Le maître du cirque contemporain mondial est Suisse. Tessinois de Lugano, plus précisément, où il a créé le Teatro Sunil avant de travailler avec les cirques du Soleil ou Eloize, tournant dans le monde entier avec la Trilogie du ciel, dont Rain arrive pour la première fois en Suisse romande. Metteur en scène de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Turin, le clown-acrobate, fils d’un photographe et d’une peintre, a créé un univers fantastique, aussi baroque que poétique, ludique, émouvant et sophistiqué qu’il décline de scènes de théâtre en opéra ou chapiteaux avec ses acrobates, musiciens, clowns, comédiens ou danseurs. Pour la première fois, un de ses spectacles, Donka. Une lettre à Tchekhov, est créé en Suisse, à Vidy-Lausanne. Interview.
Rain. «Quand j’étais enfant, à l’arrivée du premier orage d’été, j’avais la permission de me le prendre tout sur moi en jouant dans le jardin. J’aime encore cette sensation de liberté: les chaussures remplies d’eau, les culottes trempées, les cheveux qui gouttent. Dans Rain, second spectacle de la Trilogie du Ciel que j’ai créée pour le Cirque Eloize, j’évoque un type particulier d’émotion, empreint de nostalgie, comme un étrange besoin de retourner à la maison. Mes spectacles tournent dans le monde entier, de l’Amérique latine au Japon, mais dans le fond je raconte toujours les histoires du quartier de mon enfance, celui du Molino Nuovo à Lugano. C’est mon monde. Il peut durer toute une vie.»
Donka. «Quand le directeur du Festival Tchekhov de Moscou m’a proposé de faire un spectacle sur Tchekhov, je lui ai demandé: “Mais pourquoi moi?” Il voulait que mon monde rencontre celui de Tchekhov. J’ai fait ce qu’il fallait pour tomber en amour de cet homme. Je suis allé sur ses traces, j’ai lu ses notes, j’ai découvert le type de clochettes qu’il utilisait pour aller pêcher, qu’on appelle donka, d’où le nom du spectacle que je crée à Vidy-Lausanne en janvier. La nostalgie est un point commun entre les Russes et les Tessinois. Donka montrera une famille qui est là depuis longtemps et qui peu à peu disparaît sous nos yeux, se délite, fond comme de la glace.»
Théâtre de la caresse. «Il y a vingt-six ans, je me suis rendu à Calcutta pour travailler avec des enfants malades. J’y suis allé pour les faire rire, avec mon attirail de clown. Mais je me suis rendu compte qu’ils avaient plutôt besoin que je les aide dans la transition vers la mort, que je les prenne dans mes bras, que je les caresse. Revenu en Suisse, j’ai beaucoup réfléchi comment nous acteurs, gens du spectacle, pouvions apprendre à bercer le spectateur, lui enlever la peur. Comme metteur en scène, je suis beaucoup derrière les acteurs, je les touche, je communique peu verbalement. Ce concept de théâtre de la caresse a été repris par d’autres metteurs en scène. Mais in fine, nous faisons du spectacle, pas une séance de thérapie. Je reste un clown!»
Philosophie. «Que ce soit pour les Jeux Olympiques de Turin, l’opéra de Covent Garden, le cirque ou le théâtre, le fil conducteur de mon travail est la recherche de la légèreté. Cela se traduit par la recherche d’éléments visuels denses, pleins de significations secrètes, d’actions théâtrales complexes et parfois invisibles qui, mis ensemble, deviennent des moments de grâce, légers. J’aime penser mon théâtre comme une manière de danser avec le spectateur.»
«Je pense davantage à mes spectacles en termes d’acrobatie que de cirque. Regardez un enfant qui commence à marcher: il cherche les défis de l’acrobatie, il joue sur l’équilibre. Le monde du cirque traditionnel se sent touché du fait que d’autres utilisent ce mot. C’est vrai qu’il y a eu une grande évolution. Mais on ne peut pas simplement dire que le cirque contemporain, c’est du cirque sans les animaux. C’est autre chose. L’un n’existe pas au détriment de l’autre. Je vais voir Knie, à chaque fois j’ai rendez-vous avec mon enfance. Mais dans mon travail, je recherche plus l’émotion que la prouesse vide de sens. J’ai besoin de raconter quelque chose. C’est quoi l’amour? Pourquoi les dieux nous traitent-ils comme cela? Chaque fois que je trouve quelqu’un qui partage cette quête de sens, je me sens en famille.»
Rain. Par le Cirque Eloize. Théâtre du Léman, Genève. Du 26 décembre au 3 janvier. www.opus-one.chDonka. Une lettre à Tchekhov. Théâtre de Vidy, Lausanne. Du 12 au 17 janvier 2010. www.vidy.ch.
PROFIL: DANIELE FINZI PASCA
1964 Naissance à Lugano. 1983 Séjour en Inde. 1986 Création du Teatro Sunil. 2000 Créations pour le cirque Eloize. 2005 Création de Corteo pour le Cirque du Soleil. 2006 Cérémonie de clôture des XXes Jeux Olympiques d’hiver de Turin. 2007 Swiss Award dans la catégorie «show business».
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