SOCIÉTÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > SOCIÉTÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Jacques Chessex
«M’approcher de lui a été un cadeau»

Par LIONEL BAIER - Mis en ligne le 19.10.2009 à 16:52

Lionel Baier a été choisi par Jacques Chessex pour adapter à l’écran «Un Juif pour l’exemple». Le jeune réalisateur se souvient de leur première rencontre.

«Regardez, d’ici on voit la place et ceux qui la traversent, mais nous ne croiserons personne de votre monde ni du mien», me dit Jacques Chessex. Nous sommes le 3 juin 2009 et je rencontre l’écrivain pour la première fois. C’est sur son initiative que nous prenons un café dans un salon de thé d’un grand magasin lausannois sis place Saint-François. Je lui confie que ce lieu m’est cher, car, enfant, ma mère m’y payait un chocolat chaud après ses rencontres du vendredi au Lyceum Club. Moi, je l’attendais patiemment à la Librairie Payot, choisissant déjà le livre qu’elle ne manquerait pas de m’offrir pour me récompenser d’avoir été si sage.
 
Puis, nous traversions la rue, montions les trois étages du magasin (j’avais le sentiment exceptionnel de prendre part aux us et coutumes de la bonne société lausannoise), nous nous attablions toujours vers les fenêtres donnant sur la place, afin que je puisse observer d’en haut le vendeur de marrons, et commandions une Ovomaltine pour elle, un Suchard express pour moi. L’odeur de l’encre des éditions Folio Cadet et la poudre de chocolat sous mes ongles, cela fait sourire Jacques Chessex. Il me parle alors de l’essence de sa mère.
 
Je n’ose lui dire que je l’ai, moi aussi, humée à travers ses livres que je dévore depuis 1995. A l’époque, j’étais étudiant à l’Université de Lausanne. Comme la plupart des petits Vaudois, j’apprenais bien tard que les mots de mon pays n’avaient pas fleuri que sur les terres de C. F. Ramuz. Je tombais en amour devant le jardin de Jaccottet, de Cherpillod, de Cingria. Et de Jacques Chessex. On parlait de lui avec difficulté, on le disputait dans la presse. Il était de bon ton de le dénigrer. Alors, bien sûr, il devint vite mon préféré. Quand les Vaudois se méfient, je m’intéresse.

Chessex me parle des pasteurs et des garçons putes présents dans mes films. Moi, je ne quitte pas des yeux son regard de chat. Il s’est affalé sur sa chaise, tendant loin devant lui ses deux jambes à la perpendiculaire de la table. Il est en terrain conquis. Ce n’est plus le tea-room de mon enfance, je suis chez lui, dans son salon. Je ne sais quoi lui dire sur son envie de me voir adapter Un Juif pour l’exemple au cinéma, mis à part le fait que cela me flatte. Mais c’est un sentiment un peu bas que je n’ose lui exprimer. Alors, j’insiste sur l’impossibilité sémantique de traduire ses mots en images, sur son utilisation d’un «on» collectif et personnel à la fois, j’avoue l’immaturité du cinéma quand il est question d’un hier et d’un maintenant. Cela l’amuse encore plus que mes souvenirs d’enfance.

Le salon de thé s’est empli de dames très bien, mais qui parlent un peu fort à notre goût. Nous continuons notre discussion sur un banc de la place Saint-François. Au soleil, Jacques Chessex devient caustique. Il énumère avec drôlerie les affres de la vie d’écrivain vaudois et me questionne sur mes collègues cinéastes. Je lui fais remarquer que nos «deux mondes» ne sont pas si éloignés dans la veulerie et la perversion.

«Nous sommes même frères», me dit-il malicieux.

Nous nous reverrons cet été-là avec, je crois, un plaisir partagé. Je n’aurais pas pu devenir son ami, parce que je savais qu’il était bien plus grand que moi et que mon statut de débutant en tout ne me permettait pas de lui tenir la main. M’approcher de lui a été un cadeau formidable. J’irai chercher au fond de l’Aubonne un ou deux cailloux blancs que je déposerai sur sa tombe à Ropraz, en souvenir de nos rendez- vous de la place Saint-François.


LIONEL BAIER

34 ans, auteur de Celui au pasteur ou Garçon stupide, chef de la section cinéma de l’ECAL.





Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de mat
le 07.01.2010 à 09:48
Bonjour, un message pour Lionel Baier ou pour tous lecteurs...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


SOCIÉTÉ
Parti de Payerne, Solar Impulse s'est posé dans la nuit à Madrid
Solar Impulse a franchi sans encombre la première étape de son premier vol intercontinental. Parti jeudi matin à 08h24 de...
SOCIÉTÉ
Parti de Payerne, Solar Impulse s'est posé dans la nuit à Madrid
Solar Impulse a franchi sans encombre la première étape de son premier vol intercontinental. Parti jeudi matin à 08h24 de...
SOCIÉTÉ
Tous les finalistes connus - la favorite Loreen s'est qualifiée
La représentante de la Suède Loreen Keystone
Les femmes donneront le ton samedi à Bakou en finale de l'Eurovision. La grande favorite, la Suédoise Loreen, s'est qualifiée...
SOCIÉTÉ
Travail.Suisse: le congé paternité fait lentement son chemin
Les parents bénéficient toujours plus de congés lors de la naissance d'un enfant (archives) Keystone
Même si le congé paternité a peu progressé depuis l'an dernier, l'enquête annuelle de Travail.Suisse montre que les employeurs publics...


SOCIÉTÉ
 C’est donc cela, la solution? A 29 ans, se recouvrir d’un voile noir pour marcher dans la rue, comme le montrent les photos volées prises par Paris Match cette semaine?
C’est donc cela la réponse à la douleur, à l’abandon, aux coups, aux insultes? Diam’s, tu disais que tu ne...
SOCIÉTÉ
 Image brouillée
Les paresseux dans mon genre sont ravis de constater que le commentaire politique est un exercice qui gagne chaque jour...
SOCIÉTÉ
 La paix intérieure
Jacques était comme une montagne à l’aube d’un grand jour, quand un versant baigne encore dans les mystères et les...
SOCIÉTÉ
 L’esprit aérien de Jacques Chessex
Jacques, je le pensais immortel. Depuis vingt ans que je le connaissais et que, à la suite d’Yves Berger, je...
SOCIÉTÉ
 Chessex, le professeur
Août 1978. Je suis au Gymnase de la Cité, classe 1D22. Une classe de filles qui ont choisi langues modernes,...
SOCIÉTÉ
 Ces jours, j’imagine mon enterrement…
L’unique fois où je dînai avec le messager, l’été entrait par bouffées dans la salle des banquets du Buffet de...
SOCIÉTÉ
 L’éternel fumet du scandale
Du romancier Hervé Bazin, qui soulignait son âge en tentant de le dissimuler, Jacques Chessex m’avait dit un jour: «Il...
SOCIÉTÉ
 Jacques, Maître Jacques, ne vois-tu rien venir?
Il marchait pieds nus, comme un vivant. Il avait le regard bleu délavé d’une vieille âme morte mille fois. Le...
SOCIÉTÉ
 ÇA ALORS! LES FEMMES GÈRENT LEUR ARGENT
Je vous l’annonce avec ménagement, car c’est apparemment une découverte de la Harvard Business Review qui avait échappé aux grands...
SOCIÉTÉ
 beLa crédibilité perdue des scientifiques
Où est donc passée cette satanée grippe A? Ce virus H1N1 tant redouté qui aurait dû nous clouer au lit...
12