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Des années erratiques (I)

Par Christophe Schenk - Mis en ligne le 25.01.2010 à 07:20

All My Friends Comme LCD Soundsystem et Franz Ferdinand, électroniciens et rockers auront fait cause commune durant les années 2000, déjouant les pronostics des plus pessimistes comme des plus optimistes.

C'est un soir de septembre que les années 2000 ont commencé pour moi. Le 18 septembre 2000. Il est 20h10 et comme chaque soir, un groupe s'empare du plateau de Nulle part ailleurs sur Canal +. Ce soir-là, c'est Radiohead, dont on annonce le nouvel album, successeur du séminal OK Computer. Et c'est le choc. Après une ballade au piano électrique, le groupe anglais vire sa cuti électronique, balançant un Idioteque aussi synthétique qu'explosif (pour la petite histoire, Thom Yorke y laissera un bout de dent).

Et si j'avais mal vu?

Peut-être que les années 2000 se sont en réalité terminées ce soir de septembre. Qu'en s'emparant des terrains de jeux d'Aphex Twin, Autechre et autre Notwist, Radiohead a permis au rock d'arrêter le temps, de recommencer un cycle, de bredouiller son histoire pour se plonger dans la post-modernité.

"I hear that you and your band have sold your guitars and bought turntables. I hear that you and your band have sold your turntables and bought guitars."

Juillet 2002, le rock revient sur les dancefloors embarqué dans un cheval de Troie. LCD Soundsystem joue d'un canevas électronique, mais James Murphy ne parle que de ce rock'n'roll qu'on enterre périodiquement. CAN, Suicide, PIL, Joy Division, Losing My Edge égrène une discographie idéale, rappelant que le rock n'aime rien tant qu'à se tordre pour se réinventer, à se frotter aux autres genres pour se régénérer.

Enhardie par cette première salve, une nouvelle génération ramène les riffs de six-cordes sur les pistes de danse, au nez et à la barbe de l'electro - annoncée un instant - dominante. The Strokes, Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, Clap Your Hands Say Yeah redonnent aux gazettes anglo-saxonnes leur fierté et leur gouaille passées. Le nouveau meilleur groupe du moment change chaque semaine, la grammaire encyclopédique s'égrène avec panache et les DJ sont obligés de revoir leurs classiques.

Des scènes des festivals aux génériques des talk-shows, des hit-parades de fin de semaine aux radios jeunes, on ne parle plus que de ça: le retour du rock. Comme s'il était parti un jour. Comme si la cohorte d'opportunistes prompts à entonner "Rock'n'roll is dead" sur un refrain putassier avait jamais su de quoi elle parlait.

Avril 2008, Portishead revient mais laisse le trip-hop au cimetière. Le groupe de Geof Barrow et Beth Gibbons enfante le dernier grand disque de la décennie sous haute influence Krautrock et post-punk. Dans ma tête, j'entends James Murphy scander sa discothèque: CAN, Suicide, PIL, Joy Division. Lui qui comme aucun autre a su marier rock et electro - à l'image de All My Friends, Ceremony des années 00 - pactisant avec Franz Ferdinand ou Arcade Fire pour des noces au-delà du rock comme du reste.

Radiohead parlait d'idioteque, mais la décennie ne fut peut-être qu'une grande discothèque, érudite et contagieuse...




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