COMPROMIS La prostitution permet aux hommes qui ne veulent pas se marier d'assouvir leurs besoins sexuels discrètement DR
Derrière le voile, la prostitution
Par Lionel Fournier - Mis en ligne le 11.08.2010 à 13:10
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Entre réfugiées irakiennes et quelques gigolos, le sexe tarifé se développe à Damas.
TABOU. La nuit est tombée sur Damas. Au café d’une étroite ruelle, une femme blonde, aux traits russes, apparaît pour s’éclipser aussitôt. Une minijupe et un large décolleté: ses habits sortent de l’ordinaire, ici, dans une des villes les plus saintes de l’Islam. Ils reflètent pourtant une vérité bien cachée: celle de la prostitution.
Fahd* l’avoue avec réticence, il fait régulièrement appel à des prostituées. «Je viens de finir mes études et de lancer mon business. Je veux être libre, non pas me marier et avoir des enfants.» Il veut par contre avoir une vie sexuelle, ce qui est rarement envisageable hors mariage sans causer de problèmes aux deux amants. Fahd fait donc appel à des filles de joie, dans les boîtes de nuit ou dans des maisons closes.
Un véritable tourisme sexuel s’est mis en place en Syrie, en provenance des Etats du Golfe. Si les filles de l’Est sont inaccessibles à Fahd parce qu’elles fréquentent «les hôtels de luxe, principalement les Saoudiens», et coûtent «cinquante dollars la nuit», la plupart des prostituées à Damas ont une vie bien différente. Il s’agit de réfugiées irakiennes qui n’ont pas eu d’autre choix: pas d’accès à l’éducation, pas de maîtrise de l’anglais. Il est difficile de les aborder en discutant d’autre chose que du prix, qui avoisine les dix dollars la passe.
La prostitution et, plus globalement, le sexe demeurent un véritable tabou en Syrie. Le simple fait d’acheter des préservatifs est un motif de honte: cela équivaut à avoir des relations malsaines, dangereuses et donc dignes de susciter le mépris.
Yacine* est l’exception. Il a décidé de devenir gigolo. «Cela me permet de gagner beaucoup d’argent en exerçant une activité qui me plaît. Il n’y a rien de mal à ça.» Sa grande fierté, c’est son corps, un vrai physique d’athlète, dont il sait se servir. Il rencontre des femmes aisées, souvent assez âgées. Après quelques rencontres, s’il sent que cela est possible, il leur propose ses services. La discrétion est primordiale: «Si ce que je faisais venait à être découvert, ce serait la mort sociale. Il songe cependant à sa reconversion. C’est bien comme métier, mais c’est trop de pression. Je vais devenir guide touristique. Ça paie pas aussi bien, mais tu rencontres plein d’Européennes jeunes et pas farouches.»
* prénoms fictifs
Tags: Prostitution, Damas,
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