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La chronique de Jacques Pilet
De la beauté du slalom

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 17.02.2010 à 15:56

La descente est peut-être l’épreuve reine des JO. Nous avons tous été soufflés par le fonceur valaisan filant droit vers la victoire. Reste que le zigzag sur neige, la souplesse et la fermeté dans les virages, c’est du grand art. En politique, l’exercice a moins de panache. Il suscite plus le sourire que l’admiration. Mais ne le condamnons pas: la capacité d’adaptation aux nécessités du temps fait partie du jeu.

Cette flexibilité est d’autant plus remarquable chez des messieurs plus tout jeunes. Tel Christoph Blocher. Il y a un an, le caïd clouait le bec au ministre allemand des Finances qui disait ne plus tolérer d’oasis fiscales: «Je rentre du Chili et j’ai vu là-bas que les oasis, c’est formidable!» Or que dit-il aujourd’hui? «Il faut faire table rase. Les banques peuvent et doivent vivre sans argent au noir.»

Il n’y a pas si longtemps, ce milliardaire marchait la main dans la main avec ses deux amis, Marcel Ospel et Martin Ebner. Deux jongleurs financiers entrés dans l’histoire pour les dégâts qu’ils ont causés à l’économie suisse. Ceux-ci doivent bien s’amuser en voyant aujourd’hui leur compère plaider, aux côtés des socialistes, pour l’initiative «contre les rémunérations abusives».

Bien d’autres sont en train de changer de cap le plus élégamment possible. Sur le secret bancaire, sur le ton à trouver avec les voisins, et même sur la question européenne.

Il y a derrière ces accents nouveaux une part d’opportunisme mais aussi de réelles prises de conscience. Ainsi le conseiller national Philipp Müller, radical, entrepreneur, déclare: «On ne peut pas se permettre une guerre économique pour protéger des fraudeurs du fisc.» Son camarade de parti, lui aussi patron dans la construction, Werner Messmer, va jusqu’à envisager sans états d’âme l’échange automatique d’informations fiscales. Tous deux ne doivent pas leur succès aux acrobaties financières mais pataugent dans la boue des chantiers. Cela donne une liberté de ton dans le grand déballage.

Plus mal prises, certaines personnalités politiques ont si étroitement épousé les thèses des banques qu’elles ne savent plus comment négocier les virages qui s’imposent. Le président des radicaux, Fulvio Pelli, ancré au havre fiscal tessinois, s’accroche aux vieilles rengaines et tente de gagner du temps. Touchante, la Genevoise Martine Brunschwig Graf veut croire que «le secret bancaire n’est pas mort puisqu’il reste inscrit dans la loi». Tous deux, comme bien d’autres, ont longtemps plaidé pour la réponse la plus dure à nos méchants voisins. On connaît la chanson: ceux-ci espionnent nos coffres pour des raisons politiques intérieures, parce que leur situation budgétaire est calamiteuse, parce que leur fiscalité est «confiscatoire»... Or ces dernières semaines, le Conseil fédéral et même les grands banquiers changent de discours. Ils ne font plus la leçon à nos partenaires mais cherchent un compromis avec eux et lâchent du lest. Les rouleurs de mécanique sont lâchés.

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit-on. Sans doute, mais l’intelligence est de le faire à temps et à bon escient. Sans renier ses principes mais en tenant compte des réalités. En tentant de les anticiper. On n’attend pas des politiques qu’ils récitent le même catéchisme d’un bout à l’autre de leur carrière. Le monde change, en prendre acte n’est que raison. Le pressentir avant les autres, c’est mieux encore. Il y a des années que la crise autour du secret bancaire s’annonce. Le gouvernement et le Parlement n’ont rien voulu en savoir. Les banquiers sont restés butés et n’ont pas imaginé les stratégies du futur. Une faute politique, une faute économique.

Alors essayons de voir au loin. La prochaine reconversion? Il n’y a que quelques responsables cantonaux des finances qui osent l’évoquer. Mais le débat viendra. A terme il ne sera plus possible d’interdire l’évasion fiscale aux clients étrangers sans y mettre fin aussi pour les Suisses. Cela fera mal aux détenteurs de comptes non déclarés, mais la plaie ne sera pas mortelle. Et puis il faut se préparer au grand saut qui verra la Suisse, tôt ou tard, voler vers l’Europe. Après tout, cette discipline ne nous a pas mal réussi à Vancouver.

Slalomeurs et sauteurs, chauffez vos muscles!





Tags: Secret bancaire,

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