De l'herbe pour isoler sa maison
Par Geneviève Ruiz - Mis en ligne le 02.04.2009 à 06:00
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Ecologie. Un ingénieur agronome suisse se lance dans la production de panneaux isolants à base d’herbe. Bilan neutre en CO2, production locale et prix compétitif, le système cumule les avantages.
Stefan Grass avait un nom prédestiné. Durant ses recherches, cet ingénieur agronome zurichois s’est rendu compte que l’herbe possédait des propriétés isolantes prometteuses. Après une phase de test, il dépose un brevet pour un panneau isolant produit à partir de fibres d’herbe, baptisé Gramitherm. Sa production commerciale a débuté en novembre dernier à Chavornay (VD).
Les avantages de l’isolation à base d’herbe sont nombreux. D’un point de vue écologique, les graminées possèdent un bilan neutre en CO2: elles absorbent autant de gaz à effet de serre durant leur croissance que n’en émettent leur transport et leur transformation en panneaux isolants. Fabriqué localement, le produit ne nécessite d’ailleurs pas de longs trajets. De plus, il ne provoque pas d’irritations lors de sa manipulation, au contraire de la laine de verre, l’isolant le plus utilisé actuellement. En comparaison avec d’autres isolants naturels comme le chanvre, le lin ou encore la laine de mouton, l’herbe ne majore le prix de la construction que de 10%.
50 m3 par semaine. «Nous n’arrivons pas à répondre à la demande, confie Antoine Poget, responsable de production chez Biomass Process Solutions (BPS), l’entreprise de Stefan Grass qui produit le Gramitherm. Notre production s’élève à 50 m3 par semaine et nous prévoyons de la doubler d’ici peu. Nous sommes très satisfaits de l’intérêt suscité par notre produit, et pas seulement auprès des propriétaires de villas sensibles à l’écologie. Nous avons également décroché des contrats pour des bâtiments publics d’envergure.»
BPS a confié la production de sa matière première à un agriculteur de Froideville dans le Gros-de-Vaud. Trois fois par an, ce dernier ensile les graminées récoltées avant de leur faire subir une première étape de transformation à l’aide de machines spéciales fournies par BPS: «A ce stade, les composants digestifs de l’herbe sont séparés des fibres cellulosiques, explique Antoine Poget. Il en ressort des fibres que nous utilisons pour nos panneaux, mais également du jus, que les paysans peuvent employer pour nourrir les porcs ou produire du biogaz.»
Les précieuses fibres sont ensuite acheminées dans les ateliers de Chavornay où on leur ajoute un additif à base de minéraux qui leur confère des propriétés anti-inflammables et antifongiques. Pour devenir compactes, elles doivent encore être cuites au four avec du polyéthylène, une fibre synthétique à base de pétrole.
Bémols. Ce succès n’empêche pas Stéphane Citherlet, professeur à la Haute Ecole d’ingénierie du canton de Vaud et spécialiste en écobilan du bâtiment, d’émettre quelques réserves à l’égard du Gramitherm. «Il faut prendre en compte une multitude de facteurs lorsqu’on dresse un écobilan complet et ne pas se laisser subjuguer par le côté naturel de l’herbe. Aucune étude aboutie n’a encore été effectuée pour les isolants à base d’herbe. Si tel était le cas, peut-être que les indicateurs comme l’utilisation de surface agricole ou l’épaisseur du panneau d’herbe –qui est plus importante que celle de la laine de verre pour un même effet thermique – influenceraient les résultats. Cela étant, pour leur bilan très favorable en termes de CO2 et leur production locale, les isolants à base d’herbe possèdent un grand potentiel.» •largeur.com
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