Les faits Sept cents milliards de dollars. C’est ce que l’administration américaine met sur la table pour tenter de redonner confiance aux marchés financiers en plein désarroi. Ce plan massif de soutien du secteur a momentanément stoppé l’effondrement des Bourses.
Par ailleurs, après le rachat de Bear Stearns par JP Morgan, la faillite de Lehman Brothers, l’absorption de Merrill Lynch par Bank of America, les deux rescapés dans cette hécatombe de banques d’affaires changent de modèle: Morgan Stanley et Goldman Sachs deviennent des holdings bancaires.
Et bénéficient, de ce fait, du plan de sauvetage concocté par le Trésor américain et la Réserve fédérale.
Les commentaires «Le plus grand plan de sauvetage de l’histoire des Etats-Unis», résume le New York Times. «Ces mesures marquent la fin du Wall Street tel qu’on le connaissait depuis des décennies», relève le Wall Street Journal. Même constat du Financial Times, qui écrit que «la bouée de sauvetage des contribuables a un prix. Pour le secteur financier, rien ne sera plus comme avant.»
En Europe, les journaux ou les magazines qui défendent l’économie de marché sont souvent les plus virulents à dénoncer les dérapages de cette finance devenue pratiquement incontrôlable.
Franz-Olivier Giesbert, éditorialiste du Point, donne dans le lyrisme, en observant que cette crise a été «enfantée par la cupidité et l’aveuglement de spéculateurs pleins de morgue qui, toute honte bue, se tournent vers l’Etat et tendent la sébile pour faire face».
De son côté, le Corriere della Sera juge que cette crise oblige à «repenser profondément» les règles qui régissent l’économie de marché, une «réflexion qui demandera du temps et de l’humilité»; le quotidien milanais observe encore que l’Europe dispose d’une «gouvernance de l’économie plus moderne et plus solide». Le modèle européen? Dans son édition dominicale, le journal de centre gauche El Pais se déclare déçu car, justement, les pays européens n’ont pratiquement rien fait, depuis août 2007, «pour lancer et adopter des initiatives communes afin d’essayer de réduire les effets de la crise américaine sur les économies européennes».
Le quotidien espagnol, qui consacre un impressionnant dossier à la crise financière, observe aussi que «l’ère de la banque d’affaires sans contrôle s’achève» et harangue ces banquiers spéculateurs à se rendre et à rester à Las Vegas, capitale de l’économie casino. Les hebdomadaires proches de l’économie, eux, en perdent presque leur latin. Leur désarroi s’illustre dans leur couverture: tant BusinessWeek («la situation est-elle désormais sûre?») que The Economist («A qui le tour?») ont usé du point d’interrogation.
L’hebdomadaire BusinessWeek garde un certain sens de l’humour, qualifiant A.I.G. d’«assureur le plus sophistiqué de la planète qui a été incapable de gérer son propre risque». The Economist estime cependant qu’on aurait tort de se lancer à cette occasion dans une fuite en avant régulatrice, car «la finance représente le cerveau de l’économie». Un cerveau qui, ces dix derniers jours, ajoutons-nous, semblait surtout… décervelé!
A suivre Plus que jamais, le diable se cache dans les détails. En l’occurrence, dans ceux du gigantesque plan de relance de l’administration Bush que le Congrès aura peut-être déjà ratifié ce jeudi.
A quel prix les créances toxiques seront-elles rachetées? Seront-elles gelées pour longtemps ou le Trésor cherchera-t-il à les revendre progressivement pour limiter les déficits publics?
Quelles seront les conditions d’éligibilité des institutions financières? Tant que ces modalités ne seront pas précisées, les marchés ne retrouveront aucune sérénité. Et après? Comme le souligne Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, «le premier impératif des banques centrales est d’éviter des retraits massifs dans les banques.
Pour cela, il faut rassurer les déposants sur la sécurité de leurs avoirs bancaires et fournir des liquidités aux institutions financières en contrepartie de garanties solides. La deuxième étape doit être de faire disparaître la cause profonde de la crise, c’est-à-dire la présence d’actifs dévalorisés au bilan des institutions financières».
Autrement dit, il est grand temps que jongleurs et prestidigitateurs ne s’occupent plus de haute finance. En attendant le prochain cyclone financier, qui pourrait être encore plus violent, un grand nettoyage d’automne s’impose.
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