction publique romande et tessinoise.
Il existe en outre des écoles privées acquises au créationnisme. Elles sont tenues d’appliquer le programme officiel, mais elles sont libres de procéder à des ajouts. En Suisse romande, il y en a au moins huit, regroupées sous la bannière de l’association Instruire. Proches d’Eglises évangéliques, elles proposent à quelque 300 élèves «un enseignement qui prend la Bible comme référence, ce qui n’est pas possible au sein de l’école publique», explique Emmanuelle Tendon, leur porteparole. «Nous enseignons l’évolution, mais aussi la création, précise Dominique Schaller, porte-parole de l’Alliance Pierres Vivantes, qui possède une école avec une vingtaine d’élèves. Il faut que l’élève sache qu’il existe plusieurs théories, comme en philosophie.»
L’APV vend également du matériel scolaire aux parents souhaitant prendre en charge eux-mêmes l’éducation de leurs enfants (home schooling), une tendance très répandue chez les créationnistes américains. On trouve notamment un manuel de biologie, destiné à «faire découvrir aux élèves les richesses de la création des 5e et 6e jours». Darwin n’a pas fini de se retourner dans sa tombe...
«ON NE DOIT PAS DONNER UNE SEULE EXPLICATION DE LA FORMATION DU MONDE AUX ENFANTS.» Maximilien Bernhard, secrétaire romand de l’UDF
Lire aussi
À CONSULTER
«Evolution et croyances», Philippe Bornet, Claire Clivaz et alii, Labor et Fides. A paraître à l’automne 2010.
«Les créationnismes: une menace pour la société française?», Olivier Brosseau et Cyrille Baudouin, Syllepse, 2008. http://www.tazius.fr/les-creationnismes/ PLUSIEURS COURANTS
Des Jeune-Terre à l’«Intelligent design»
Les créationnistes s’appuient sur la Bible, perçue comme un texte historique, et s’opposent à la théorie de l’évolution développée il y a 150 ans par Darwin. Ils refusent de croire que l’apparition de la vie soit le fruit du hasard et qu’elle n’ait pas de finalité ou de sens. Le fait que l’homme – censé être à l’image de Dieu – descende du singe leur est également insupportable. Un premier courant créationniste, dit Jeune-Terre, postule que le monde a été créé en six jours de 24 heures et n’a donc pas plus de 6000 à 10 000 ans.
Les tenants du créationnisme Vieille-Terre pensent au contraire que les six jours de la Genèse peuvent être interprétés comme des périodes de plusieurs milliers d’années. Ils admettent que de «micro-évolutions» ont pu se produire au sein d’une même espèce, mais nient l’apparition de nouvelles espèces. Dès les années 90, les créationnistes ont modernisé leur théorie, créant l’«Intelligent design» (ID), qui admet l’évolution des espèces mais postule qu’elle est orchestrée par une intelligence supérieure. La complexité de certains organismes – comme l’œil – est telle qu’elle ne peut être apparue par hasard, disent-ils.
Les défenseurs de ces thèses vont jusqu’à financer des recherches géologiques ou archéologiques, comme ces créationnistes américains qui mènent des fouilles sur le mont Ararat en Turquie pour trouver l’arche de Noé. Autre tactique de validation, ils se font soutenir par des scientifiques de renom issus d’autres branches que la biologie (ingénieurs, juristes). DEPUIS 150 ANS
1859 Publication de L’origine des espèces de Charles Darwin, l’ouvrage fondateur de la théorie de l’évolution.
1925 Quinze Etats américains interdisent l’enseignement de l’évolution, suite au Butler act adopté par le Tennessee. Un professeur, soutenu par l’Union américaine pour les libertés civiles, saisit les tribunaux pour s’y opposer. C’est le fameux «procès du singe», qu’il perdra.
1968 La Cour suprême juge l’interdiction d’enseigner l’évolution contraire à la séparation de l’Eglise et de l’Etat prévue par la Constitution.
1981-87 Des procès ont lieu dans 26 Etats américains entre tenants et opposants d’un enseignement créationniste à l’école. En 1987, la Cour suprême l’estime contraire à la liberté de croyance contenue dans le premier amendement de la Constitution.
1991 La théorie de l’Intelligent design (ID) est formulée dans l’ouvrage Darwin on trial de Phillip Johnson, professeur de droit à Berkeley. Un an plus tôt, le Discovery Institute, un think tank dédié à l’ID, voyait le jour à Seattle.
1999 Le Kansas supprime l’évolution de ses programmes scolaires, avant de revenir sur sa décision en 2001.
2005 Les villes de Dover (Pennsylvanie) et Grantsburg (Wisconsin) décident d’enseigner l’Intelligent design à l’école. La justice les désavoue.
2007 Le Conseil de l’Europe adopte le rapport du député français Guy Lengagne sur les dangers du créationnisme dans l’enseignement. Il en constate l’avancée dans 13 pays, dont la Suisse. Aux Etats-Unis, un gigantesque musée de la création voit le jour dans le Kentucky.
2008 Après le président George Bush, le candidat républicain à la présidentielle John McCain et sa colistière Sarah Palin affichent publiquement leurs convictions créationnistes.
Tags: Créationnisme,
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| Réaction de Nowak Emmanuel le 18.02.2010 à 20:08 | | Malheureusement, l'article en question continue de propager l'équation selon laquelle l'évolutionnisme... Malheureusement, l'article en question continue de propager l'équation selon laquelle l'évolutionnisme relève de la science alors qe le créationnisme relève de la foi. Julie Zaugg oublie que la science a d'abord commencé comme une branche de la philosophie. L'évolutionniste présuppose que la diversité de la vie est le résultat d'une lente évolution sur des millions d'années alors que le créationniste présuppose que la Bible est La Parole de Dieu et que la Genèse relève de l'histoire. On nous dit qu'une théorie, pour être scientifique, doit être falsifiable. Alors pourquoi les évolutionnistes s'offusquent lorsqu'on ose questionner la validité de leur théorie? Et pourquoi existe-t-il une telle discrimination dans les milieux académiques (voir le documentaire Expelled: No intelligence allowed, 9ème au box-office US)à l'égard des scientifiques qui considérent que l'évolution n'a pas d'arguments solides à faire valoir alors que le récit d'une création récente semble s'accorder parfaitement avec la science moderne? Ayant souvent débattu de ce sujet avec des incroyants dans le cadre du stand des Chrétiens amis d'Israël à Lausanne, je demeure convaincu de la superficialité de l'argumentation darwinienne. Et c'est certainement pour cette raison que adeptes de l'évolution sont inquiets: l'évidence du créationnisme biblique est solidement appuyée par la vraie science alors que le darwinisme ne l'est pas. | |  |
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| Réaction de Flamme le 15.02.2010 à 21:25 | Je rajoute ceci, c'est le courrier que j'ai envoyé à l'Hebdo.... Je rajoute ceci, c'est le courrier que j'ai envoyé à l'Hebdo. Bonne lecture :-) Je suis maman de deux enfants qui fréquentent salta, cette école chrétienne que vous utilisez pour illustrer votre article sur le créationnisme. Je pense que votre journaliste a choisi cette école, alléchée par les relents de scandale qui se sont fait sentir lors du projet d'ouverture. En mai 2009, une journaliste d'un journal dominical alémanique a écrit un article très remonté contre cette école. Cette personne n'a pas fait un bon travail d’enquête. Son article était truffé d'erreurs grossières. Juste un exemple : elle affirmait que c'est une école "évangélique-catholique" fondamentaliste. Il s’en est suivi de grands remous dans les médias pour arriver à la conclusion que salta est une école privée parfaitement normale. Votre propre journaliste aurait dû vérifier ses sources. salta n'a absolument rien à voir avec le courant créationniste. Votre journaliste semble confondre les chrétiens et les créationnistes. S'il y a bien des chrétiens créationnistes, la majorité des chrétiens ne sont pas créationnistes. Ils croient en un Dieu créateur de la terre sans pour autant nier toute évolution de la création. Si, pour votre journaliste, les enseignants de salta sont créationnistes, alors tous les chrétiens du monde le sont. L’école salta n’est pas fondamentaliste non plus. Elle suit tout le programme de l’école publique, alors qu’elle aurait le droit d’utiliser des programmes et du matériel chrétiens. Votre journaliste fait plusieurs erreurs. Les enfants ne doivent pas amener leur propre matériel scolaire (à part les feutres, crayons, gomme…). Ils reçoivent le même matériel que les écoles officielles alémaniques. Contrairement à ce qui est écrit, les enfants ne sont pas enseignés sur la théorie de la création, ni dans le cadre de l’éducation biblique, ni ailleurs. Votre journaliste dit qu’on « reproche à cette école de placer le récit de la création sur le même plan que la théorie de l’évolution ». Ca, c’est ce qui se disait en mai 2009. Depuis, les positions ont beaucoup changé. Dans l’article, les prénoms des enfants sont choisis parmi ceux qui ont une origine chrétienne. Comme si on voulait faire passer les parents pour des bigots. Je signale que la moitié de l’école a des prénoms non bibliques. Et que parmi l’autre moitié on trouve des prénoms à la mode comme Luca. La journaliste parle de Gränichen comme d’un village bucolique, perdu dans la campagne. Pourtant, il est juste à côté de l’autoroute A1 et à 10 min. en tram du centre d’Aarau. Est-ce pour donner une image quelque peu distordue de la réalité de cette école, histoire de mieux coller au thème : créationnisme ? En couverture, vous avez titré : « Créationnistes. Ils s’attaquent aux écoles ». Bien alarmiste, bravo ! Pourtant, vous avez épinglé une petite école tout à fait normale, qui a juste de mauvais goût d’avoir des enseignants chrétiens. Franchement, vous auriez pu faire mieux. Par exemple un article sur les écoles en Suisse et les alternatives qui sont proposées. On verrait alors si c’est si néfaste pour les enfants d’aller dans une école où ils sont respectés, aimés, encouragés, soutenus. Et où ils entendent qu’ils ont été créés par un Dieu aimant, qu’il y a un sens à leur existence et qu’ils sont aimés tels qu’ils sont. J’ai demandé à mes enfants si on parlait de la création à l’école. « Non, on fait surtout des maths et de l’allemand » fut la réponse. Le reste, c’est de la gym, des travaux manuels, de la géographie,… Bref, une école comme une autre en somme. Lecteurs, je vous encourage à ne pas croire tout ce que les médias transmettent.
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| Réaction de mithys le 12.02.2010 à 17:11 | | Les créationnistes ont-ils vraiment choisi de l’être ?
Faute d’arguments pertinents, les... Les créationnistes ont-ils vraiment choisi de l’être ?
Faute d’arguments pertinents, les créationnistes invoquent notamment les « arguments » suivants : - la science s’occupe du comment ; la religion du pourquoi. L’erreur n’existe donc pas ? - l’impossibilité de reproduire expérimentalement les processus évolutifs qui ont eu lieu en des milliards d’année. Et pour cause ! C’est évidemment impossible en éprouvettes ! - l’absence d’évolution de certaines espèces comme les tortues ou les lézards. C’est pourtant normal si l’environnement ne change pas. - les lacunes actuelles de la science. Il y en aura toujours ! - les rares fraudes, indignes d’un vrai scientifique, etc … Certains vont même jusqu’à prétendre que c’est par opportunisme professionnel que des scientifiques évolutionnistes s’abstiendraient de critiquer l’évolutionnisme …
A moins de refuser d’ouvrir les yeux, l’Evolution apparaît pourtant comme un fait flagrant, et non plus seulement une théorie (même Jean-Paul II, a dû l’admettre, mais avec un bémol, sitôt après ! Il est impossible de démontrer scientifiquement, c'est-à-dire de reproduire expérimentalement, la réalité de l’Evolution, ne fût-ce qu’à cause de sa complexité et des bouleversements climatiques et géologiques intervenus pendant des milliards d’années. Par contre, d’innombrables observations, toujours convergentes, confirment qu’elle a eu lieu, à commencer par le fait que tous les embryons des vertébrés se ressemblent au début de leur développement (présence d’une queue ou de branchies, par exemple, mais sans qu’il y ait pour autant « récapitulation ancestrale ). Soit dit en passant, le créationnisme ne peut pas non plus être démontré scientifiquement, puisque ce n’est pas une théorie, mais une croyance (qui se « vit », même si elle est illusoire).
Il importe peu finalement qu’il y ait eu, ou non, micro ou macroévolution, adaptations aléatoires, mutations positives ou non, etc … Notre ignorance des mécanismes bio-physico-chimiques qui ont présidé à l'évolution des espèces restera toujours très partielle. Tout comme, par exemple, l’explication de l’aptitude des seuls neurones humains à « produire » la pensée créatrice et l’imaginaire, aptitude qui est, elle aussi, un fait incontestable, mais déjà suffisamment explicable pour se passer d’une intervention divine.
A mon sens, la question fondamentale est donc : pourquoi les créationnistes le sont-ils ? En d’autres termes, ont vraiment choisi de l’être ? Pourquoi les créationnistes, même scientifiques, sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et pourtant scientifique ? La croyance créationniste résulte, à mes yeux, de plusieurs facteurs : :- Il y a d’abord le fait que nous sommes incapables, à notre échelle moins que centenaire, de nous représenter l'influence que des centaines de millions d'années a eue sur l'adaptation des espèces. - Sans doute aussi parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires qu’on leur a inculquées et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes. Pour des croyants, comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON : « S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … - Enfin, et même surtout, à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques. Aussi éminents soient-ils par ailleurs, mais aussi par orgueil et par méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral pourraient avoir eu une influence sur leur cerveau émotionnel, avec comme conséquence l’anesthésie au moins partielle de leur cerveau rationnel et donc de leur esprit critique, dès qu’il est question de religion. Indépendamment donc de leur intellect et de leur intelligence.
Mais est-il possible d’émettre des hypothèses explicatives, fussent-elles définitivement très partielles, sur l’origine et la fréquente persistance de la foi ? Il n’est bien sûr pas question de vouloir simplifier ou réduire l’extraordinaire complexité et la richesse du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs. Pourtant, cette nouvelle approche permet déjà, à mes yeux, de relativiser la part de liberté individuelle. Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ». Finalement, ce qui importe, ce n’est pas tant CE que l’on pense, mais POURQUOI on le pense.
C'est un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, et confortée par l’influence d’un milieu culturel, unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une Vérité exclusive et dès lors intolérante. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 %.
La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS, en 1968, dans « Le Singe Nu », Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).
Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, à imaginer , grâce au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi » , fût-il de nos jours qualifié, par rationnalisation, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).
Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, renforcées par la « plasticité synaptique », sont indélébiles … L’ IRM fonctionnelle confirme que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.
On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existence subjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime et d’autant plus respectable qu’elle aura été choisie en connaissance de cause, plutôt qu’imposée.
Michel THYS à Waterloo. michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org
Références bibliographiques. Mes hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique et éducative de la foi, ainsi que sa fréquente persistance neuronale sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment :
- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966. ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966. - Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D « Religion et développement humain »,. 2001. - - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003. - Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007. - V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002. - Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994 - Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ». - Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’. - Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens » - Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain » - Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995. - Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990. - Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994. - John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997. - Francis CRICK « Une vie à découvrir » - Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».
Etc …
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| Réaction de Flamme le 12.02.2010 à 14:10 | Mes filles fréquentent l'école salta que votre journal utilise pour illustrer... Mes filles fréquentent l'école salta que votre journal utilise pour illustrer son dossier sur le créationnisme et justifier le titre en couverture "Créationnistes, ils s'attaquent aux écoles". Visiblement, vous faites feu de n'importe quel bois ! Jamais les enseignants de cette école n'ont mentionné la création en 6 jours et tout le tralalal. Ils sont simplement chrétiens, comme beaucoup de Suisses, et ils croient qu'il existe un Dieu créateur du monde. Maintenant, si tous les gens qui croient en Dieu, créateur du monde, sont créationnistes, eh bien, il y en a un sacré nombre dans notre pays, non ? La création n'est pas enseignée à l'école, salta. Lorsque j'ai demandé à mes filles si on parlait de la création à l'école, elle m'ont dit :"A l'école, on fait surtout des maths et de l'allemand". Vous épinglez une école qui enseigne bêtement le programme officiel et qui a d'audace d'employer des chrétiens qui vont véhiculer les valeurs chrétiennes, respect, écoute, encouragement, ect. Tout le reste est du blabla pour vendre votre journal. Je dois dire que cela fait un moment maintenant que je ne crois plus à ce que nous racontent les médias. | | |  |
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| Réaction de Pifou le 11.02.2010 à 17:46 | | Froid dans le dos ! Est-il véridique qu'en Suisse, dans l'enseignement... Froid dans le dos ! Est-il véridique qu'en Suisse, dans l'enseignement public, des professeurs de science "diffusent des thèses créationnistes en classe" ? Et que les autorités laissent faire ? Si tel est le cas, je suis inquiet pour la santé mentale des enfants. Et accessoirement pour celle de ces enseignants et des même autorités laxistes. Verra-t-on bientôt enseigner l'alchimie en cours de chimie, le vaudou en cours de gymnastique et le verlan 200 mots en cours de français ? J'espère qu'il n'en est rien, et que les allusions visent l'exposé, en toute relativité, des croyances farfelues, en cours d'histoire, de religion ou de philosophie. Quant à moi, chrétien engagé, je lutterai dans toute la mesure du possible contre ce genre d'intoxication. Elle ne peut déboucher que sur le rejet de la religion ou la fuite dans l'illusion : rien de constructif pour le monde à venir. | |  |
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| Réaction de Logine le 10.02.2010 à 08:06 | C'est intéressant de constater que les fidèles mêmes ne connaissent pas... C'est intéressant de constater que les fidèles mêmes ne connaissent pas la position "officielle" du Vatican en matière. En mars dernier il a organisé une conférence sur le thème "évolution et croyance" - le créationisme est refusé par les scientifiques du Vatican, et l'intelligent design n'est autre qu'une variation pseudo-moderne de la convintion que tout a été prédisposé exprès pour nous-autres humains. L'exemple le plus cucu est la forme de la banane, si ergonomique pour nos mains :-)) | | |
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| Réaction de mithys le 05.02.2010 à 06:47 | | Pourquoi les créationnistes le sont-ils ? Ont-ils vraiment choisi de l’être... Pourquoi les créationnistes le sont-ils ? Ont-ils vraiment choisi de l’être ?
Comment expliquer que les scientifiques créationnistes invoquent notamment les « arguments » suivants ? : - l’impossibilité de reproduire expérimentalement, même en un siècle, le processus évolutif qui a eu lieu en des milliards d’année. Et pour cause ! - l’absence d’évolution de certaines espèces comme les tortues ou les lézards, ce qui est pourtant normal si l’environnement ne change pas. - les lacunes actuelles de la science. Il y en aura toujours ! - les rares fraudes, indignes d’un vrai scientifique. Certains vont même jusqu’à prétendre que c’est par opportunisme professionnel que des scientifiques évolutionnistes s’abstiendraient de critiquer l’évolutionnisme … Cela ressemble plutôt à une tentative de récupération.
Bien que l’Evolution soit un fait flagrant, et non plus seulement une théorie (même Jean-Paul II, a dû l’admettre, mais ce n’est pas une référence pertinente !), il est impossible de démontrer scientifiquement sa réalité, ne fût-ce qu’à cause de sa complexité et des bouleversements climatiques et géologiques intervenus pendant des milliards d’années. Par contre, d’innombrables observations, toujours convergentes, confirment sa réalité, à commencer par le fait que tous les embryons de vertébrés se ressemblent au début de leur développement (présence d’une queue ou de branchies, par exemple, mais sans qu’il y ait pour autant « récapitulation ancestrale ». Soit dit en passant, le créationnisme ne peut pas non plus être démontré scientifiquement, puisque ce n’est pas une théorie, mais une croyance (qui se « vit », même si elle est illusoire).
Il importe peu finalement qu’il y ait eu, ou non, micro ou macroévolution, adaptations aléatoires, mutations positives ou non, etc … Notre ignorance des mécanismes bio-physico-chimiques qui ont présidé à l'évolution des espèces restera toujours très partielle, pour ne pas dire quasi totale. Tout comme, par exemple, l’explication de l’aptitude des seuls neurones humains à « produire » la pensée créatrice et l’imaginaire, aptitude qui est, elle aussi, un fait incontestable, mais déjà suffisamment explicable pour se passer d’une intervention divine.
A mon sens, la question fondamentale est : pourquoi les créationnistes le sont-ils ? En d’autres termes, ont vraiment choisi de l’être ? Pourquoi les créationnistes, même scientifiques, sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et pourtant scientifique ? La croyance créationniste résulte, à mes yeux, de plusieurs facteurs :- Il y a d’abord le fait que nous sommes incapables, à notre échelle moins que centenaire, de nous représenter l'influence que des centaines de millions d'années a eue sur l'adaptation des espèces. - Sans doute aussi parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires qu’on leur a inculquées et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes. Pour des croyants, comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON : « S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … - Enfin, et même surtout, à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques. Aussi éminents soient-ils par ailleurs, mais aussi par orgueil et par méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral pourraient avoir eu une influence inconsciente sur leur cerveau émotionnel, avec comme conséquence l’anesthésie au moins partielle de leur cerveau rationnel et donc de leur esprit critique, du moins dans ce domaine. Indépendamment donc de leur intellect et de leur intelligence.
Mais est-il possible d’émettre des hypothèses explicatives, fussent-elles définitivement très partielles, sur l’origine et la fréquente persistance de la foi ? Il n’est bien sûr pas question de vouloir simplifier ou réduire l’extraordinaire complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs. Pourtant, cette nouvelle approche permet déjà, à mes yeux, de relativiser la part de liberté individuelle. Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ». Finalement, ce qui importe, ce n’est pas tant CE que l’on pense, mais POURQUOI on le pense.
C'est un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, et confortée par l’influence d’un milieu culturel, unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une Vérité exclusive et dès lors intolérante. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 %.
La soumission religieuse s’explique : comme l’avait déjà compris Desmond MORRIS, en 1968, dans « Le Singe Nu », Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant, et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).
Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, à imaginer , grâce au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi » , fût-il de nos jours qualifié, par rationnalisation, de « Présence Opérante du Tout-Autre »,(A. Vergote).
Comme on pouvait le prévoir, des neurophysiologistes ont constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, renforcées par la « plasticité synaptique », sont indélébiles … L’ IRM fonctionnelle confirme que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.
On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existence subjective de « Dieu », restera toujours un droit élémentaire, mais d’autant plus respectable qu’elle aura été choisie en connaissance de cause, plutôt qu’imposée. Michel THYS à Waterloo. michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org
Références bibliographiques. Mes hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique et éducative de la foi, ainsi que sa fréquente persistance neuronale sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment :
- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966. ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966. - Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D « Religion et développement humain »,. 2001. - - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003. - Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007. - V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002. - Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994 - Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ». - Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’. - Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens » - Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain » - Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995. - Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990. - Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994. - John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997. - Francis CRICK « Une vie à découvrir » - Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».
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