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Par Yves Genier - Mis en ligne le 12.09.2012 à 14:01 |
Ayant largement échappé à la crise financière, les assureurs sont néanmoins rattrapés par celle-ci. L’Association internationale des régulateurs d’assurances (IAIS) veut les soumettre à un cadre similaire à celui des banques «trop grandes pour faire faillite» (fonds propres accrus, organisation interne facilitant un démantèlement en cas de faillite, etc.). Une initiative que l’industrie combat, notamment en faisant intervenir le think tank des grands assureurs internationaux, la Geneva Association. Responsable du département finance de cette organisation, Daniel Haefeli étaie leur point de vue. Comment comprenez-vous les efforts des régulateurs internationaux visant à resserrer le filet autour des grands assureurs? Ils partent de l’effort louable d’éviter aux contribuables de devoir assumer les erreurs potentielles des groupes d’importance systémique. Leurs efforts sont focalisés sur les activités à risque. Ils sont par conséquent nécessaires, au vu des expériences passées. Cela dit, chaque activité a ses caractéristiques. Les normes valables pour certaines d’entre elles (les banques, ndlr) peuvent être contreindiquées pour d’autres (les assurances, ndlr). Redoutez-vous des contraintes indésirables? Le cadre actuel est déjà très complet et son résultat très efficace au vu des améliorations apportées au fonctionnement du système. Les assurances ont déjà l’obligation de faire correspondre la maturité de leurs avoirs à celle de leurs engagements, et ont l’interdiction de trop concentrer leurs actifs afin de minimiser leurs risques. Aussi, la solidité des assurances est très élevée, ce qui est souligné par le fait qu’elles n’ont jamais provoqué une crise de nature systémique. Pourtant, l’IAIS veut renforcer encore ce cadre et appliquer aux grands groupes d’assurances des règles similaires à celles des banques présentant un risque systémique global. Comment accueillez-vous cette initiative? L’aspect positif des propositions de l’IAIS est le renforcement supplémentaire de la solidité du système au bénéfice de tous ses acteurs. Mais l’environnement actuel ne facilite pas le travail des assureurs en tant que détenteurs d’actifs. Les rendements des placements sont très faibles, ce qui complique considérablement le travail d’épargne à long terme des assureurs. Ces derniers ont une responsabilité d’investisseurs sur le très long terme correspondant à leurs engagements vis-à-vis de leurs assurés, responsabilité que les banques n’assument pas. Les projets de nouvelles régulations doivent par conséquent en tenir compte. Le 31 juillet, vous avez néanmoins indiqué que les nouvelles règles sur les groupes d’importance systémique pouvaient amener les assurances à acheter moins d’obligations souveraines. N’est-ce pas une menace? La méthodologie retenue par l’IAIS pour ses propositions de resserrement réglementaire est effectivement une de nos principales inquiétudes. La sélection des données de départ peut influencer tout le processus de sélection des compagnies d’assurances pouvant présenter un risque. Elle peut donc négliger les groupes qui présentent un risque objectif. Une approche par indicateurs, qui se base sur les chiffres d’affaires ou les actifs totaux, confère trop d’importance à la taille de la société. Elle peut passer à côté de compagnies présentant des risques en raison d’activités mal maîtrisées de trading comprenant des produits dérivés ou des fonds à court terme. Une approche par l’interconnectivité des assureurs peut s’avérer trompeuse elle aussi car elle considère que le risque provient d’un nombre élevé de relations de la compagnie avec le marché. Or c’est typiquement le cas des réassureurs. Pour éviter de se voir classée comme présentant un risque systémique, il suffit à une compagnie de réassurance de réduire l’acceptation des risques des assureurs primaires pour ne plus être considérée comme une entreprise présentant un danger systémique. Avec le risque de déséquilibrer son modèle d’affaires ou de réduire sa taille et sa diversification. L’industrie de l’assurance est convaincue que la meilleure régulation ne se fait pas par la menace, mais par la collaboration inscrite sur le long terme. Aussi les indicateurs de l’IAIS ne prennent pas en considération le fait que les régulateurs de l’industrie d’assurance ont développé, grâce au modèle d’assurance, un système de résolution qui permet aux compagnies de quitter le marché sans provoquer une crise systémique. Les assureurs veulent que les compagnies non viables se retirent du marché sans être soutenues par les gouvernements. Le maintien de taux d’intérêts historiquement bas est-il un problème pour l’industrie de l’assurance? Oui, c’est un grand souci. Les assureurs ont de plus en plus de difficultés à respecter les garanties incluses dans leurs engagements. Le bas niveau des taux témoigne de la promesse faite par les autorités monétaires de reconstituer les bilans des banques afin de leur donner la possibilité de se refinancer à des conditions favorables. Mais que se passera- t-il lorsque les taux se tendront à nouveau? En particulier si la hausse est brutale. Les produits d’assurance deviendront moins attractifs. Idéalement, les taux devraient se redresser lentement pour permettre une transition harmonieuse.
PROFIL - DANIEL HAEFELI Après une carrière chez Winterthur, Altradius (assureur de crédit néerlandais) et Zurich Financial Services, ce Suisse né en Italie et éduqué en France est entré, en 2010, à la Geneva Association. Il y dirige le département assurance et finance. |









