C’est une bonne nouvelle à laquelle on n’a pas assez prêté attention: en 2010, l’espérance de vie des hommes a passé pour la première fois la barre des 80 ans. Les Suisses, comme les Suissesses, vivent plus longtemps, et en meilleure santé.
Depuis Ruth Dreifuss, l’équation n’a pas changé.
Nos primes d’assurances maladie ne rongent pas pour rien notre pouvoir d’achat: il y a en quelque sorte un retour sur investissement. Notre système de santé n’est pas qu’un coût prohibitif, il génère de la qualité de vie supplémentaire.
Un autre phénomène reste méconnu: un tiers des Suisses continuent à travailler après 65 ans. En fait, les retraités se divisent en trois catégories d’égale importance: ceux qui arrêtent avant, ceux qui arrêtent à la date prévue par la loi, et ceux qui continuent – dans la plupart des cas par envie plutôt que par nécessité.
Quel contraste avec le débat sur l’avenir de l’AVS: cela fait plus d’une décennie que les partis s’étripent sur l’âge donnant droit aux prestations et sur leur financement. Sans résultats probants.
Le souverain, décontenancé, a ainsi refusé en 2004 une première version de la onzième révision de l’AVS très laborieusement ficelée comme il a renvoyé en 2010 à l’expéditeur un ajustement inique du taux de conversion LPP, alors même qu’il doute fortement de la pérennité du système, comme l’attestent de nombreux sondages d’opinion.
La réalité a dépassé le débat politique. On devrait donc pouvoir parler de la réforme de notre prévoyance sociale avec sérénité. On devrait même pouvoir en parler tout court.
Mais écoutez le brouhaha de cette année électorale, vous n’entendrez pas grand-chose sur ce sujet crucial. Trop sensible pour que les candidats à vos suffrages – qui savent qu’il faudra relever l’âge de la retraite – osent le dire.
La franchise de Pascal Couchepin est réputée avoir coulé son parti aux élections fédérales de 2003. Le décalage entre cet «oubli» de la campagne et la situation réelle des aînés est spectaculaire.
Seul Didier Burkhalter prépare le terrain pour la période postélectorale. Dans ses discours, il sensibilise ses auditeurs à la cause. Il plaide pour un système différencié qui incite notamment ceux qui le souhaitent à poursuivre leur activité.
Cela ne suffira pas à obtenir un consensus. Il faut aussi cesser d’humilier ceux qui ne peuvent plus travailler à l’approche de la soixantaine: il faut garantir à cette minorité légitimement fatiguée des conditions de vie dignes. Depuis Ruth Dreifuss, l’équation n’a pas changé.
Grâce à la libre circulation et à l’afflux de main-d’œuvre qu’elle génère, il n’y a pas d’urgence à réformer l’AVS. Mais le compteur tourne quand même.
Dans maints pays européens dont se gaussent ces jours-ci les Suisses, ce sont les réformes trop longtemps différées des systèmes de retraite qui ont gonflé les déficits.
CHANTAL TAUXE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE
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