ANTOINE MENUSIER, PARIS
En moins d’une semaine Nicolas Sarkozy a sorti à deux reprises sa lampe magique – maléfique, jugent les sceptiques. Qu’en a-t-il fait surgir? L’islam. Une première fois le 10 février lors de l’émission Paroles de Français, en estimant, à la suite de la chancelière allemande Angela Merkel et du premier ministre britannique David Cameron, que le multiculturalisme était un «échec» – entendre par là l’incompatibilité entre la loi de tous et les pratiques «communautaristes » musulmanes.
Et dernièrement, mardi 15, en annonçant qu’il demandait à l’UMP, sa formation politique, d’organiser à la date du 5 avril une journée de débat sur la laïcité et la place de l’islam en France.
L’objectif recherché, à un an de l’élection présidentielle de 2012, est d’une clarté élyséenne: ne pas laisser au Front national et à sa présidente Marine Le Pen le monopole de l’agit-prop sur les «dérives » comportementales d’une partie des musulmans, dont les prières dans la rue sont le principal trait visé. C’est pourquoi, le 5 avril, le «débat» devrait essentiellement porter sur la problématique des mosquées.
On s’interrogera alors sur l’opportunité de réviser la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat qui interdit en principe à celui-ci de financer la construction de lieux de cultes. Mais la constitution d’un «islam de France», vœu cher aux républicains laïcs qui combattent les influences islamiques étrangères, obligera peut-être à des révisions déchirantes en ce domaine.
Ainsi, après la longue parenthèse du débat sur l’«identité nationale» lancé en 2009 par Eric Besson, et pour éviter à l’UMP une défaite dès le premier tour en 2012 au profit du Front national et du Parti socialiste, perspective qui n’est plus une vue de l’esprit, Nicolas Sarkozy agite à nouveau le chiffon vert de l’islam. Le président de la République veut un débat «constructif». Dans l’opposition, ce qui ne surprend pas, mais également au sein de la majorité, certains craignent qu’il soit destructeur.
Cette obsession de l’islam, en France, et quasiment partout en Europe, a quelque chose de décalé, voire d’anachronique, rapportée aux révolutions en cours dans plusieurs pays arabes. On n’y a pas entendu de revendications religieuses – ces voix-là s’exprimeront peut-être majoritairement dans les urnes lors de prochains scrutins libres.
C’est au nom de la liberté individuelle et d’une vie meilleure que ces révoltes ont été menées en Tunisie et en Egypte et qu’elles le sont actuellement ailleurs, affrontant parfois une répression terrible comme en Libye.
«Halal pride.» L’impression de «contre-courant» qu’on ressent en France vient peut-être de ce que l’islam y est un objet de fixation non seulement pour les gouvernements en place mais pour les musulmans eux-mêmes. Ces derniers – une partie du moins – en ont fait une bannière plus identitaire que religieuse.
Le halal pride est particulièrement vivace chez les jeunes qui, dans le dédale des discriminations, cherchent là une manière d’exister en se référant à des figures historiques, tel l’Américain Malcolm X assassiné le 21 février 1965, incarnant les luttes pour l’obtention des «droits civiques ».
En outre, et alors même que les liens avec les familles résidant dans les pays d’origine sont souvent étroits, on n’a pas vu naître ces dernières années chez les Français musulmans un mouvement fort militant pour la liberté d’opinion en Afrique du Nord. Certes, nul parmi eux n’était dupe des convictions démocratiques d’un Ben Ali ou d’un Kadhafi, mais ces leaders ou ex-leaders étaient utiles dès lors qu’il s’agissait de souligner les compromissions de l’Elysée avec de tels régimes.
Il y avait là comme une Schadenfreude de la relation franco-arabe, une confirmation que la France, dans leur esprit, ne fait rien ou bien peu pour améliorer leur condition, ici et là-bas, notamment à travers sa politique restrictive d’immigration.
La récente condamnation d’Eric Zemmour pour provocation à la haine raciale renseigne sur l’état du terrain: miné. Le printemps français sentira-t-il le muguet?
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