En Suisse, on ne démissionne pas. Alors forcément, à vingttrois ans de distance, presque jour pour jour, la coïncidence frappe. Le 12 janvier 1989, Elisabeth Kopp abandonnait son poste de conseillère fédérale à cause des affaires louches de son mari. Elle fut blanchie ensuite par le Tribunal fédéral, mais la tache resta, indélébile, sur la brève trajectoire de la première femme élue au gouvernement. La défaillance d’une femme trop amoureuse, voulut-on croire, alors que d’emblée on aurait dû voir le problème neuf qui allait se poser désormais à nos élites avec la féminisation des carrières.
Une génération plus tard, Philipp Hildebrand démissionne également à cause de l’imprudence ou de l’inconscience de son épouse. Dans l’histoire de l’égalité entre hommes et femmes, nous voici désormais à 1 à 1, match nul. Avec le même sentiment de gâchis.
Le bon sens n’y suffisant décidément pas, les règlements vont préciser prochainement ce que le conjoint d’une personnalité politiquement exposée peut ou ne peut pas faire. Le périmètre des proches astreints à la transparence et à la précaution sera difficile à délimiter. Où s’arrêter: conjoints, parents, enfants? Et quid des cousins, des amis, des maîtresses ou des amants? Gare au grand Guignol.
PEUT-ON EXIGER DE L’AUTRE D’ÊTRE UNE POTICHE OU UN PRINCE CONSORT?
Il est à craindre que d’autres affaires Hildebrand surviennent. Les couples où les deux conjoints partagent une excellente formation et une réussite professionnelle parallèle se multiplient. Celui qui est parvenu à un poste en vue ne peut plus, comme naguère, exiger de l’autre qu’il ou elle soit une souris grise, une potiche ou un prince consort pour photos officielles, l’attendant gentiment à la maison, en ne faisant rien d’autre que de veiller à l’éducation des enfants.
«Je confie tout à ma femme, mais elle ne dira jamais rien, j’ai une confiance en elle absolue», nous avouait il y a quelques années un ministre cantonal sous pression. Admirable ou naïf? Notre classe politique est truffée de jeunes talents de moins de 50 ans, mariés à des personnalités tout aussi riches que la leur, mais qui n’ont pas choisi la vie publique et en subissent le poids indirectement. Ces couples vivent avec la hantise du conflit d’intérêts ou de la gaffe qui leur vaudra un feuilleton dans la presse. Et que dire des ménages où les deux partenaires pratiquent la politique à des échelons différents? Eux aussi doivent se montrer au-dessus de tout soupçon de collusion.
Les règles ne pourront jamais désamorcer tous les cas potentiels de maladresse, de cupidité ou d’insolence. Rien ne remplacera jamais l’éthique et la responsabilité individuelle. On pourrait juste suggérer d’en étoffer la dotation horaire dans certaines filières universitaires.
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