Gaspard Proust
Des banques suisses aux scènes parisiennes

Par Antoine Menusier - Mis en ligne le 02.11.2011 à 14:38

Suisse par hasard, le jeune humoriste est devenu la coqueluche de la scène française. Rencontre à Paris avant sa venue en terre vaudoise.

Lorsqu’il sera de passage à Morges pour y interpréter son spectacle, le 16 novembre, Gaspard Proust aura peut-être le bonheur de revoir ce paysage de coteaux et d’Alpes baignées de rose automnal. Sublime et mortifère. «Le monde n’est pas un panorama», dit-il. Cette existence à Lausanne, où il fit HEC, de 1994 à 1998, allait devenir sa mort à Venise. Jeune et déjà vieux, un plaid sur les cuisses.

En l’occurrence, sitôt les études achevées, un job de gestionnaire de fortune payé grassement. «Je ne voulais pas vivre à 25 ans comme une personne qui en a 60.» Il démissionne, part se ressourcer à Chamonix, gravit des sommets, écrit des textes, grille ses économies, file à Paris, 900 euros par mois en poche, s’échauffe sur des petites scènes.

Il a aujourd’hui 35 ans et porte des origines mitteleuropéennes qui attisent la curiosité. Le dandy caustique a conquis Paris. Durant trois semaines en octobre, la grande salle du Théâtre du Rond-Point, sur les Champs-Elysées, s’est régalée de cette chair fraîche helvético-slovène. Sauf que Dracula, dans l’histoire, c’est lui.

Jeudi 27 octobre, 10 h 30, il débouche au coin d’une rue du XIXe arrondissement, dans cet est parisien un peu morne, caban bleu marine, jean foncé, épais cheveux noirs nuancés de châtain, visage blanc. «Je vous aurais bien dit de venir chez moi, mais il y a des slips et des chaussettes qui traînent un peu partout», prétexte-t-il.

Au bistrot, il commande une tisane pour enrayer le cycle matinal du café. La notoriété venant, des gens du quartier le reconnaissent, «mais comme j’ai la chance d’avoir l’air assez antipathique, je ne me fais pas trop emmerder», s’amuse-t-il.

Postmoderne romantique. Cynisme, autodérision, Gaspard Proust est un postmoderne romantique. Pessimiste, individualiste, il n’imagine pas avoir d’enfants – «l’acte majeur dans la vie». Il se nourrit de littératures russe et française, aime la musique classique, avec un faible pour Wagner. On entend dans ses paroles cette petite musique nihiliste si bien en phase avec l’époque.

De gauche? De droite? Lepéniste? Là, le jeune homme s’inquiète. Comment, je ferais du Marine Le Pen sans le savoir? Et les spectateurs qui viennent me voir mangeraient de ce pain-là? «J’aime le beau, le juste, l’honnête», pose l’humoriste. «Si on ne peut plus s’offrir le luxe de l’ambiguïté… Il faudrait tout le temps se justifier de quelque chose», déplore-t-il. Il se souvient: un jour, au Festival d’Avignon, lors d’une rencontre avec la société des acteurs, une productrice, «ouvertement de gauche», lui reproche sa «misogynie», et enfonce le clou: «Votre mère doit avoir honte de vous.»

Or, la même prend la défense d’un acteur qui, dans un moment d’ivresse, a donné un coup de pied à une femme: «Il faut le comprendre, c’est un artiste», argue-t-elle. Pas d’accord, s’insurge Gaspard Proust: «Dans la vie, on peut agir de façon dégueulasse, mais sur scène, il faut être bien-pensant? Cette gauche-là, elle me dégoûte.»

Heureuse méprise. Notre homme est à ce point pétri d’un esprit français qu’on en oublie ses origines serbo-suisses par sa mère, austro-slovènes par son père. «On me prend toujours pour un Français», constate-t-il, sans doute assez heureux de cette méprise. Il est né Suisse, il ne l’est pas devenu, en dépit de quelques mois passés dans la Protection civile, en lieu et place du service militaire.

C’est à Alger, où son père occupe un poste de coopérant dans le secteur du gaz naturel, qu’il fait sa scolarité dans la langue de l’ancien colonisateur, parmi les expatriés. Il a vécu auparavant dans la Slovénie communiste, dont il garde une certaine nostalgie: «Il n’y avait pas de préoccupations matérielles.»

En 1994, la famille quitte l’Algérie en guerre civile, devenue dangereuse pour les étrangers. Gaspard, âgé alors de 18 ans, souhaite entrer à Sciences-po Paris, ce sera HEC Lausanne, sous la pression des parents qui veulent pour leur fils une formation offrant de réels débouchés.

Ils sont servis. Dans son spectacle, face au public français, il déclame en allemand du Tristan et Iseult, l’opéra de son cher Wagner. «J’humilie ces gens qui n’ont aucune faculté pour la langue de Goethe, dit-il, féroce. Les Français prennent toujours les Allemands pour des lourds. Il ne faudrait pas qu’ils caricaturent ceux qu’ils n’ont jamais colonisés, alors qu’ils imitent très bien l’accent arabe.»

«Enfin sur scène?». Gaspard Proust. Théâtre de Beausobre, Morges. Me 16 novembre à 20 h. www.beausobre.ch

-->

Mix & Remix

Voir plus »
UMP: Vainqueur, Copé propose la vice-présidence à Fillon.

UMP: Vainqueur, Copé propose la vice-présidence à Fillon.

Genève promet une police décomplexée pour les fêtes de fin d'année.

Genève promet une police décomplexée pour les fêtes de fin d'année.

Gaza: L'armée israélienne a repoussé son offensive terrestre.

Gaza: L'armée israélienne a repoussé son offensive terrestre.

Moody's dégrade la note de la France.

Moody's dégrade la note de la France.

Cia: le général Petraeus au coeur du scandale

Cia: le général Petraeus au coeur du scandale