Quel été! Alors que les vacanciers pensaient prendre du bon temps, ils ont assisté, médusés, lorsqu’ils ont pu jeter un coup d’œil sur une télévision ou lire un journal, au pire à une implosion sourde du capitalisme (vingt ans après la chute du communisme, ce rendez-vous impromptu avec l’Histoire interpelle), au mieux à une apocalyptique crise des marchés financiers doublée d’une crise siphonnante de l’endettement de divers Etats.
La suite des événements qualifiera bientôt l’exacte nature de cet été 2011, car le feuilleton continue, vous pouvez compter sur les traders: tant que personne ne trouvera les moyens – politiques et courageux – de les arrêter, ils traqueront la nouvelle faille spéculative…
Au milieu de ce chaos, l’observateur suisse aura caressé maintes fois la sirupeuse certitude de vivre préservé de pareils tourments. Un réconfort peut-être trompeur.
La Suisse subit désormais les effets de l’onde de choc monétaire. Mais elle doit les affronter seule. Au cœur de la torpeur estivale, confronté aux urgences budgétaires italiennes, Silvio Berlusconi n’a cessé de le clamer à son opinion publique: il «téléphone à Nicolas», «Angela lui a dit…», «Barack va appeler»,…
Nos conseillers fédéraux gouvernent à des années-lumière de ce type de réseau d’entraide et de conseils. Ils sont seuls à devoir trouver des solutions au problème helvétique, qui est l’exact inverse de celui des autres: trop de vertu budgétaire, une monnaie surévaluée.
Et pour couronner la dissymétrie des destins nationaux, au moment où les autres cherchent à économiser des milliards d’euros ou de dollars, 2,5 milliards de francs, au bas mot, se dégagent en trop dans les comptes 2011, que le Conseil fédéral annonce vouloir dépenser sans trop savoir comment. On peut voir dans cette précipitation à indiquer le montant d’une enveloppe sans connaître le but recherché, la trace de l’influence qu’Ueli Maurer a sur le collège. A Berne, qu’il s’agisse d’armée ou de monnaie, on communique sur les moyens sans connaître la stratégie.
C’est bien dommage. La bataille du franc (comme notre sécurité, d’ailleurs), mériterait un peu plus de sérieux. Une fois que l’on a cessé de se flatter de la vigueur incroyable de notre franc, cela nous plaît-il vraiment d’être devenu le joujou des investisseurs internationaux? Que se passera-t-il quand, dans quelques mois ou années, ils s’en délesteront? Est-on certain d’un atterrissage en douceur?
Le silence de nos ministres sur cet enjeu montre à quel point la Berne fédérale est embarrassée lorsqu’il s’agit de parler du pouvoir d’achat des Suisses. Depuis quinze ans, l’envol des primes d’assurance maladie a rongé les revenus de la population jusqu’à faire basculer les familles de la classe moyenne dans la précarité.
Le phénomène n’a suscité qu’indifférence et technocratie. Aucun remède efficace n’a pu être trouvé. La classe politique va devoir se réveiller: les élections fédérales ont lieu dans deux mois, et c’est bien de notre pouvoir d’achat qu’il va falloir discuter.
Le seul Suisse connecté au réseau mondial, c’est Philipp Hildebrand, le patron de la BNS, en contact régulier avec ces confrères des banques centrales. Puisque l’UDC a cessé de lui tirer dans les genoux et que ce parti aime les héros, elle devrait lancer une souscription pour lui rendre hommage.
Quand les autres pays auront retrouvé leur sérénité, Hildebrand sera le seul dirigeant suisse qui aura fait quelque chose pour aider les autres, qui aura témoigné une certaine solidarité dans l’épreuve, et que l’on écoutera volontiers. Nos conseillers fédéraux, si désorientés sur ce qu’il convient d’entreprendre, n’auront pas cette chance.
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