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"Cirkus Columbia", de Danis Takovic
Dernier été avant la guerre

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 20.04.2011 à 13:53

Le réalisateur bosniaque se souvient des derniers beaux jours avant que les Balkans ne s’embrasent.

Drame. Bosnie-Herzégovine, 1991. Profitant de la chute du communisme, ce vaurien de Divko, exilé en Allemagne depuis près de vingt ans, rentre au pays avec Azra, sa charmante jeune compagne, et Bonny, un chat noir qui lui porte chance. Il commence par faire jeter à la rue Lucija, son ancienne compagne, et Martin, le fils qu’il a eu d’elle et qu’il n’a jamais connu. La colère légitime des locataires spoliés à l’encontre du tyranneau annonce et anticipe la guerre civile dans l’ex-Yougoslavie.

Depuis No Man’s Land, son premier long métrage en 2001, la guerre est indissociable du cinéma de Danis Tanovic, né en 1969, à Zenica. «En déconstruisant les raisons abstraites de la guerre – idéologie, religion, etc. - et en l’analysant de manière logique et cohérente, on découvre souvent que les racines de tels conflits sont la jalousie, la cupidité et la peur», explique le réalisateur.

Dans la chaleur de l’été mûrissant, il observe les signes avant-coureurs de la tragédie. Les tensions se cristallisent au gré d’agaceries souvent dérisoires.

Avant de prendre les armes, on se charrie entre cousins, on se bagarre sous l’œil de communistes figés dans leur foi et de soldats aux uniformes dégriffés.

Brassant réminiscences de tragédie grecque (Œdipe au bord de la rivière), petit théâtre de mœurs, satire politique et crises de nerfs, Cirkus Columbia et son chat noir dont l’absence conditionne bien des comportements renvoient à Kusturica (Chat noir, chat blanc). Tanovic apprécie les flambées vaudevillesques, mais il n’atteint pas au baroquisme truculent ni à la puissance visionnaire du maître.

Tandis que leurs amis ont pris les chemins de l’exil, Divko et Lucija, ces «Roméo et Juliette, sauf qu’ils ont survécu et se détestent» se retrouvent au matin à la fête foraine. Bonny le matou disparu est revenu et Divko a retrouvé le sourire. Réconciliés, les vieux amants s’offrent un tour de carrousel. De l’autre côté de la ville, les canons ont commencé de tonner, qui marquent la fin de l’été et de l’innocence.

De Danis Tanovic. Avec Miki Manolovic, Mira Furlan, Boris Ler. Bosnie-Herzégovine, 1 h 53.




Tags: "Cirkus Columbia", Danis Takovic,

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