Crèches: le chaos des prix
Alors que la pénurie de places en garderie recule, les familles se heurtent aux tarifs parfois prohibitifs. Les fantastiques différences d’une région à l’autre soulèvent la colère des parents. Enquête sur les causes d’inégalités et les modèles prometteurs.
Certains parents s’étrangleront en lisant cet article. D’autres, ricaneront d’aise. Car l’injustice totale règne en Suisse romande en ce qui concerne les tarifs de crèches. A revenu égal, des familles de l’arc lémanique (Coppet, Bussigny, Chablais) doivent débourser jusqu’à trois fois plus pour faire garder leur bout de chou que celles de Sierre. En partie, ces différences sont dues à des variations objectives, comme la cherté des loyers. Mais cela n’explique pas tout. A priori de compétence communale (sauf dans les cantons du Jura et de Neuchâtel), les institutions élaborent librement leur facturation selon leurs subventions – variables – fondées sur une politique plus ou moins sociale: si la plupart applique des prix progressifs, quelques communes valaisannes (par exemple Sierre) ont préféré établir un ticket à 40 francs la journée, quelle que soit l’origine sociale de l’enfant.
Pour couronner cette hétérogénéité, l’urgence à construire de nouvelles garderies, réclamées tant par la population que par les élus politiques (sauf l’UDC), a conduit à une sorte de chaos. Dans le canton de Vaud, où 2300 places ont été créées en trois ans, les prix ont été fixés dans la précipitation. «Les réseaux de communes n’ont eu que quelques mois pour présenter leur projet afin d’obtenir la reconnaissance de la Fondation et ainsi ses subventions, alors certaines communes ont préféré reporter la charge financière sur les parents plutôt que sur leur propre budget, reconnaît Doris Cohen-Dumani, présidente de la FAJE (Fondation pour l’accueil de jour des enfants). Nous leur avons octroyé les subventions malgré cela parce que, formellement, la loi est assez floue sur le critère d’accessibilité financière. Aujourd’hui, nous venons de commander une étude à l’IDHEAP afin de pouvoir préciser cette notion. A terme, les excès devraient être corrigés.»
01 La pénurie recule
La pénurie reste une réalité. En sondant les dix plus grandes communes de Suisse romande, L’Hebdo a recensé 5000 enfants sur liste d’attente et ce chiffre devrait au minimum être doublé. Malgré cela, la détente est palpable et les prix ont remplacé l’obtention d’une place dans la hiérarchie des problèmes parentaux. C’est pourquoi cantons et communes entrent maintenant dans la deuxième phase: réguler et accorder les tarifs. Les collectivités sont encore à des lieues de l’harmonisation romande qui touche l’école (HarmoS), car il ne s’agit que d’équilibrer les espaces cantonaux ou régionaux. Les pouvoirs publics espèrent aussi améliorer la transparence de la facturation, afin que les parents comprennent comment le calcul a été effectué. L’occasion de rappeler aux familles que personne, si haut son salaire soit-il, ne paie plus que le coût réel d’une place. C’est là la limite posée au principe de solidarité.
Tags: Crèches, tarifs prohibitifs, pénurie,
|