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Dernier tour de Force

Mis en ligne le 12.05.2005 à 00:00

L'Hebdo; 2005-05-12

Dernier tour de Force

«Star Wars» «La Revanche des Sith» s'avère le plus sombre, le plus tragique des six épisodes. Final en beauté pour la saga galactique. Par Antoine Duplan.

La haute atmosphère de Coruscant s'est embrasée. Petits chasseurs virevoltants comme des moustiques affolés et lourds destroyers s'affrontent parmi les déflagrations de laser, les carcasses calcinées, les droïdes-vautours...

La première scène du dernier chapitre de la seconde trilogie est époustouflante. Dans cette ultime bataille stellaire, George Lucas a investi tout son savoir-faire et toute la force de frappe d'ILM. Cette ouverture grandiose marque l'apogée du space opera au cinéma et donne la tonalité de La Revanche des Sith. Le contenu de cet épisode est connu depuis bientôt vingt-huit ans. Certains éléments sont déjà mentionnés dans Un Nouvel Espoir (1977), le film qui a changé la face du septième art. La Menace fantôme (1999), L'Attaque des Clones (2002) et les spéculations sur internet ont dessiné avec netteté l'intrigue de l'épisode III: Anakin Skywalker bascule du côté obscur de la Force.

Puisque les fans connaissent l'histoire, reste à les surprendre. George Lucas n'a pas ménagé ses efforts: 2200 effets spéciaux. Et huit planètes visitées: aux territoires connus (Coruscant, Tatooine, Naboo) s'ajoutent Felucia et ses végétaux bizarroïdes, Utapau trouée comme un gruyère, Alderaan, la planète détruite par l'Etoile noire dans l'épisode IV qui doit aux paysages de Grindelwald sa beauté cristalline, Kashyyyk, home des Wookies (petit rôle pour le jeune Chewbacca) et Mustafar, planète volcanique au nom beau comme la menace islamique, où se déroule, parmi des Niagara de lave, le combat mortel de Darth Vader et Obi-Wan Kenobi.

George Lucas peuple ces biotopes de quelques machines et personnages nouveaux, dont le plus réussi est incontestablement Darth Grievous, un résidu d'humain caparaçonné d'alliages high-tech, avec une belle tête de vache morte. Le cinéaste se concentre toutefois sur les anciens personnages. R2-D2 prend sur lui la touche humoristique. Plus teigneux que jamais, le petit droïde crache du cambouis et balance des décharges électriques...

L'heure de Palpatine Mais l'heure n'est pas à la rigolade. La Revanche des Sith s'avère aussi sombre que le côté obscur de la force vers lequel Anakin s'achemine. L'ambiguïté règne: «Héros des deux côtés, le Mal partout»...

Politicien retors, doucereux, suborneur, Palpatine prend sa pleine dimension shakespearienne. «Le Bien est un point de vue», souffle-t-il à son jeune ami Anakin. Parce qu'on lui a refusé le titre de maître Jedi, parce qu'il n'arrive pas à «laisser partir toutes choses que tu crains de perdre», le padawan se retourne contre ses maîtres et fait allégeance à l'obscurité.

La chute d'Anakin et de la démocratie renvoient à l'Allemagne des années 30. Fraîchement adoubé, Darth Vader entre au pas de l'oie dans le temple Jedi qui brûle comme le Reichstag. L'ordre d'extermination des Jedis («code 66», au petit goût d'apocalypse) détermine une nuit des longs sabres-lasers, doublée d'un massacre des innocents. Palpatine s'arroge les pleins pouvoirs. «C'est ainsi que meurt la liberté: sous les applaudissements», commente Amidala. Symboliquement, c'est dans la gigantesque salle du Sénat galactique que Palpatine et Yoda s'affrontent. «Echoué j'ai», dira piteusement le plus petit des Jedi

La puissance des ténèbres Sur la fin de La Revanche, George Lucas commence à semer son récit de références antédiluviennes qui préparent le raccord avec la deuxième partie de la saga: Amidala se coiffe en escargot comme Leia, sa future fille; Ewan McGregor calque son jeu sur celui d'Alec Guiness; voici les parois immaculées du vaisseau de Bail Organa; l'Empereur, Darth Vader et (la silhouette de) Grand Moff Tarkin observent le chantier de l'Etoile noire; et Darth Vader, enfin revêtu de son armure de survie, se lève de son lit de souffrance telle la créature Frankenstein, plein de haine et de puissance...

Oncle Lars et tante Beru bercent Luke, leur bébé adoptif. Les deux soleils de Tatooine se couchent. L'histoire commence. Retour en 1977. Evidemment, à l'époque, l'imagerie générée par ordinateur était balbutiante, et inconnues les chorégraphies martiales du cinéma de Hong Kong. En ces temps préhistoriques, un vaisseau poursuit l'autre sur une trajectoire rectiligne. Lors du dernier duel, Darth Vader et Obi-Wan Kenobi ont les pieds vissés au sol. Les images archaïques de La Guerre des Etoiles semblent soudain bien plates, bien pantouflardes. C'est la faute à George Lucas. |

La Revanche des Sith. De George Lucas. Avec Ewan McGregor, Hayden Christiansen. Ian McDiarmid, Natalie Portman. Etats-Unis, 2 h 20.

prisonniers Palpatine, R2-D2, Obi-Wan Kenobi et Anakin Skywalker sont captifs des droïdes de combat et de Daultay Dofine (yeux rouges).




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