Que retiendra-t-on du premier mandat d’Obama? Quel sera le regard des historiens dans quelques années? Par son élection en 2008, le premier président noir des Etats-Unis a incarné une version réactualisée du rêve américain. Pourtant, même s’il l’emporte à nouveau le 6 novembre, il se (re)trouvera à la tête d’un pays déchiré. «L’Amérique du XXIe siècle, c’est à bien des égards deux nations qui se méprisent cordialement», résume l’écrivain et essayiste Douglas Kennedy, dans un texte remarquable rédigé pour cette édition spéciale de L’Hebdo (lire en page 16 de la version papier). Il faudrait donc parler de nouveaux rêves américains, au pluriel, à l’heure où la formule originelle du succès états-unien éclate. La conquête de nouveaux espaces et l’esprit d’entreprise restent, certes, des valeurs cardinales. Comme à Gilbert, une ville-champignon de l’Arizona, qui voit sa population croître de 25% par an. Ici, on vote Romney et on bafoue les faibles (lire le reportage de Linda Bourget en page 22). Dans le même temps et de manière presque symétrique, le rêve se transforme souvent en cauchemar pour une part croissante de la population. A Buffalo, désert industriel, dans l’Etat de New York, plus de 30% des habitants vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté (lire le reportage de Julie Zaugg en page 30 de la version papier). L’Amérique est-elle en déclin? Le débat revient, de manière cyclique, depuis la fin des années 50. Ceux qui donnent des réponses simples à cette question sont invariablement démentis (et surpris) par les faits. A l’aube de son premier terme, Obama s’est profilé comme le héraut d’un redéploiement industriel basé sur les technologies vertes. Les Etats-Unis sont aujourd’hui à la traîne de la Chine dans ce domaine. En revanche, en quatre ans, une véritable révolution énergétique, presque silencieuse, celle des gaz de schiste et autres sables bitumineux redonne à l’économie américaine un avantage comparatif considérable (lire l’enquête de Patrick Vallélian en page 82 de la version papier). En politique étrangère, les Etats-Unis acceptent désormais l’idée d’un monde multipolaire et postaméricain. Les craintes face à la Chine, encore elle, illustrent cette prise de conscience; même si l’armée américaine reste la plus puissante. En fait, l’enjeu est ailleurs. «Au lieu d’envoyer les Américains à la guerre, il faut les envoyer à l’école», affirme Peter W. Singer, l’un des experts militaires les plus respectés à Washington (lire son portrait en page 66 de la version papier). S’il est un domaine où les Etats-Unis régressent, c’est bien celui de la formation. L’étude PISA, qui compare les performances des écoliers en maths, en sciences et en lecture, est à cet égard révélatrice d’une faiblesse fatale. Pour la compétitivité et la sécurité des Etats-Unis. Pour la cohésion du pays. En 1957, la mise en orbite du satellite russe Spoutnik 1 provoquait un choc traumatique aux Etats-Unis. La contre-offensive pour reprendre le leadership scientifique et militaire n’en fut que plus déterminée. Pour réenchanter le rêve américain, pour donner corps à un nouveau projet collectif et pour réconcilier les deux nations dont parle Douglas Kennedy, il faudrait aujourd’hui une sorte de programme Apollo de l’éducation. Ce devrait être la priorité d’Obama s’il est réélu. |









