ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Derrière les apparences. Blocher lâché par les siens

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 20.11.2008 à 06:00

Succession Schmid. L’UDC reviendra peut-être au gouvernement le 10 décembre prochain, mais sans le tribun à l’origine de son succès. Révélations sur la séance où les parlementaires ont osé s’émanciper de leur leader historique.

Samuel Schmid s’en va, malade. Elu en 2000 pour contrarier Christoph Blocher, le Bernois est usé d’avoir tenu un rôle ingrat et d’avoir été, lui, le conservateur patriote, contraint de moderniser l’armée contre l’avis de son parti d’origine.

Cette démission est un cadeau pour l’UDC, car, depuis l’été, elle affirme qu’elle veut réintégrer le gouvernement. Mais le cadeau est peut-être empoisonné. Le successeur de Samuel Schmid sera élu le 10 décembre, deux mois avant la votation populaire sur les accords bilatéraux avec l’Union européenne. Pour être élu, le postulant devra promettre de se rallier à la position du Conseil fédéral. Le PDC a même désigné ce ralliement comme une condition sine qua non. Avant de modérer son propos.

Dans les sections cantonales, la fin de la cure d’opposition, subie sans beaucoup de bonheur, réjouit. C’est l’effervescence. Les candidats se bousculent, comme libérés d’un poids.
Pourtant, le disque rayé de la politique fédérale se remet à tourner: Blocher ou pas Blocher. Evincé le 12 décembre dernier, l’ancien conseiller fédéral peut-il faire son retour au gouvernement? La question a déjà été tranchée. Le 30 septembre dernier. Avec une vigueur que l’on ne soupçonnait pas et qui augure de ce qui se passera peut-être le 27 novembre prochain, lorsque le groupe devra décider quel(s) candidat(s) officiel(s) il propose à l’Assemblée fédérale.
 
L’essentiel en trois points
• Une séance décisive Le 30 septembre, le groupe UDC aux Chambres a refusé de faire de Christoph Blocher le candidat automatique à la succession de Samuel Schmid. Ceux qui ont déjà «tué le père» une fois pourraient s’adonner à un remake le 27 novembre, si le tribun ne retire pas sa candidature.
• Les factions s’affrontent Christoph Blocher fédérait tous les courants. Six ailes tentent désormais de gagner en influence.
• La base a déjà tourné la page Blocher De Payerne au Toggenburg, reportage auprès des militants.

L’Hebdo a pu reconstituer cette séance du groupe durant laquelle l’UDC a déjà enterré Christoph Blocher. Ironie du destin, la séance du groupe UDC, le plus important du Parlement, a lieu ce 30 septembre dans la salle ouest du Bernerhof. Pour Christoph Blocher, c’est presque un «match à domicile», puisque la salle est située dans le fief de son ancien Département fédéral de justice et police (DFJP). A 13 h 30 lorsqu’il y pénètre, jamais l’ex-maître des lieux n’imagine que son propre groupe parlementaire va le crucifier. Un acte de défiance que certains journaux n’hésiteront pas, le lendemain, à qualifier de «meurtre du père».

Un musée pour Anker et Hodler. Certes, à cette date, le ministre de la Défense Samuel Schmid n’a pas encore démissionné, mais cela ne saurait tarder. Dans ce contexte, Christoph Blocher rêve d’une revanche et d’un grand retour au Conseil fédéral. Après sa non-élection du 12 décembre 2007, certains dans sa famille lui ont conseillé de tourner la page politique et d’ouvrir un musée ou une fondation à la gloire des peintres Anker et Hodler, dont il est le plus grand collectionneur.

Pas question! Habité par sa mission de maintenir les mythes fondateurs de la Suisse qu’il craint de voir se briser, Christoph Blocher s’accroche malgré l’adversité. En été, l’espoir renaît à ses yeux lorsque le chaos s’installe au Département de la défense, de la population et des sports (DDPS). Il est convaincu d’être l’homme à poigne dont l’armée a un impérieux besoin. Pour cela, il doit d’abord se faire introniser candidat par son groupe.

En début de séance, il a toutes les raisons d’être confiant, d’autant plus que tout commence comme prévu. Peut-être même mieux que prévu. Lorsque le chef du groupe Caspar Baader propose que le principal intéressé quitte la salle lors de la discussion, l’Argovien Ulrich Giezendanner intervient par motion d’ordre. Ainsi, Christoph Blocher peut assister au débat. En présence du «patron», il n’y a plus de risque que la séance dérape.
 
Le clivage européen. Etonnamment, la direction du groupe UDC ne parle quasiment pas de la politique de la défense en préambule au débat. Toni Brunner axe son exposé sur l’importance de plus en plus cardinale de la politique européenne. «Ce n’est plus le clivage gauche-droite qui est le plus important en Suisse, mais le débat qui oppose pro- et anti-européens. L’UDC doit désormais se profiler clairement comme le seul parti à lutter contre l’adhésion à l’Union européenne», décrète-t-il. Dans la foulée, Christoph Blocher enchaîne: «Il est faux de privilégier l’Europe dans nos relations bilatérales.» Mieux vaudrait travailler avec toutes les puissances économiques, surtout celles qui émergent.

Replacée dans cette perspective «européenne», la candidature Blocher s’impose d’autant plus. C’est l’homme de la victoire historique du 6 décembre 1992, lorsque le peuple a décidé de ne pas adhérer à l’Espace économique européen (EEE), l’homme qui a réussi à enterrer le thème de l’adhésion depuis vingt ans.

C’est ensuite seulement que tout se gâte pour Christoph Blocher. Premier signe peu rassurant: pas moins d’une trentaine d’intervenants réclament le crachoir, dont les Romands Jean-Pierre Graber, Oskar Freysinger, Guy Parmelin, Pierre-François Veillon, Jean-François Rime et Yvan Perrin. Pour la première fois depuis longtemps, la parole se libère à l’UDC. «Cette séance a effectivement ressemblé à une psychothérapie de groupe», admet le Neuchâtelois Yvan Perrin.

Sur un point, presque tout le monde est d’accord. L’UDC veut retrouver le gouvernement. «Si 29% des gens ont voté pour l’UDC le 23 octobre 2007, c’est pour qu’elle soit représentée au gouvernement, pas pour qu’elle fasse de l’opposition», témoigne le Vaudois Guy Parmelin. Ce but une fois affirmé, reste à savoir comment y parvenir.
 
Perte de contrôle. C’est à ce moment-là que la direction du parti perd soudain la direction des opérations. Alors que Peter Spuhler, ennemi désormais attitré de Christoph Blocher, reste très mesuré dans ses propos, c’est Ulrich Giezendanner qui met le feu aux poudres, justement celui qui tenait à ce que Christoph Blocher reste dans la salle.
 
Assis de l’autre côté de la table du tribun, à moins de deux mètres de lui, ce patron d’une entreprise de transport fulmine. Le visage rouge coquelicot, il dresse le constat d’un bilan «négatif» de l’UDC dans l’opposition, puis en tire les conséquences: «Comme le Parlement actuel ne votera jamais pour Christoph Blocher, il faut oublier sa candidature si on veut qu’un UDC soit élu.» L’Argovien dépose donc un amendement très laconique, cosigné par le Schwyzois Pirmin Schwander. «L’UDC revendique le poste de Samuel Schmid.» Point barre.

La séance, «assez dramatique» selon l’adjectif de Guy Parmelin, se poursuit dans la confusion. Les amendements pleuvent sur le bureau de Caspar Baader: onze au total! S’exprimant en dernier, Yvan Perrin tente bien de calmer les ardeurs et de rappeler les mérites du «poulain» de la direction du parti. «J’ai relevé l’inélégance de ceux qui se sont fait élire derrière la locomotive Blocher et qui aujourd’hui le lâchent», déclare-t-il.
 
Stupeur. Certains, comme le Bernois Jean-Pierre Graber et le Zurichois Bruno Zuppiger, proposent des textes de compromis, mentionnant Christoph Blocher comme un parmi d’autres papables à la succession de Samuel Schmid. Rien n’y fait. La proposition Giezendanner-Schwander s’impose par 29 contre 27 et quatre abstentions. Le nom de Christoph Blocher disparaît, comme rélégué dans les oubliettes de l’histoire.

Dans la salle, c’est la stupeur. Dans une ambiance lourde, l’Argovien Lieni Füglistaller, qui avait soutenu Christoph Blocher, se lève et lance à la cantonade: «Vous êtes fous, Blocher a mis 50 millions dans ce parti!»
Au sein de l’UDC, personne ne veut croire aujourd’hui que 29 parlementaires fédéraux ont voulu «tuer le père». «Cette expression est exagérée, assure Guy Parmelin. Il faut plutôt voir dans ce résultat un agacement de ceux qui ne voulaient pas être placés devant le fait accompli dans la succession Schmid.»

Il n’empêche. Christoph Blocher n’a désormais plus aucune chance d’être élu au Conseil fédéral. L’ex-président du parti Ueli Maurer, désormais grand favori pour succéder à Samuel Schmid, aurait dit à quelques proches vers la mi-octobre: «Christoph Blocher appartient au passé pour ce qui est du Conseil fédéral», une phrase qui rappelle curieusement ce que dit le président des radicaux Fulvio Pelli... Car les 29 «traîtres» seront aussi ceux qui réclameront tout au moins un double ticket le 27 novembre, lors de la séance du groupe parlementaire qui choisira parmi les candidats. Ne serait-ce que pour éviter que l’UDC ne se retrouve, le 10 décembre, une fois de plus dans une opposition dont elle n’a su que faire en 2008.
 
Une année d’errements. Après le traumatisme du 12 décembre 2007, l’UDC s’est, dans un premier temps, consolée en rêvant d’atteindre de 30 à 35% de l’électorat lors des prochaines élections de 2011. Cet espoir s’est cependant envolé au gré des errements d’une direction du parti revancharde, sanctionné par les sondages à la baisse. Lorsque l’UDC a décidé de ne pas voter pour le programme d’armement 2008 afin d’avoir la peau de Samuel Schmid, un colonel de milice, électeur depuis toujours, a fait part de sa colère à plusieurs parlementaires alémaniques. «Vous êtes devenus fous?»

La principale pierre d’achoppement concerne justement le thème clé sur lequel Toni Brunner souhaite profiler le parti: l’Europe. Sur ce point, les 64 membres UDC des deux Chambres ne se rassemblent que sur la non-adhésion à l’Union européenne. Mais ils se divisent sur un dossier central: la reconduction de l’accord avec l’UE portant sur la libre circulation des personnes et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie.

Les deux camps ne sont certes pas tout à fait égaux. Minoritaire, mais représentant un petit tiers de la députation à Berne, l’aile économique et libérale de l’UDC tient à l’accord sur la libre circulation, à l’origine d’un regain de croissance du PIB helvétique. Elle est emmenée par le patron de Stadler Rail, Peter Spuhler, qui vient de décrocher un contrat de près de un milliard de francs pour la construction de rames pour les CFF. Il devra engager plusieurs dizaines, voire centaines de personnes qualifiées. Impossible de le faire sans cet accord.

Majoritaire, l’aile conservatrice et nationaliste de l’UDC semble prête à sacrifier cet accord. Elle admet certes qu’il a pu avoir des effets positifs, mais uniquement en raison d’une bonne conjoncture économique. En cas de récession, il pourrait envoyer des travailleurs suisses au chômage. De manière générale, cette UDC-là craint la voie bilatérale comme la peste. Elle y discerne une adhésion déguisée à l’UE, accord par accord, tranche de salami par tranche de salami.
 
Brutus. Même au sein de cette aile, Christoph Blocher ne fait plus l’unanimité, car il a changé trois fois d’avis en six mois sur ce sujet. On en veut pour preuve que l’un des Brutus du 30 septembre est Pirmin Schwander, le successeur de Blocher à la tête de l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre).
Le 10 décembre prochain, l’UDC regagnera peu-être un conseiller fédéral, mais pas forcément un cap.
 
CollaborationCT



Dossier 'Partis politiques'
ELECTIONS. Alain Berset, ou le triomphe du stratège (15.12.2011)
ELECTIONS. L'UDC K.-O. Berset royal (15.12.2011)
EDITO. La tentation provinciale (15.12.2011)
GRACE ET DISGRACE. Osez et assumez (07.12.2011)
CONSEIL FEDERAL. Bruno Zuppiger: le retour en grâce (07.12.2011)
L’homme de la situation (07.12.2011)
La lettre ouverte de Peter Bodenmann. Aux hommes de l’UDC (02.12.2011)
EDITO. Le statu quo (01.12.2011)
LA CHRONIQUE DE JACQUES PILET. De Christoph à Marine (30.11.2011)
PORTRAIT. Guy Parmelin: le pleutre patelin (23.11.2011)
POLITIQUE. «Gugus» s’en va au parlement (23.11.2011)

Dossier 'Conseil fédéral'
La lettre ouverte de Peter Bodenmann. Aux hommes de l’UDC (02.12.2011)
EDITO. Le statu quo (01.12.2011)
PORTRAIT. Eveline Widmer-Schlumpf, une femme de pierre (30.11.2011)
LA CHRONIQUE DE JACQUES PILET. De Christoph à Marine (30.11.2011)
CONSEIL FEDERAL. Le duel des surdoués (23.11.2011)
Armée. «Ueli Maurer déteste les militaires romands...» (16.11.2011)
Interview de Frank A. Meyer. "La Suisse a un problème de culture politique" (16.11.2011)
La lettre ouverte de Peter Bodenmann. À Ueli Maurer (09.11.2011)
La lettre ouverte de Jacques Neirynck. Au conseiller fédéral Ueli Maurer (02.11.2011)
Conseil fédéral. Et si Burkhalter était éjecté (02.11.2011)
Elections fédérales. Eveline Widmer-Schlumpf: La clé du centre droit (26.10.2011)



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Deux marins condamnés à sept mois de prison pour une marée noire
L'épave du Rena (archives) Keystone
Le capitaine et l'officier de navigation d'un porte-conteneurs qui s'était échoué en octobre sur des plages de Nouvelle-Zélande ont été...


ACTUALITÉ
 Edito. Et si on se passait de l’UDC?
Quelle mascarade pathétique, où l’on voit Christoph Blocher porté en triomphe par ses adeptes de la direction de l’UDC zurichoise!...
ACTUALITÉ
 Bénéfices de la BNS: l’inquiétude des cantons
Et si la Banque nationale suisse (BNS) ne versait plus à la Confédération et aux cantons les 2,5 milliards de...
ACTUALITÉ
 Le trader nouveau écoute ses émotions
On les croit froids, armés d’une logique implacable. Mais les traders sont aussi des hommes. Des hommes qui peuvent se...
ACTUALITÉ
 L’étincelle au bon moment
Ils sont de nouveau dix, cette année, à être désignés lauréats et lauréats associés des prix Rolex à l’esprit d’entreprise....
ACTUALITÉ
 Emmanuel Todd «Le protectionnisme n’est pas une idée du passé»
Emmanuel Todd est énervant. Il a eu raison très tôt en prédisant la décomposition du système soviétique (La chute finale,...
ACTUALITÉ
 Contre l’arme des lâches
D’après Landmine Monitor, la Chine possède un stock de mines de 110 millions d’unités. Quelle est la valeur financiè-re d’une...
ACTUALITÉ
 Les femmes arabes en conclave
Des centaines de musulmanes, pour beaucoup voilées et riches, réunies trois jours durant pour parler de l’émancipation de la femme...
ACTUALITÉ
 La base a déjà fait le deuil de Blocher
Toggenburg Jeudi 13, 20h. L’ambiance, si chaleureuse il y a un instant, s’est refroidie d’un coup. «Si on est réaliste,...
ACTUALITÉ
 Les factions s’affrontent
Les factions s’affrontent
Cliquez sur les images ci-dessus pour les voir en grand format
ACTUALITÉ
 Bombay, grande métropole ou désastre urbanistique?
Instituts universitaires et technologiques de pointe, Bourse d’importance mondiale, croissance constante de 8 à 9% (jusqu’à la crise du moins),...
1234