C’est un livre qui va faire du bruit. Son titre? Inside Wikileaks. Son sous-titre? Dans les coulisses du site le plus dangereux du monde. Tout est dit. Hacker connu sous le pseudonyme de Daniel Schmitt et numéro 2 de Wikileaks jusqu’en septembre dernier, l’Allemand Daniel Domscheit-Berg se lâche. Et n’hésite pas à tacler Julian Assange dans une interview accordée à l’hebdomadaire français Les Inrockuptibles.
«LA PRIORITÉ ÉTAIT DEVENUE LA PROMOTION DE L’ORGANISATION, ET CELLE DE JULIAN ASSANGE.» Daniel Domscheit-Berg, ancien numéro 2 de Wikileaks
D’entrée, il rappelle que la vocation du site était de créer de la transparence. «L’idée était de diffuser des documents qui habituellement sont la base du travail des journalistes, mais qui ne sont pas publiés. De cette façon, le public pouvait juger les informations que publient les médias. A long terme, cela devait déboucher sur une nouvelle forme de journalisme, beaucoup plus scientifique.»
Un leader encombrant. Une utopie journalistique – le site faisait confiance à ses sources sans chercher à comprendre leurs motivations – qui s’est évaporée à partir de l’été 2010. «Wikileaks s’est éloigné de sa mission première, observe Daniel Domscheit-Berg.
La priorité était devenue la promotion de l’organisation, et celle de Julian [Assange].»
Et de reprocher à l’Australien de ne pas avoir su se mettre en retrait suite à ses problèmes avec la justice suédoise. «Sérieusement, quelle organisation dans le monde ne demanderait pas à son porte-parole de prendre du recul, au moins temporairement, s’il était accusé de viol?
Je ne comprends pas pourquoi il ne l’a pas fait. Cela a fini par nuire à Wikileaks.» Un jugement que l’Allemand nuance toutefois, rappelant que les médias ont également leur part de responsabilité dans cette position, car ils «veulent un leader, c’est toujours comme ça».
Opacité financière. Mais plus que ces problèmes d’ego, c’est la gestion de Wikileaks par Julian Assange que critique Daniel Domscheit-Berg. «La transparence doit aussi s’appliquer à Wikileaks», lâche-t-il, au moment de s’exprimer sur le financement du site, sur lequel il émet des doutes. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’a poussé à partir. «En interne, j’ai essayé d’obtenir des informations sur le financement. Mais Julian Assange ne souhaitait pas en parler.»
Surtout, les afflux de capitaux n’ont pas permis au site d’assainir sa structure, entre l’acquisition de bureaux et l’adoption de statuts. «En décembre 2009, nous avons fait savoir que nous avions rapidement besoin d’argent pour grandir. Rapidement, via la seule Fondation Wau Holland Stiftung, nous avons reçu 800 000 dollars. Cette somme aurait dû permettre de structurer Wikileaks et de payer les gens sans qu’ils soient obligés d’avoir un job à côté. Mais Julian a refusé.»
Non content de publier un livre très critique envers son ancien mentor, Daniel Domscheit-Berg annonce aussi l’ouverture imminente d’Openleaks, une plateforme concurrente de Wikileaks. «Nous pensons qu’il ne doit pas y avoir un seul site pour publier des documents confidentiels, explique-t-il pour justifier sa démarche.
Nous pensons aussi que les sources anonymes doivent avoir le choix du diffuseur de leurs documents. Par exemple, une source peut choisir de transmettre ses documents à un journaliste en particulier ou à une ONG, ou à un syndicat.»
Et de conclure sur la nécessité d’éviter qu’une seule organisation ne décide de ce qui doit être publié ou non, en concentrant tous les documents confidentiels. «Elle aurait beaucoup trop de pouvoir.»
Luc Hermann, «Les Inrockuptibles», N° 793, 9 février 2011, p. 16-18. Adaptation Christophe Schenk
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