Décryptages. Les non-dits font les bons amis
Toute la différence entre les problèmes dont on cause et ceux pour lesquels on croise les doigts.
A la veille du G20, tous les futurs participants à cette grand-messe des décideurs font assaut de bonne volonté apparente pour trouver un terrain d’entente. Le maintien de la confiance dans le retour de la reprise économique – partout claironné depuis des semaines – est à ce prix. Les politiciens se doivent d’afficher leur unité: regards clairs ou foncés fixés de concert sur la ligne d’horizon du «Tout ira mieux demain». Le système financier international est sorti des soins intensifs. Il s’agit maintenant de prescrire les médications préventives aptes à éviter à l’avenir l’accident fatal. Et chacun d’essayer poliment de favoriser les «solutions» les moins douloureuses pour lui. Les Etats-Unis jurent ainsi la main sur le cœur – pas celui du système global, qui se remet difficilement de la série d’électrochocs l’ayant ressuscité, mais celui des banques of America – qu’un coussin de fonds propres plus épais permettrait d’éviter les risques de faillites. Logique: les banques d’outre-Atlantique n’ont pas encore mis totalement en application Bâle II, ce complexe mode de calcul des fonds propres en fonction des risques de crédits, de marchés ou opérationnels; elles ne valorisent pas de la même manière le détail de leur bilan; elles ont été massivement recapitalisées et, cerise sur le gâteau des avantages comparatifs, les entreprises américaines se financent bien plus volontiers que leurs homologues européennes directement sur les marchés des capitaux, alors que les PME de chez nous frappent plutôt à la porte de leur banquier pour obtenir de l’argent frais. Un coup de frein aux possibilités de prêts aurait donc plus d’effet sur la croissance européenne qu’américaine. Les bonus, en revanche, concentrent à Wall Street les traders attirés par l’odeur de l’argent. A l’heure où il se fait déjà traiter de socialiste dans sa tentative de réforme de la couverture santé, Barack Obama n’est pas prêt de céder aux Européens sur ce point. Si ce n’est en façade: d’accord pour un étalement dans la durée, mais pas question de plafonner ces énormes primes. Grands arbitres potentiels, la Chine et le Brésil sont étonnamment discrets. Et pour cause: ils s’inquiètent d’un éventuel effondrement du dollar et surveillent les déséquilibres commerciaux entre la Chine et les Etats-Unis, tout comme le change entre le yuan et le dollar. De là à en parler très largement à Pittsburgh, il y a toute la différence entre les problèmes dont on cause et ceux qu’on essaie de résoudre en croisant les doigts pour que le timing le permette sans nouvelle crise majeure... A l’exemple de la création de chambres de compensation pour dérivés, dont les fameux CDS, censées remplacer en partie les actuels énormes marchés de gré à gré. Un thème aussi crucial que technique, mais nettement moins sexy que les bonus.
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