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Palais de Rumine: 11 octobre, jour de Grand Conseil, Pierre-Yves Maillard pose sous le portrait du major Davel. À 43 ans, le conseiller d'Etat se lancera-t-il dana la course au Conseil fédéral?
Pierre-Antoine Grisoni / Strates

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Pierre-Yves Maillard
L’expérience de la lutte

Par GAUCATHERINE BELLINI - Mis en ligne le 19.10.2011 à 15:16

SUCCESSION DE CALMY-REY. Le conseiller d’Etat vaudois pourrait se lancer dans la course au Conseil fédéral la semaine prochaine. Mais qui est ce socialiste qui donne de la dignité aux petits, mais inquiète les puissants? Portrait d’un leader en quelques batailles.

 

«L’ histoire se développe dans notre sens, camarades!» Du Maillard tout craché. Il convoque l’histoire au Buffet de la gare, il galvanise ses troupes, debout, au Congrès du Parti socialiste vaudois, s’emporte au passage contre UBS, sauvée par les contribuables, et dont la banque d’affaires ose spéculer contre le franc suisse.

«LES GRANDS COMBATTANTS NE FONT PAS DE BONS CONSEILLERS FÉDÉRAUX.»
Un ex-parlementaire socialiste

Et, ce vendredi 7 octobre, il donne du cœur à l’ouvrage à la veille des élections fédérales: «Militer, c’est se lever tôt, aller vers les gens.» Demain, il ira sur les marchés.

Un peu plus tôt dans la soirée, ses remerciements sont allés aux collaborateurs de son Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), lors de leur fête annuelle. Il parle de la victoire devant le peuple des rentes-ponts et de l’aide complémentaire pour les familles.

«Cette semaine, quelqu’un est sorti de l’aide sociale pour entrer en retraite. Un grand moment que celui où une idée se réalise», dit le conseiller d’Etat qui se réjouit aussi des 250 jeunes qui quittent l’aide sociale pour entamer une formation cette année, des 80 autres qui l’ont terminée.

«Un intense motif de satisfaction. Je suis fier de votre travail. L’étape suivante sera la formation des plus de 25 ans.»

Ira-t-il? Une soirée, deux temps, une seule question sur toutes les lèvres: ira-t-il? Comprenez: Pierre-Yves Maillard, le leader charismatique de la gauche vaudoise, le conseiller d’Etat, le président de la Conférence des directeurs cantonaux de la Santé, la bête noire des assureurs et de la pharma, va-t-il se lancer dans la course au Conseil fédéral?

Ira-t-il, lui qui déteste perdre? Il ne dévoile pas ses plans. Il dit simplement que l’avancée ou non de la gauche et de l’UDC, au soir du 23 octobre, jouera un rôle déterminant dans sa décision et que celle-ci mûrit. Mais la plupart des socialistes vaudois pensent comme un de ses collègues du Conseil d’Etat: «Il ne peut pas ne pas y aller.»

Reculer devant l’obstacle, si immense soit-il, ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait, en terres vaudoises, de Pierre-Yves Maillard, l’incarnation du rapport de forces.

Lui qui entretient un rapport sicharnel au pouvoir qu’on ne peut s’empêcher de penser à cette autre bête politique, Christoph Blocher. Bref, il doit y aller. Lui-même reconnaît que, «à un moment donné, on ne s’appartient plus vraiment».

«Sa vie est un combat», résume l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin qui l’a beaucoup affronté, mais qui lève son chapeau face à «un type qui bosse, intelligent, cherche et réussit à régler des problèmes en fonction de sa vision politique».

Portrait à travers une trajectoire jalonnée de batailles avec, à chaque fois, son lot d’alliés et d’ennemis. Parce que, s’il inspire le respect, voire la ferveur chez certains, Pierre-Yves Maillard sème aussi l’inquiétude et parfois le rejet.

Pourquoi moi? Sa toute première bataille, il la livre alors qu’il n’est encore qu’un enfant, en son for intérieur où résonne la question qui taraude à chaque fois que frappe le sort: pourquoi moi? Pierre-Yves, petit, a un pied bot. Cela se voit, cela le gêne énormément.

Si bien que, à l’époque, au début des années 70, le garçon est timide, réservé: «Ça m’a marqué ce pied bloqué.» Il subit trois opérations. Sa maîtresse d’école enfantine, Elsa Pilliard, 87 ans, se souvient avec plaisir d’un enfant réfléchi, très mûr pour son âge.

«Il avait séjourné à l’hôpital, il savait ce qu’était la souffrance.» Cette expérience, ce sera aussi sa première rébellion. A 16 ans, il dit non au médecin, refuse une quatrième opération: «La troisième, quand j’avais 7 ans, n’avait amené aucune amélioration.»

Avec le temps, il transformera cette faiblesse en force. Au foot, sa grande passion, il frappe des deux pieds avec la même aisance désormais, et surprend l’adversaire. Déjà.

Sa famille vit alors à Lausanne, à cinq dans un trois-pièces à l’avenue de Morges. Ses copains viennent souvent de familles d’immigrés. Comme les Maillard, au fond, qui ont quitté la campagne fribourgeoise pour gagner leur vie en ville.

Mais, le week-end et durant les vacances, on remonte à Porsel et ses vertes prairies. Le garçon y conduit le tracteur de son grand-père, fait les foins avec la «pirouette», manie la fourche. Cet attachement à la terre ne le quittera jamais. A Porsel, il est le grand frère, le plus âgé des cousins, il prend le leadership. Déjà.

Le choc du quartier chic. Sa prochaine épreuve l’attend à Lausanne. On pourrait l’appeler «l’apprentissage de l’humiliation». Par son père d’abord qui, contraint de fermer son garage en raison de la crise pétrolière, devra demander l’aide sociale. Quelques jours seulement dans une vie de labeur, mais qui marqueront la famille.

Il y a ensuite le déménagement dans l’est de la ville, près de Pully, où son père a trouvé un emploi de concierge. L’humiliation du père trouve une sorte de prolongement chez le jeune adolescent qui débarque dans un quartier plutôt chic.

Cela commence par un petit choc: personne ne joue au foot, et se poursuit par un éveil de conscience: les jeunes d’ici ne mènent pas la même vie que lui. Ils invitent dans la villa de leurs parents, lui sait qu’il ne peut pas leur rendre la pareille. Ils pratiquent les sports nautiques, la voile, le tennis; lui, il ne sait pas nager.

Et puis, à 13 ans, il n’a jamais vu la mer. Paradoxalement, c’est lui qui a le plus d’argent sur lui. Parce qu’il travaille, aide les enfants à faire leurs devoirs.

Son enseignant d’alors, Jean-Jacques Schilt – qui sera syndic de Lausanne – se souvient d’un jeune homme «crocheur, intéressé par les contenus».

L’expérience des différences sociales, les récits des grandsparents qui ont connu la crise des années 30, la lecture de livres comme Germinal, tout converge et nourrit le terreau de ses futurs combats.

Pierre-Yves Maillard construit son identité politique pour la dignité, contre la honte, celle d’être pauvre ou malade, pour l’égalité des chances et l’ascenseur social. L’adhésion au Parti socialiste s’impose. Il a 18 ans.

Vient alors le temps des batailles politiques concrètes. Il les mène au législatif de la Ville et à l’Université de Lausanne, à la tête de la Fédération des étudiants, au début des années 90. Il se bat pour les bourses des étudiants notamment. Il range sa timidité, devient médiatique et «leader charismatique», selon la formule d’une étudiante de l’époque.

Avec d’autres jeunes loups et louves des jeunesses socialistes – Géraldine Savary (aujourd’hui conseillère aux Etats), Grégoire Junod (membre de l’exécutif de Lausanne), Michel Cambrosio (chef des Services sociaux de Lausanne) Philipp Müller, Patrice Ghelfi (tous les deux hauts fonctionnaires dans son Département de la santé et de l’action sociale; à noter que Patrice Ghelfi y était avant lui) –, il refait le monde, remet d’attaque un Parti socialiste à bout de souffle.

Ensemble, ils s’emparent de son appareil. Lui-même prend la présidence du PS lausannois, puis vaudois.

Avec la renommée émergent les premiers adversaires. La droite, bien sûr, mais aussi la gauche du PS, où on commence à trouver saumâtres ces socialistes qui prennent toute la place. On insinue alors – et jusqu’à aujourd’hui – que, pour faire carrière au PS, mieux vaut appartenir au clan Maillard.

Son emprise sur les gens lui vaut alors l’étiquette de «stal» (comprenez stalinien). Même ses proches reconnaissent que, au PS, «c’est lui qui fait la ligne», que, si on veut le contrer, «on a intérêt à se lever tôt» et qu’il peut engueuler ses proches «comme du poisson pourri». Alors leader charismatique, oui, mais bulldozer aussi.

Dans la campagne fribourgeoise, l’agriculteur Pierre-Alain Périsset, un des copains du FC Porsel, son ami de toujours, s’en amuse: «Quand la discussion devient politique, on n’a plus qu’à fermer son clapet. Il a une telle tchatche!» Mais il sera beaucoup pardonné à Pierre-Yves Maillard.

«Parce qu’il ne perd jamais son objectif des yeux: le bien des gens», relève l’ex-secrétaire du PS vaudois Anne Papilloud, aujourd’hui députée de SolidaritéS au Grand Conseil. Lorsqu’il instaure le contrôle des abus dans l’aide sociale, il rappelle que le plus grave, c’est qu’il y a des gens qui travaillent et qui ne peuvent pas en vivre.

Candidature de combat. L’irrésistible ascension se poursuit. Il ose une candidature de combat au gouvernement cantonal (1997), provoque un deuxième tour contre Jacqueline Maurer qui sera la première femme au Conseil d’Etat vaudois. Au niveau suisse, le PS vaudois s’élève contre les privatisations, les blairistes d’Europe et d’Helvétie.

«IL A RÉUSSI À FAIRE BASCULER LE GROUPE SOCIALISTE DE SON CÔTÉ, PUIS LE PARTI. ET ÇA S’EST TERMINÉ EN VICTOIRE DEVANT LE PEUPLE.»
Hans-Jürg Fehr, ancien président du PSS

Au congrès socialiste de Davos, en 1996, il s’oppose à la division des PTT. Contre le pape du PS: Peter Bodenmann en personne, un autre bulldozer! Et se fait du même coup un premier ennemi au sein du parti suisse.

Il s’en fera d’autres. Parce que Maillard a le sens charnel du pouvoir, mais aussi une attirance physique pour le combat. Les fêtes, les fins de soirées entre copains, à Porsel, finissaient souvent en bagarres amicales. «C’était une sacrée pièce, Pierre-Yves.

Enfin, maintenant c’est encore pire!» Un ami de l’uni renchérit: «Il est courageux physiquement, je l’ai vu s’interposer quand des filles se faisaient importuner.» Au foot aussi, il peut faire mal, il en veut et ne supporte pas de perdre. Son ami André Mach, politologue à l’Uni de Lausanne, se souvient de parties de cartes qui se prolongeaient jusqu’au petit matin pour lui permettre de gagner.

«Je sais que tu m’attends.» Un tout autre combat l’occupe à l’école secondaire où il enseigne le français et l’histoire. «Il n’y avait pas beaucoup de livres chez nous. Ceux qu’on m’achetait pour l’école profitaient à tous.» Alors, comme un Pennac vaudois, il veut transmettre le goût et la maîtrise de la langue.

Cette langue que lui-même fait vibrer lorsqu’il occupe une tribune, et dont il sait user avec simplicité pour que chacun saisisse la complexité du monde ou celle du système de santé. Avec ses ados d’élèves, il décortique des textes riches, des poèmes, les incite à écrire. L’un d’eux évoque, ému, ce prof jeune, motivant, passionné.

Le conseiller d’Etat se souvient aussi et récite Hugo: «Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.» Maillard et le cercle des poètes disparus? Il aime ce métier et, pourtant, il le quittera. La politique l’appelle, à Berne.

L’extension du domaine de la lutte. Sous la Coupole fédérale en 1999, Pierre-Yves Maillard déboule comme un bélier, il a 31 ans. Le socialiste Hans-Jürg Fehr – président du parti quand le Vaudois sera vice-président – est surpris. «Les Romands de la fraction l’ont accepté comme leur leader dès le premier jour.»

Suit une lutte acharnée contre la libéralisation du marché de l’électricité. Il la mène, en toutes premières lignes, contre les poids lourds du PS, Rudolf Strahm et Simonetta Sommaruga. Et, bien sûr, contre le ministre de tutelle Moritz Leuenberger. «Il était très fort, dit Hans-Jürg Fehr.

Il a réussi à faire basculer le groupe socialiste de son côté, puis le parti. Et ça s’est terminé en victoire devant le peuple.» Il provoque alors un changement de paradigme: «Depuis, le service public est redevenu un thème fort au PS.»

Dès lors, il acquiert une réputation nationale, devient l’incarnation de la gauche romande et se fait des ennemis dans tout le pays. Un «camarade» de l’époque le traite, encore aujourd’hui, d’«égocentrique» qui se posait en anti-Blocher ou anti-Couchepin.

Aux adversaires politiques vont s’ajouter quelques patrons, au début des années 2000 lorsque Pierre-Yves Maillard se lance dans la lutte syndicale. A peine nommé secrétaire de la FTMH Vaud-Fribourg, il plonge dans le conflit de la Sapal et sa grève, à Ecublens, que le groupe SIG souhaitait fermer.

Deux cents emplois sauvés. Il manie le rapport de force, use de la menace. Au Lausanne Palace qui vient de licencier une vingtaine d’Equatoriens, il pose un ultimatum: ou bien on entre en négociation ou bien on organise une conférence de presse dans votre lobby. Le Palace a négocié. Certains gardent de mauvais souvenirs de cette période.

«Il se glorifiait, me traitait de pire des patrons, c’était complètement déplacé», dit un chef d’entreprise. André Kudelski qui estime Maillard «parce qu’il est un homme d’action», le juge pourtant «trop planificateur. Il n’est pas un adepte convaincu de l’économie de marché».

Partage du leadership. Le destin bascule, un soir de 2004, quand le conseiller d’Etat Pierre Chiffelle chancelle pour des raisons de santé. Pierre-Yves Maillard entre au Conseil d’Etat vaudois.

Et, là, il surprend tout le monde. Pragmatique, collégial et même agréable, il guide le paquebot de l’administration dans son sens, tout en portant la politique centriste du gouvernement, partage le leadership avec Pascal Broulis, règle souvent les choses d’homme à homme.

«Il n’est pas du genre à négocier avec l’arrière-ban», sourit un observateur. Depuis, il se bat pour améliorer le quotidien des Vaudois, malades, âgés, à l’aide sociale, payeurs de primes. Tout le monde le reconnaît, «il a su endosser l’habit de conseiller d’Etat», comme le relève le député PDC au Grand Conseil Michele Mossi. «Le canton va bien, ce serait dommage qu’il parte.»

Envolée l’étiquette de «stal» qui lui collait à la peau. Ce n’est pas tombé complètement inaperçu sous la Coupole fédérale. Le vice-président de l’UDC, Yvan Perrin, juge en effet qu’«il a brillamment prouvé qu’il a la stature d’un homme d’Etat. Il a su se fondre dans un système collégial et y fait passer ses projets.»

Le Neuchâtelois ne tarit pas d’éloges: «Il a donné sa pleine mesure dans le social. Franchement, j’aurais voté «oui» aux prestations complémentaires pour les familles, cela incite à travailler, à remettre les gens dans le circuit.»

Après sept ans, il a un vrai bilan: baisse des coûts de la santé (de 20% au-dessus de la moyenne suisse, ils passent à 11%), contrôle contre les abus dans l’aide sociale, renforcement des contrôles dans les EMS, diminution de la maltraitance, retour de l’ordre et du contrôle des médecins chefs dans un CHUV secoué par les scandales des notes de frais.

Et, ce printemps, plébiscite populaire pour l’aide aux workingpoors: 61% de «oui».

Papa poule. Dans son canton de Vaud, il n’y a plus guère que le Centre patronal pour trembler devant Pierre-Yves Maillard. Arrondi, transformé, il a acheté une maison à Renens, il roule, grande première, dans une voiture neuve, une Fiat chroma familiale et, surtout, en papa poule, il couve son garçon de 4 ans et sa fille de 2 ans.

Des enfants qu’il met au lit un soir sur deux et qu’il protège de toute exposition médiatique. Son épouse, il l’a connue à l’Uni, puis retrouvée sur un quai de gare, travaille à 60% dans la communication d’une grande boîte d’ingénieurs et parle suisse allemand aux enfants.

On n’en saura pas davantage. De ses amis, on apprendra qu’il en est très amoureux.

Son influence nationale, le socialiste continue de l’exercer, à travers la Conférence des directeurs de la santé (CDS) qu’il préside. Elle lui amène des alliés et des adversaires. D’autant plus que l’histoire lui donne souvent raison. Sur les réserves des caisses, par exemple: les cantons qui ont trop payé devront finalement être remboursés.

Les lobbyistes des caisses maladie, des cliniques privées et de la pharma ont pris en grippe ce Vaudois, «un étatiste qui veut tout contrôler, ne croit pas à la concurrence et cloue au pilori les assureurs», dit l’un d’eux. Leur cauchemar: un Pierre-Yves Maillard à la tête du Département fédéral de l’intérieur, et donc de la santé.

Unique. Beaucoup ne lui pardonnent pas sa croisade pour la caisse unique. Il l’a perdue, mais avec les honneurs. D’ailleurs, il n’abandonne pas cette lutte-là. Comme s’en amuse une directrice de la Santé de Suisse alémanique. «La conférence n’en veut pas. Nous le lui avons signifié à plusieurs reprises.

Mais, à chaque fois que quelqu’un lâche le mot «unique», c’est reparti pour un tour. Il essaie de nous convaincre.» Typique de Maillard. Ses collègues directeurs de la Santé ne lui en tiennent pas rigueur.

Ils apprécient sa capacité de travail, sa rapidité dans l’analyse, son énergie tendue vers le résultat et le fait qu’il dirige parfaitement des séances qui se déroulent en grande partie en allemand.

C’est d’ailleurs peut-être parmi eux, directeurs ou ex-directeurs de la Santé, qu’un réseau en faveur du candidat Maillard au Conseil fédéral pourrait se tisser audelà des frontières vaudoises.

Parce que, comme le souligne Carlo Conti, directeur bâlois de la Santé et vice-président de la CDS: «L’expérience de l’exécutif cantonal est précieuse pour un futur conseiller fédéral. Regardez Eveline Widmer-Schlumpf!»

Un autre avis, surprenant, émane de Jacques Zwahlen, expatron de Veillon. Il n’a pas aimé avoir Maillard pour adversaire, mais estime pourtant qu’il pourrait être un homme dont la Suisse aura besoin.

«Si notre pays doit entreprendre des réformes profondes, si nous allons au-devant d’une grave crise, alors, je verrais assez des gens comme lui à la barre, de ceux qui affrontent la tempête». Mais attention: «A condition qu’il ait en face de lui des personnalités fortes qui sachent lui résister.»

Sceptique, un ex-parlementaire socialiste pense que «les grands combattants ne font pas de bons conseillers fédéraux. Mais peut-être a-t-il changé.»

Quitter la métaphysique. Il ne déclare pas encore s’il se lance ou non dans la suprême bataille, celle pour le Conseil fédéral, mais Maillard ne serait pas Maillard, s’il n’avait pas en tête quelques projets, le cas échéant. Notamment: renforcer le rôle des cantons et la proximité dans la Santé.

Investir dans les énergies renouvelables les milliards des caisses de pension qui partent en fumée avec les actions. Financer par l’AI et l’assurance chômage les formations des jeunes et des plus de 45 ans qui n’ont pas de travail. Fixer dans la Constitution une limite minimale pour la production agricole nationale.

Quant à l’Europe, lorsqu’on lui demande si la Suisse devrait s’engager dans des négociations d’adhésion, il répond: «plutôt, oui, il serait bon de quitter la métaphysique et d’entrer dans le concret. La monnaie, la BNS, la démocratie directe. Ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas.»

D’ailleurs, même s’il a pu donner l’impression que ce n’était pas sa tasse de thé, la politique étrangère est loin de lui être indifférente. Comme membre de la Commission des finances du Conseil national, il avait obtenu que le Parlement renonce à une coupe de 16 millions de francs dans le budget de l’aide au développement.

«Je ne m’étais jamais occupé de santé avant d’entrer au gouvernement vaudois», relève-t-il.

Militer, c’est aller vers les gens. Ce samedi, il joue le chauffeur de Géraldine Savary, candidate au Conseil des Etats. A Morges, à Nyon, il distribue des roses rouges sur les marchés. Soudain, la syndique de Morges Nuria Gorrite lui lance qu’Irma, une militante d’âge mûr, veut un «bec».

Il le lui donne et, fait rarissime, ne sait plus quoi dire. Il bafouille: «J’suis tout chose.» Irma, comme les autres, se demande: ira-t-il?


PROFIL

PIERRE-YVES MAILLARD

1968 Naissance à Lausanne.

1990 Licence en lettres à Lausanne.

1994 Enseignant de français et d’histoire.

1990 Conseiller communal de la Ville de Lausanne.

1999 Conseiller national.

2000 Secrétaire syndical à la FTMH Vaud Fribourg.

2004 Vice-président du Parti socialiste suisse.

2004 Conseiller d’Etat vaudois.



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Tags: Pierre-Yves Maillard, lutte, succession Conseil fédéral, Micheline Calmy-Rey, Parti socialiste vaudois,

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Réaction de cwilhelm
le 22.10.2011 à 18:57
Merci pour cet article objectif, réaliste et pas du tout...
 
Réaction de slimnature
le 20.10.2011 à 20:24
«LES GRANDS COMBATTANTS NE FONT PAS DE BONS CONSEILLERS FÉDÉRAUX.» Un...
 



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