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La chronique de Jacques Pilet
Délires nationalistes

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 28.04.2010 à 11:33

L’Europe unie devait en finir avec les délires nationalistes. Ce n’est pas gagné. A preuve, les élections de dimanche en Hongrie. Le parti de droite (Fidesz) l’emporte avec plus de la moitié des suffrages. Jeu normal de l’alternance après huit ans d’un pouvoir de centre gauche qui s’est rendu très impopulaire.

Ce qui est préoccupant, c’est la thématique des vainqueurs. Ils ont gratté sans vergogne la blessure magyare: en 1920, le traité de Trianon a amputé la Hongrie des deux tiers de son territoire, le distribuant entre la Slovaquie, la Roumanie et la Voïvodine (Serbie). Histoire ancienne mais encore terriblement présente aujourd’hui. Les nouveaux dirigeants promettent de porter la plus grande attention aux minorités hongroises «coupées de la mère patrie». Ce qui ne manquera pas d’exacerber les tensions dans toute la région.

L’exaltation nationale est payante. Du coup les débats électoraux ont peu porté sur les problèmes réels des gens, sur une situation sociale qui se détériore de façon dramatique, mais on a abondamment parlé de la «dignité du pays». Avec un sujet chaud: la propriété de la terre. Il faut empêcher les étrangers d’acheter les campagnes! Le leader triomphant, Victor Orban, a annoncé la couleur: cette mesure est contraire aux règles de l’Union européenne, mais on s’en moquera... Les optimistes diront qu’une fois aux affaires, cette droite s’assagira. D’autant plus qu’elle a diablement besoin du soutien de Bruxelles pour sortir d’une crise économique ravageuse. Mais le parti aujourd’hui majoritaire est talonné par une formation encore bien plus excitée: le «Jobbik», une extrême droite très remuante qui a décroché 17% des voix.

Ces agitateurs-là martèlent trois thèmes. La haine des Roms, présentés comme les paresseux et les voleurs qui profitent de l’Etat et font régner l’insécurité. La prétendue mainmise des multinationales qui feraient filer les richesses du pays à l’étranger. Et l’Union européenne «aux mains des capitalistes juifs».

Dans aucun autre pays européen, les diatribes racistes ne déferlent avec une telle outrance, sans aucun frein. Les militants du «Jobbik», mêlés à la «garde nationale», une bande d’ultras en uniforme prêts à tous les coups de main, revendiquent l’héritage des Hongrois qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, s’allièrent aux Allemands pour débarrasser le pays des Juifs, des communistes et, déjà, des Tziganes.

Les Roms? «Ils ont un problème génétique, entend-on dire. Il faut les mettre dans des camps de travail ou les expulser!» Quant aux Juifs, ils sont accusés de contrôler «les banques et les médias». Certains de ces gros bras plantent sur leur casquette une plume noire de coq: celle qu’arboraient les gendarmes de 1944, lorsqu’ils poussaient 400 000 israélites dans les trains de la mort.

Ce parti qui siégera au Parlement va jusqu’à réclamer une révision des frontières avec la Slovaquie et demande pour cela «une armée forte». Ce qui bien sûr déchaîne la fureur à Bratislava... en particulier celle de l’extrême droite.

La Hongrie n’a pas le monopole de ce genre de délires. Plusieurs pays d’Europe de l’Est, déçus que l’Europe n’ait pas fait d’eux des eldorados, embourbés dans la corruption, se retrouvent sans perspectives, prêts aux pires aventures. Ils sont heureusement trop faibles pour que ces dérapages débouchent sur de vrais affrontements. Et l’Union européenne, même si elle n’évoque pas le danger faute de savoir comment l’aborder, constitue encore un garde-fou. Reste qu’elle est atteinte sur ce flanc d’une méchante tumeur (1).

Dans un registre beaucoup plus feutré, un autre pays, très riche lui, connaît également un certain désarroi quant à son avenir: la Suisse. Son ministre de l’armée, qui ne craint aucun archaïsme, conçoit une défense dressée d’abord contre le voisinage européen. Cette paranoïa anti-européenne fait aussi divaguer quelques égarés de l’histoire. L’un d’eux déclarait l’autre jour dans un magazine de la Radio suisse romande que nous avons des atouts pour faire face aux éventuelles menaces venues du nord et du sud: il imaginait que nous pourrions menacer... d’empoisonner le Rhône et le Rhin!

(1) Lire «Aufmarsch. Die rechte Gefahr aus Osteuropa», de Gregor Mayer et Bernhard Odehnal. Residenz Verlag, 297 p.

Les nouveaux dirigeants promettent de porter la plus grande attention aux minorités hongroises «coupées de la mère patrie».

Retrouvez cette chronique dans «L’air du large», le blog de Jacques Pilet, enrichie de références et d’informations complémentaires.




Tags: Nationalisme, élections Hongrie, Jacques Pilet,

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