Alain Berset et Pierre-Yves Maillard, deux surdoués, deux bêtes politiques… On répète cette évidence depuis des semaines. Il est vrai que, en comparaison, la recherche de bons candidats par l’UDC est si laborieuse, si chaotique. Le constat vaut aussi pour certains des conseillers fédéraux sortants au bilan peu convaincant. Voire affligeant, dans le cas d’Ueli Maurer (lire en page 28).
Deux surdoués, donc, qu’on hésite à départager. Comme les deux hommes ne sont pas du genre à proposer un job sharing, il faudra choisir. Alors? Face aux défis immédiats posés à la Suisse, Alain Berset paraît le mieux armé. On dit de lui, avec parfois une nuance de désapprobation, qu’il rêve du Conseil fédéral depuis toujours. Heureusement, le candidat ne s’est pas contenté de rêver. Il s’est préparé. Avec la constance et le sérieux qui siéent à cette si noble ambition. Voilà pourquoi il fait figure, à juste titre, de favori. Ce statut de papable de longue date explique d’ailleurs sans doute une certaine nervosité, sa sensibilité parfois exagérée aux prises de position favorables à son rival Maillard et une susceptibilité digne de Micheline Calmy-Rey. Mais cela est une autre histoire.
Face aux défis immédiats posés à la Suisse, Alain Berset semble le mieux armé.
Comme président du Conseil des Etats, Alain Berset a beaucoup voyagé, pris des contacts dans le monde entier, entamé la construction de ses réseaux. On le sent d’emblée: il a le goût de la politique internationale, il comprend dans le détail les enjeux de nos relations avec l’Union européenne. Vu les complications qui s’annoncent dans le cul-de-sac des bilatérales, ses bonnes connaissances du dossier sont précieuses. En particulier à la tête du Département des affaires étrangères, qui pourrait bien lui échoir.
Sur les grandes questions financières et monétaires aussi, le docteur Berset est imbattable. Grâce à lui, le Parti socialiste suisse fait un retour remarqué dans le débat économique. Parmi les premiers, il a argumenté en faveur d’un arrimage du franc à l’euro. Une proposition visionnaire. Il a suivi aux premières loges le sauvetage d’UBS. Et comprend intellectuellement, mais aussi dans ses tripes, la nécessité de renforcer les banques helvétiques et de brider leurs pulsions spéculatrices. Peu porté sur l’idéologie, ouvert et pragmatique, il est bien équipé pour affronter une conjoncture difficile où il ne s’agira pas seulement de mieux redistribuer les richesses, mais aussi d’imaginer comment relancer la croissance et l’emploi.
Un sujet sur lequel Alain Berset se montre intarissable, c’est la difficulté de la Suisse, ces dernières années, à anticiper les événements pour, au final, les subir. Par exemple dans l’affaire du secret bancaire, présenté comme non négociable quelques semaines seulement avant l’abdication face aux Américains et aux Européens. On qualifie volontiers Berset de «cérébral». Si on entend désigner ainsi sa capacité d’analyse et de prospective, c’est parfait: un esprit capable de regarder froidement la réalité en face et de penser stratégiquement, voilà qui ne peut que renforcer le Conseil fédéral.
Alain Berset, Pierre-Yves Maillard, deux surdoués, deux bêtes politiques... Pour l’heure, le premier reste le favori de l’élection du 14 décembre. Il est aussi l’homme de la situation.
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