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De l’usage du plombier en politique

Par Michel Beuret - Mis en ligne le 30.10.2008 à 06:00

«Joe le plombier», c’est la figure de l’Amérique courageuse et entreprenante des films catastrophe.

Voici trois ans, vous en souvient-il, un spectre hantait l’Europe libérale du docteur Bolkenstein sous les traits d’un expert en tuyauterie venu du froid et exonéré d’impôts. Le plombier polonais débarquait avec fracas sur les barricades de la France du «non» au référendum constitutionnel européen.
 
Ce vigoureux manutentionnaire, symbole de dumping sur les salaires, rejouait dans l’imaginaire collectif une invasion de l’Est qui n’a jamais eu lieu et s’insinuerait un jour, c’est sûr, dans les cuisines de nos compagnes et, qui sait, leurs salles de bain.
 
Ce plombier imaginaire aura servi, à ses dépens, de pédagogie politique pour contrer un dessein jugé trop abstrait et douteux par les opposants. La plomberie, c’est du concret. Il a suffi d’agiter ce féroce Slave tuyauté comme un prédateur de postes de travail, et tout le monde l’a banni.

Un autre plombier à usage pédagogique est apparu dans le contexte de la campagne présidentielle américaine. A quelques jours du vote final, «Joe le plombier» a fait irruption au cours du 3e débat télévisé entre John McCain et Barack Obama. Mais, cette fois-ci, notre ouvrier n’est plus une allégorie. Joe, un électeur de l’Ohio, plombier phobique des taxes et mauvais payeur, avait interpellé Obama lors d’un meeting, l’accusant de vouloir élever les impôts et, en conséquence, l’empêcher de racheter la compagnie pour laquelle il travaille.

A quelques jours du dernier débat, l’équipe de McCain a sauté sur l’occasion. Elle a convoqué cette figure qui incarne l’Amérique en salopette, l’esprit d’entreprise et le bon sens loin de chez vous, pour l’opposer à un Obama présenté comme un intellectuel éloigné des réalités.

Dans ce débat télévisé, centré sur la crise économique qui frappe l’Amérique, face à l’abstraction, à l’incontinence boursière, aux informations virtuelles circulant à une vitesse folle, «Joe le plombier» représente les «vraies gens», pour utiliser le jargon des «fils de pub».

Car Joe répare des réseaux bien concrets. Votre canalisation est obstruée? Il débarque, débouche et optimise les flux. Une fuite? Joe colmate et vous évite l’inondation. «Joe le plombier», cousin de «Joe le pompier», le héros du 11 Septembre, c’est la figure de l’Amérique courageuse et entreprenante des films catastrophe. Aussi, comme pour conjurer cette crise à laquelle il ne comprend pas grand-chose, dit-on, John McCain s’est raccroché à Joe en y faisant référence vingt fois au cours du débat contre Obama.

Il est à craindre, hélas, que Joe le sauveur, une fois l’élection passée, ne figure parmi les victimes collatérales de cette crise. Une crise dont les idéologues républicains, idolâtres du «laisser-faire» et confiant en la «main invisible» pour réguler les marchés, sont largement responsables. La main de Joe, bien visible elle, ira voter McCain, malgré tout.
En Europe comme aux Etats-Unis, l’usage du plombier en politique est une pédagogie qui rime avec démagogie.




Tags: politique, Obama, McCain, entreprises, impôts,

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