Denise Chervet: "Ne pas transformer des réductions d’effectifs en chômage"

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 09.12.2009 à 18:24

Projet-pilote. L’Association suisse des employés de banque et celle des employés de commerce, ainsi que des banques et le Seco, vont se pencher sur le temps de travail.

Vous avez été durant quinze ans syndicaliste dans l’imprimerie. En quoi votre travail est-il différent à l’Association suisse des employés de banque (ASEB)?

Dans la plupart des branches, une association patronale négocie avec les syndicats la convention collective. Tous les membres de cette association sont ensuite liés par l’accord. Pour les banques, ce n’est pas l’Association suisse des banquiers qui est l’interlocuteur des représentants des salariés. Jusqu’à il y a peu, c’était l’Organisation patronale des banques; signataire de la Convention relative aux conditions de travail du personnel bancaire. Cette organisation affiliait les associations cantonales des banques et comptait peu de banques romandes. En outre, le groupement des banquiers privés genevois a sa propre convention. Une banque étant affiliée à l’organisation patronale à travers son association cantonale, certains petits établissements pouvaient ignorer qu’ils étaient soumis à la convention… Cette organisation a été dissoute avec effet à la fin de 2009 et l’Association patronale des banques en Suisse vient d’être créée.

Ce nouvel interlocuteur permettra-t-il d’augmenter le nombre d’employés couverts par la convention?

L’Association patronale des banques en Suisse, à laquelle sont affiliés UBS et Credit Suisse, annonce représenter des établissements employant plus de 60 000 des 100 000 employés de banque en Suisse. Elle invite les établissements qui ne sont pas partenaires de la convention à la rejoindre. L’adhésion étant individuelle, les membres de cette association patronale seront plus conscients de leurs engagements relatifs à la convention.

Quels sont les employés concernés par cette convention?

Elle couvre tous les employés qui n’ont pas de responsabilité managériale. Soit actuellement, selon les calculs de l’ASEB, 80 000 des 100 000 employés du secteur.

Des employés privilégiés…

Je n’apprécie pas qu’on utilise le terme «privilégié» pour un employé, quel que soit son secteur d’activité. Le salaire minimum annuel dans la banque est de 50 000 francs. Même si les rémunérations sont encore légèrement plus élevées que dans d’autres branches, elles ne sont pas exagérées. Les horaires de travail sont très chargés. Il est difficile de les quantifier exactement puisque la plupart des établissements ont introduit l’horaire basé sur la confiance sans saisie des heures de travail. Or, la loi sur le travail oblige toutes les entreprises à saisir sous une forme ou une autre les heures de travail afin qu’elles puissent être contrôlées par les inspecteurs du travail.

Comptez-vous agir?

Un projet-pilote entre les banques, le Seco, l’ASEB et la Société des employés de commerce prévoit une saisie assouplie du temps de travail dans les banques participantes sur une durée de deux ans. Les résultats seront ensuite analysés.

La convention détermine- t-elle les parts fixe et variable de la rémunération?

La convention ne traite pas de la part variable du salaire. Nous avons participé à la procédure de consultation de la Finma sur sa circulaire relative aux rémunérations: nous souhaitions que les associations d’employés soient consultées sur le mode de rémunération. Nous n’avons pas été entendus. Pour de nombreux postes, la part variable représente au plus un mois de salaire. Les augmentations de la part fixe des salaires ne sont pas négociées par l’ASEB mais par la commission d’entreprise de chaque banque. Or, ces commissions sont composées d’employés. Dans certaines banques, il n’y a pas de négociations: la direction informe simplement sur les salaires.

Quand on négocie, c’est une augmentation globale de la masse salariale?

Oui, les augmentations générales de salaires ont pratiquement disparu. A l’UBS, les représentants des salariés ont obtenu une augmentation de 1,2% pour 2010 de la masse salariale des collaborateurs travaillant en Suisse, jusqu’au rang de cadre moyen. Au Credit Suisse, ils ont obtenu, pour 2010, 1% d’augmentation salariale et 1% pour une adaptation structurelle. En règle générale, une commission d’entreprise négocie une augmentation globale de la masse salariale sans connaître le détail de son affectation. Les augmentations de salaires sont individualisées. Or, cette année, nombre de salariés devront participer à l’assainissement de leur caisse de pension à travers des hausses de cotisations.

Craignez-vous des réductions d’effectifs?

Il y a déjà eu une diminution du nombre d’employés de banque; ne serait-ce qu’en raison des 2500 postes supprimés en Suisse cette année par l’UBS. Les licenciements dans les banques ont surtout touché Zurich, Genève et le Tessin. L’an prochain, toutes les banques seront concernées par des changements en matière de régulation et de fiscalité. La plupart attendent de voir leurs effets avant de prendre des décisions en matière de personnel. L’ASEB aimerait négocier pour transformer d’éventuelles réductions d’effectifs en autre chose que du chômage.

Le chômage partiel est-il pratiqué?

Non, il n’y a que l’UBS qui l’a utilisé pour un très petit nombre de salariés.

Quid des effets du stress sur la santé?

L’an dernier, nous avions obtenu que les employeurs mènent une enquête sur la santé au travail. Les banques qui y ont participé favorisaient une nourriture saine ou l’accès à des salles de sport. Mais les effets nocifs du stress, qui peuvent aller jusqu’au burn out, ne sont que partiellement atténués par de telles mesures. Pour l’an prochain, nous avons demandé que les banques fournissent aux commissions du personnel des statistiques sur l’absentéisme.

«NOUS SOUHAITONS AVOIR DES STATISTIQUES SUR L’ABSENTÉISME DANS LES BANQUES.»


PROFIL: DENISE CHERVET

52 ans. Secrétaire centrale de l’Association suisse des employés de banque, depuis février 2009. Licence en sciences sociales de l’Université de Neuchâtel. Demi-licence en droit de l’Université de Genève. A été assistante sociale. De 1993 à 2009: secrétaire centrale du Syndicat du livre et du papier, devenu Comedia. Députée au Grand Conseil fribourgeois de 1992 à 1998.

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