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Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 17.10.2012 à 14:07 |
Le regard profond, le verbe clair mais parcimonieux, Michael Haneke n’a dans la vie pas la même précision quasi chirurgicale que son cinéma, où l’on sent que chaque plan, chaque cadrage ou mouvement de caméra, est le fruit d’une longue réflexion. «Je ne peux pas répondre à cette question», se contente-t-il de glisser lorsqu’on lui demande si Amour, dans lequel il met en scène un couple d’octogénaires à l’hiver de sa vie, a changé sa perception de la mort. Dans la suite d’un palace de la Croisette, où il recevait en mai dernier la presse quelques jours avant d’aller chercher sur la scène du Théâtre Lumière une seconde Palme d’or, après celle – plus méritée – obtenue en 2009 pour Le ruban blanc, le cinéaste autrichien se révèle aussi sérieux qu’on l’imaginait. Mais pas très loquace, donc. On ne saura pas si filmer un couple à bout de souffle a changé son rapport à la mort. Mais quel est, à propos, son rapport à la mort? «Ambivalent», lâche-t-il avant de citer un lied de Brahms: «Ô mort que ton souvenir est amer, ô mort que tu es douce.» Michael Haneke a eu envie de réaliser Amour à la suite d’un drame qui a frappé sa famille il y a plusieurs années. «J’ai été confronté à la souffrance d’une personne en fin de vie, quelqu’un de très proche, que j’aimais profondément.» Universel. Respecter les unités de temps, de lieu et d’action du théâtre classique, voilà la règle qu’il s’est d’abord fixée dans le but d’apporter au film l’intensité nécessaire. Afin de pouvoir tourner avec la précision qui est la sienne, il a ensuite fait reconstruire à Paris, à l’identique, l’appartement viennois de ses parents. «Mais pour éviter tout malentendu, la catharsis à l’origine du film n’a rien à voir avec mes parents.» Autrefois, l’Autrichien travaillait à partir d’un story-board qu’il dessinait luimême. Aujourd’hui, il utilise pour mettre en place ses plans un décor virtuel. Trouver l’inspiration sur le tournage, il n’y croit pas. Tout est chez lui réglé bien en amont. Au final, Amour est peut-être son film le plus accessible. Il acquiesce: «Tout le monde peut s’identifier à ce qui est raconté. Je ne pense pas que j’ai approché ce film différemment que les autres, mais ce qui le rend peut-être plus universel, c’est que cela touche tous les gens. On connaîtra tous cela un jour dans notre vie.»
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