Health Valley
Denis Duboule: «Les Universités devraient passer sous contrôle fédéral»
Le directeur du programme national de recherche «Aux frontières de la génétique» plaide en faveur d’un plus grand interventionnisme étatique dans la recherche scientifique fondamentale.
Lauréat du prix Marcel Benoist 2003, qualifié de «Nobel Suisse», Denis Duboule jette un regard à la fois scientifique et politique sur le monde de la recherche en Suisse. Et suggère des réformes décoiffantes.
«Pour la recherche, le fédéralisme est un problème difficilement surmontable», avezvous affirmé lors du débat du Forum des 100 sur la Health Valley. Que vouliez vous dire?
Si l’on excepte les Ecoles polytechniques fédérales, le système de recherche et d’éducation suisse est organisé de façon essentiellement cantonal. Cette organisation a été extraordinairement performante jusqu’au milieu ou à la fin des années 80. Mais la science a changé et demande maintenant de grandes infrastructures lorsque l’on veut entrer en compétition avec des pays comme les Etats-Unis ou la Chine. Or, en Suisse, de tels instituts de recherche sont difficiles à construire et nous sommes souvent spectateurs.
Dans quels domaines les grands instituts sont-ils nécessaires?
Un exemple patent est celui des cellules souches. De très nombreux instituts consacrés à cette thématique se créent dans le monde. En Suisse, l’investissement est minimal et nous sommes incapables de faire la même chose, alors que l’on en aurait les moyens, mais ces moyens sont malheureusement dispersés. Chaque institution cantonale essaie d’attirer les fonds disponibles alors que la taille de la Suisse et ses transports efficaces permettraient beaucoup plus d’efforts communs localisés. Au final, de grands projets accouchent souvent d’une souris.
Est-ce pour cette raison que la Suisse n’a que peu participé au décryptage du génome humain?
La Suisse a de très bons laboratoires d’analyses génomiques, parmi les meilleurs. Mais nos capacités sont dérisoires, par exemple pour déterminer le profil génomique des tumeurs cancéreuses et offrir aux patients des traitements personnalisés. Alors qu’à Cambridge (Grande-Bretagne) – région leader en la matière – le centre Sanger regroupe des dizaines de machines destinées à séquencer les génomes (sans parler de Boston), nous passons une année entière à essayer d’en obtenir deux sur l’arc lémanique. Nous avons souvent un train de retard. Cela dit, en dehors des grands projets, le fédéralisme pose aussi des problèmes au jour le jour.
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