C’était une jolie fable que celle des UDC des villes et des UDC des champs. Plus d’une décennie que le canton de Vaud joue à La Fontaine. Une manière de rester fidèle à l’histoire. Mais c’était surtout si commode de se voiler la face. Le choix de Pierre-Yves Rapaz comme candidat pour l’élection complémentaire au Conseil d’Etat anéantit la fable.
LE VIEUX TRIBUN N’EST QU’UN POLITICIEN PARMI TANT D’AUTRES.
Le chef du groupe UDC au Grand Conseil est un agriculteur qui ne s’est jamais distancé de la ligne blochérienne. Que sont d’ailleurs ces «agrariens», vantés pour leur bon sens terrien, qui ne s’opposent jamais aux outrances verbales et/ou idéologiques de leurs collègues zurichois?
Au minimum des peureux, au pire de lâches opportunistes. En politique, laisser faire, c’est approuver. Si l’on est blochérien, pourquoi ne pas avoir l’honnêteté intellectuelle de l’assumer en toutes circonstances?
La fin de la fable d’une UDC fréquentable pose problème aux libéraux et aux radicaux, déchirés sur la posture à tenir. Désormais, leur majorité au Conseil d’Etat est en péril. L’UDC, que ce soit sur le plan vaudois ou national, n’a pas de candidats valables à présenter pour des postes d’exécutif.
Par deux fois, Pierre-Yves Rapaz n’a pas été retenu pour devenir préfet. Et l’UDC voudrait en faire un conseiller d’Etat? Les libéraux-radicaux ont, eux, un réservoir de personnalités prêtes pour l’emploi. Pourquoi diable en mars 2012 ne défendraient-ils pas leur majorité en lançant quatre candidats au lieu des trois sortants?
La concordance helvétique se fourvoie depuis trop longtemps dans l’épicerie partisane: tant de pourcentages au Parlement égale tant de ministres. La politique, ce devrait être autre chose que la répartition des miettes: de l’ambition, des projets, des équipes pour les mener à bien.
Se désenvoûter de l’UDC: dans le canton de Vaud, la manoeuvre ne sera pas facile. Mais que dire de toute une génération de confrères de la presse alémanique incapables de penser la politique suisse sans se référer à Christoph Blocher!
Le vieux tribun n’est qu’un politicien parmi tant d’autres: pourquoi le présenter encore tel un gourou extralucide qui aurait toujours raison, un stratège dont les idées mériteraient plus de considération? La démocratie, c’est la confrontation des opinions, pas l’assujettissement servile à une seule.
L’UDC a eu et aura peut-être encore du succès dans les urnes. Mais son incapacité à assumer les responsabilités gouvernementales trompe ses électeurs autant que ses alliés.
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