Table ronde - De gauche à droite: Benoît Dubuis (BioAlps), Stefan Catsicas (Tilocor), Alain Jeannet (L'Hebdo), Pierre-François Unger (conseiller d'Etat, GE), Philippe Morel (HUG), Géraldine Savary (conseillère aux Etats, VD) et Philippe Lopes-Fernandes (Merck Serono).
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Bataille pour Blue Brain. Le fédéralisme, cet habit qui colle à la peau de la Suisse, craque désormais sous toutes les coutures. Autre exemple avec la pointe de la Jonction, qui devrait abriter, d’ici à 2015, un complexe scientifique où cohabiteraient Blue Brain (simulation informatique du cerveau, menée à l’EPFL), des instituts de pointe spécialisés dans les neurosciences et un pôle destiné à la promotion de la culture. «C’est la réconciliation de l’homme avec la science (...) à la lumière d’une nouvelle lecture du système nerveux central», s’enthousiasme le conseiller d’Etat genevois Pierre-François Unger. «Blue Brain, c’est typiquement le genre de projet où les choses ne fonctionnent pas correctement», refroidit Géraldine Savary, conseillère aux Etats (PS/VD).
Et la parlementaire de constater que les cantons de Vaud et de Genève se déchirent pour attirer le nouveau bâtiment à construire sur leur propre territoire, alors que le Conseil des écoles polytechniques fédérales se demande si la manne de 3 milliards d’euros versés sur dix ans par l’Union européenne à l’EPFL ne porterait pas préjudice à sa sœur l’EPFZ. «Décloisonnons les frontières. Les politiques doivent suivre les scientifiques.» Message apparemment entendu par Pierre-François Unger qui affirme qu’une rencontre est prévue «très prochainement» entre les Gouvernements vaudois et genevois pour «mettre à plat les problèmes». Ouf! L’auditoire sent planer quelques photons de vive intelligence.
Blocages. Au fond, plus que dans les structures, c’est bien dans les têtes que naissent les blocages. Philippe Morel, médecin-chef aux Hôpitaux universitaires de Genève, plaide en faveur d’un profond changement des mentalités. «Il nous faut admettre que dans tel endroit certains secteurs peuvent avoir la priorité et que d’autres doivent être abandonnés.» Hélas, cette souplesse ne semble pas le point fort de la nouvelle loi sur les hautes écoles actuellement en discussion. «Telle qu’elle nous est proposée, relève Géraldine Savary, six étapes de décision sont prévues entre le moment où une université décide d’investir dans une nouvelle technologie et celui où le Parlement vote les crédits nécessaires.» Bonjour l’usine à gaz.
Faut-il par ailleurs, dans un souci de simplification, diminuer le nombre d’universités en Suisse? «Cette notion en vogue à Berne est antinomique à celle de masse critique», souligne Stefan Catsicas, président de Tilocor. «Il ne faut pas réfléchir à l’échelle suisse mais européenne, tout en renforçant la recherche de base.»
Comparer les Etats-Unis, où le fédéralisme semble bien fonctionner, à la Suisse? «Sans l’apport d’argent privé aux Etats-Unis, le problème du fédéralisme serait le même qu’en Suisse», observe Denis Duboule à qui Stefan Catsicas rétorque que les programmes nationaux prioritaires américains n’arrosent pas tout le pays et que cela ne crée pas un tollé. Assurément, la Health Valley helvétique ne s’épanouira qu’avec un subtil mélange d’humilité personnelle et d’ambition collective.
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