La France est le premier pays d’accueil de l’investissement direct étranger (IDE) en Europe et le troisième au monde, derrière les Etats-Unis et la Chine, selon la Cnuced.
«EN 2009, LES 2/3 DES PROJETS D’INVESTISSEMENTS SUISSES ÉTAIENT CONCENTRÉS SUR L’ÎLE DE FRANCE, L’ALSACE ET RHÔNE-ALPES.»
L’IDE a permis la création de 30 000 emplois dans l’Hexagone l’an dernier. Quelque 20 000 entreprises venues d’ailleurs y sont implantées, dont 1600 sociétés suisses employant 169 000 salariés.
Interview de David Appia, ambassadeur délégué aux investissements internationaux, de passage à Berne.
Etes-vous venu présenter les atouts de la France à des entreprises suisses envisageant un investissement international?
L’objectif de ma mission était d’abord de rencontrer les dirigeants d’entreprises déjà installées en France. Ces échanges nous permettent d’apprécier comment la France est perçue en tant que lieu d’implantation. Je suis également à l’écoute de sociétés qui s’interrogent sur une éventuelle implantation à l’étranger.
Le nombre d’entreprises souhaitant s’installer en France a-t-il augmenté avec la hausse du franc par rapport à l’euro?
La question du change est importante, mais une décision d’investissement engage l’entreprise pour plusieurs années. Elle intervient à l’issue d’une analyse approfondie, menée en moyenne sur une période de 12 à 18 mois.
Quels sont les atouts de la France que vous mettez en avant?
Tout dépend du secteur d’activité de l’entreprise avec laquelle nous sommes en discussion. Pour une société pharmaceutique, nous parlerons du marché français et de sa localisation au cœur de l’Europe; de notre système de santé; de la politique de soutien à l’innovation, avec notamment le crédit impôt recherche qui permet de soutenir les entreprises effectuant leur recherche en France; ainsi que des pôles de compétitivité.
Pour une entreprise de logistique, nous mettrons peut-être plus l’accent sur la qualité des infrastructures. Nous constatons, lors de nos discussions avec les investisseurs étrangers s’intéressant au marché européen, que la qualité des liaisons est un élément d’attractivité important. Tout comme la qualité de la formation de la main-d’œuvre.
Quels sont les autres éléments pris en compte par ces investisseurs?
Depuis le début de la crise, les sociétés désireuses d’investir à l’étranger sont très attentives aux décisions prises pendant cette période difficile. La France est considérée, par 60% des dirigeants d’entreprises étrangères présentes sur son territoire, comme un pays actif dans les réformes visant à moderniser son économie.
Comment?
Le gouvernement a défini cinq secteurs stratégiques pour l’avenir, avec d’importants financements publics qui seront relayés par des investissements privés: l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et technologique, les écotechnologies et les filières industrielles, l’économie numérique.
En outre, le projet du Grand Paris amène les acteurs publics et privés à imaginer la ville du futur, avec des approches allant du transport durable au développement de technologies d’excellence, en passant par l’urbanisme.
La fiscalité française des entreprises estelle compétitive?
La France a supprimé cette année la taxe professionnelle qui était perçue, au niveau local, sur les investissements productifs. Cela représente un allègement de charges pour les entreprises de 12 milliards d’euros la première année.
Le Ministère des finances a évalué que cette suppression équivalait à un allègement moyen de 20% sur dix ans du coût de l’investissement.
Le crédit d’impôt recherche, qui a représenté un allègement de plus de 4 milliards d’euros pour les entreprises bénéficiaires en 2009, est très apprécié par les sociétés engagées dans des programmes de recherche et développement. Quelque 2000 entreprises étrangères en ont bénéficié.
Le rythme d’implantation d’entreprises suisses est-il soutenu?
Malgré la crise, le nombre de projets d’investissements suisses a progressé de 23% en moyenne annuelle de 2007 à 2009. La Suisse est au septième rang des pays investisseurs en France.
L’an dernier, 35 projets helvétiques ont contribué à maintenir ou à créer 1741 emplois. La France est restée le premier pays d’accueil en Europe des projets suisses, attirant 22% de ces projets, dont 14% concernaient l’Allemagne et 13% le Royaume-Uni.
Certains secteurs sont-ils privilégiés?
En 2009, un tiers des projets suisses concernait deux secteurs: l’agroalimentaire, avec 14% d’entre eux; les médicaments et la biotechnologie appliquée (17%).
Nous observons aussi une certaine dynamique des investissements suisses dans les activités intensives en technologie. La très grande majorité des projets d’investissements helvétiques concerne des créations ou extensions d’activités.
Quelles sont les régions les plus prisées?
Les entreprises à capitaux suisses sont présentes sur tout le territoire français. En 2009, les deux tiers des projets d’investissements suisses étaient toutefois concentrés sur trois régions: l’Ile de France (29%), l’Alsace (20%) et Rhône-Alpes (17%).
Retrouvez les analyses et les conseils de Geneviève Brunet sur son blog www.genevievebrunet.typepad.com/
Profil
David Appia
54 ans. Ambassadeur de France. Président depuis 2009 de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII). Auparavant, chef des services économiques et ministre conseiller pour les Affaires économiques à l’ambassade de France à Washington; après plusieurs postes à responsabilités dans ce domaine. Diplômé de HEC, de l’IEP Paris et de l’ENA.
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