C’est une simple carte de visite, mais qui en dit long. Et, bien que très occupés par leur première programmation qui démarre le 14 février au Centre culturel suisse de Paris (CCS), Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser prennent le temps de s’y attarder. Cette carte porte leurs deux noms et la mention de codirecteurs. Ils n’en ont pas d’autre. Un message clair destiné à tous ceux qui ont affaire à eux: «Vous pouvez vous adresser indifféremment à l’un ou à l’autre, nous communiquons parfaitement et nous gérons sur l’essentiel tous les dossiers en commun.»
Faire équipe. Les deux codirecteurs n’ont aussi qu’une seule adresse e-mail. Et ceux qui les rencontrent régulièrement savent que ces Genevois – qui se sont fait connaître à travers l’excellent travail de leur espace d’arts – ont soigneusement planifié leur deux 50%: Olivier est à Paris les mardis, mercredis, jeudis; Jean-Paul s’installe dans le tout petit bureau «directorial» de la rue des Francs-Bourgeois, au cœur du Marais, les mercredis, jeudis et vendredis. Une façon de préserver leur vie familiale et privée à Genève, tout en continuant à prospecter sur le terrain puisque, comme ils aiment le répéter, «dans Centre culturel suisse de Paris, il y a suisse.» Un fonctionnement particulier, donc, et qu’ils ont dû expliquer. D’abord à Pro Helvetia, leur «patron», puis à leurs propres collaborateurs. Un peu bousculée par les échéances, mais visiblement ravie par les défis, l’équipe comprend une dizaine de personne pour la plupart déjà en poste à leur arrivée. Elle a connu les conflits, débats et polémiques qui ont entouré le «règne» de Michel Ritter, le précédent directeur, et son décès prématuré en 2007. «Ce fut l’époque des remises en question, se souvient le directeur de Pro Helvetia Pius Knüsel. A un moment, on a même songé à fermer le centre.» La fondation, qui finance entièrement l’institution à hauteur de 2 millions de francs, a alors interviewé des personnalités culturelles tant suisses que françaises. Et obtenu un écho extrêmement positif quant à sa reconnaissance, son rôle et la qualité de sa programmation. Un réel succès que confirme d’ailleurs une fréquentation en nette hausse avec quelque 35 000 visiteurs par an. «Pour tous ceux qui s’intéressent à l’art contemporain, et notamment ceux qui le programment, c’est un rendez-vous devenu incontournable», confirme aujourd’hui Claire Le Restif, directrice du Crédac, le Centre d’art contemporain d’Ivry. «Il est vraiment fameux pour ses expositions», renchérit Rudi Wester, directrice de l’Institut néerlandais de Paris et présidente du Ficep (Forum des instituts culturels étrangers à Paris).
Communiquer autrement. Il faut être fou pour changer une formule qui marche. Pro Helvetia l’a bien compris. La nomination, l’an dernier, de Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser à la tête du CCS allait dans ce sens. «A nos yeux, explique Pius Knüsel, mettre l’accent sur les arts visuels reste en effet un bon accès à la capitale française où il y a encore de la place à prendre dans ce domaine, et donc la possibilité de se distinguer.» Passionnée de pluridisciplinarité et d’interférences, consciente aussi que les frontières sont de plus en plus perméables, la nouvelle équipe dirigeante – qui assume l’intégralité de la programmation – n’entend pas négliger pour autant le théâtre, la danse, la littérature, le cinéma ou la musique. Elle s’est d’ailleurs entourée d’un réseau de conseillers pour devenir, au sens propre et tout en restant dans une certaine cohérence de propos, un véritable centre des arts contemporains. «Interdisciplinaire, la programmation de Michel Ritter l’était aussi, insiste Jean-Paul Felley. Notre différence et notre spécificité résident plutôt dans la façon dont nous communiquons, dans nos programmes et notre nouveau journal baptisé Le Phare. Avant, visuellement, tout était caché par les arts plastiques. Désormais, chaque discipline est mise en évidence avec la même intensité et sans hiérarchie.» Plusieurs jours à l’affiche, les concerts, les films, les spectacles gagnent en visibilité et en accessibilité dans une ville comme Paris. Le sommaire du premier numéro du Phare (piloté par la journaliste Florence Gaillard) illustre bien cette philosophie. Du film La forteresse de Fernand Melgar au spectacle Kaïros de la compagnie L’Alakran, chaque élément du programme y est également commenté. Chargée par le centre de concevoir ses nouveaux outils graphiques, dont son logo, Jocelyne Fracheboud n’a pas eu la tâche facile. Il s’agissait de respecter la nouvelle charte graphique de Pro Helvetia, tout en synthétisant visuellement la notion de constellation chère aux nouveaux directeurs. Associant chaque discipline à une couleur différente, la jeune femme a imaginé l’idée du «diffuseur», un petit point blanc entouré d’un halo chromatique qui exprime tout à la fois le rayonnement du centre (donc de la culture helvétique) et l’isolement de la Suisse en Europe.
Un programme couleur arc-en- ciel. En suivant la piste du bleu (la musique), on arrive cette fois-ci chez Polar. A l’occasion de six concerts, le chanteur présente en première ses nouvelles chansons au centre, invitant chaque soir des musiciens différents à le rejoindre sur scène. «Un excellent camp de base avant de gravir la montagne», résume ce grand sportif. En optant pour le violet (les expositions), on découvre les plasticiens suisses alémaniques Andres Lutz & Anders Guggisberg qui sont arrivés à la fin de janvier à Paris pour réaliser in situ une grande installation aux allures de paysage-glacier minimaliste. Mais ceux qui voudront leur parler spectacle ou musique le pourront également. Andres est cabarettiste et Anders réalise la musique des vidéos de Pipilotti Rist. Au Centre culturel suisse de Paris, on l’a compris, les artistes qui ont plusieurs cordes à leur arc sont particulièrement bienvenus… •
Paris. Centre culturel suisse. Nouvelle programmation du 14 février au 19 avril. Vernissage de l’exposition d’Andres Lutz & Anders Guggisberg le 14, de 17 h à 21 h. A 20 h, danse avec la Compagnie 7273 et Sir Richard Bishop. www.ccsparis.com
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