Grâce et Disgrâce
De l'avocat des animaux aux avocats des sans-papiers
L’actualité offre des collisions involontaires mais pleines de sens. Ainsi est-il question, dans notre démocratie exemplaire, de doter les animaux d’un avocat. Dans l’absolu idéal, pourquoi pas? La qualité d’une société se mesure à l’attention qu’elle prête aux plus faibles, et quoi de plus démunis qu’un écureuil? Une marguerite? Toutefois, ne peut-on pas espérer d’autres priorités? Pour ma part, tant qu’un seul enfant crèvera encore de faim quelque part sur cette planète, je ne comprendrai pas l’urgence de donner des avocats à nos amies les bêtes.
Pour trouver des enfants qui ont faim, il n’y a d’ailleurs pas besoin d’aller jusqu’en Afrique. Si personne sous nos latitudes ne meurt plus du manque de nourriture, il se trouve régulièrement des élèves qui parviennent en classe l’estomac vide. Qui s’en soucie?
D’autres encore suivent les cours avec la boule au ventre, étreints par l’angoisse. Ce sont les enfants de clandestins que nous avons décidé de scolariser, mais qui, sans papiers, sont à la merci d’un contrôle de police.
A cet égard, l’initiative lausannoise consistant à offrir à certains d’entre eux des places d’apprentissage (d’autres étant admis dans les gymnases) aurait mérité beaucoup mieux que les hauts cris légalistes, les indignations électoralement tactiques, qu’on entend depuis une semaine.
Il faut ouvrir les yeux. Les clandestins sont-ils si bien assimilés qu’on ne les remarque même plus dans nos rues? Peut-on décemment laisser grandir ici des milliers de sans-papiers sans jamais reconnaître leur droit à la dignité?
Naguère, ce pays a connu l’inique statut du saisonnier, interdisant le regroupement familial. Plus de vingt ans de luttes associative et politique en sont heureusement venus à bout. Un jour, les sans-papiers seront régularisés et plus considérés comme des sous-hommes.
Médor et Minet peuvent attendre. Il est heureux qu’il se trouve encore des avocats pour les sans-papiers. C’est même l’honneur de ce coin de Suisse d’en compter de nombreux, plus tenaces et persévérants qu’à Berne.
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