Le Conseil national dit non au programme d’armement, le Conseil des Etats dit oui. Le temps manque pour tenter, encore lors de cette session, un compromis entre les deux Chambres, toujours plus éloignées l’une de l’autre, malgré leur vocation historique de rapprochement.
Tout, en principe, devrait donc être rediscuté en décembre et si, d’ici là, Samuel Schmid annonçait sa démission, l’opposition de l’UDC au programme pourrait être levée et le oui l’emporter. Avec cette conséquence qu’un précédent aurait ainsi été créé: quand un ministre déplaît, on lui bloque tous ses projets pour l’obliger à se retirer.
Mais, programme ou pas, les grandes questions restent ouvertes. Celle notamment soulevée par Christoph Keckeis dans L’Hebdo du 18 septembre: pourquoi ne pas conclure des accords de sécurité avec l’Union européenne, solution «idéale», selon l’ancien chef de l’armée, ou avec quelques pays voisins et amis, la France et l’Allemagne en particulier?
Pas de contrainte. Objection entendue souvent au Parlement, parfois même au Département des affaires étrangères, à cette proposition perçue comme une véritable bombe: comment voulez-vous conclure un accord de sécurité avec une organisation qui n’a pas de politique de sécurité? «Oui, c’est vrai, l’Union européenne, en tant que telle, n’a pas de politique de défense unique, mais elle a une politique de défense intergouvernementale», explique le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Burkhalter, l’un des seuls parlementaires suisses qui s’intéresse de près à ces problèmes.
Elle n’a pas d’armée, au sens où on l’entend d’ordinaire, mais «des troupes mises en commun» que chaque pays membre s’engage à mettre à disposition, qui une brigade, qui un bateau de guerre ou autre chose. Point fondamental: chacun est libre de collaborer ou de ne pas collaborer. L’Union européenne ne peut contraindre aucun pays à faire ceci ou cela, fût-il membre de l’organisation. «Nous pourrions choisir nous-mêmes où nous montrer le plus utile», résume le radical neuchâtelois.
L’exemple français. «Et parce que c’est nous qui choisissons, nous ne mettons en péril ni notre indépendance ni notre neutralité. D’ailleurs, comment peut-on croire qu’un pays comme la France abandonnerait à Bruxelles le soin de décider ce qui serait le mieux pour assurer sa propre défense? Ce qui vaut pour la France vaut, à plus forte raison, pour la Suisse.» Le plus drôle de l’histoire, c’est que l’accord de Schengen «est infiniment plus contraignant qu’un accord sur la sécurité». Et pourtant, il a été ratifié par le peuple.
L’erreur rédhibitoire en Suisse est d’opposer constamment coopération et autonomie. Mais les deux notions «ne sont pas antagonistes, insiste Didier Burkhalter. Dans certains domaines, on est peut-être capable d’agir seul, dans d’autres, toujours plus nombreux il est vrai, le mieux est de travailler avec des pays voisins. Dans un accord bilatéral cadre, on mettrait donc l’accent sur quelques éléments qui nous intéressent particulièrement, comme l’armement ou la promotion de la paix.» Qui prétend vouloir la paix doit au moins chercher à la préserver. Et peut-être beaucoup plus. Sans se dire à chaque fois qu’un soldat suisse pourrait y laisser sa peau.
Choisir le Rafale. En ce qui concerne des accords bilatéraux avec les pays voisins, Didier Burkhalter donne sa préférence à la France, dont les avions «surveillent l’espace aérien 24 heures sur 24», dans une zone comprise entre l’Espagne et la frontière suisse. «Nous devrions être capables de faire la même chose du côté de la frontière orientale.»
Et, pour y parvenir, pourquoi ne pas acheter des Rafale français pour remplacer les Tigre arrivés en fin de vie? Il sont plus chers sans doute que leurs concurrents, mais la Suisse pourrait les négocier dans un superpaquet, où serait garanti l’entraînement des pilotes suisses sur sol français.
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