L'Hebdo;
2001-03-08 Des bistouris en or massif
MedTech Si les nouvelles entreprises liées à la santé rencontrent leurs premières turbulences boursières, elles ont mieux encaissé le scepticisme du marché.
En Bourse, les entreprises spécialisées dans la fabrication d'outils médicaux de haute technologie (souvent abrégées Medtech) livrent ces jours leurs résultats. A l'instar de l'entreprise zurichoise Tecan jeudi, Sulzer Medica vendredi, la start-up Jomed et la firme argovienne Straumann la semaine prochaine.
Très nerveux depuis l'e-krach de mars 2000, le marché peine à interpréter la direction que prendra ce secteur industriel. Jeudi dernier, l'annonce d'une progression de 26% du chiffre d'affaires de Synthes-Stratec, un groupe bâlois pesant en Bourse 9 milliards de francs et développant des produits pour le traitement des fractures, ne l'a pas mis à l'abri du grand plongeon: moins 18% en une seule séance! En écho, la société schaffhousoise Jomed cédait de son côté 19% lors de cette même journée noire. Le marché se reprenait cependant en partie le lendemain.
«Cette chute traduit une grande nervosité du marché, confirme Patrick Stutz, analyste du secteur des technologies médicales chez Vontobel. Après l'éclatement l'an dernier de la bulle spéculative des valeurs biotechnologiques, les investisseurs sont très prudents car ils associent également le secteur des technologies médicales à la nouvelle économie. Ces sociétés charrient cependant un chiffre d'affaires et du cash.» Car le Medtech produit des systèmes et des appareils bien concrets, ce qui le distingue de la biotechnologie et de la Pharma.
Si l'investisseur qui s'intéresse à ces titres dans le seul but d'engranger de rapides plus-values ne doit pas être cardiaque, le secteur offre sur le long terme des perspectives commerciales - et donc financières - plus alléchantes.
Le ralentissement conjoncturel aux Etats-Unis freine à peine le développement des technologies médicales. «Ce marché pesait en 1999 environ 170 milliards de dollars (280 milliards de francs), rappelle Patrick Laager, analyste du secteur des Medtech chez Sarasin & Cie, contre 200 à 220 milliards de dollars pour la Pharma et environ 45 milliards pour la biotechnologie. Dans les quatre ans à venir, il devrait progresser chaque année de 10 à 12% au niveau mondial et de 20% pour la seule Europe.»
Ce qui attire les investisseurs, c'est le profil de ces sociétés: un créneau porteur, très implanté à l'international, aux Etats-Unis en particulier. Ce dernier est incontournable: il représente à lui seul 69 milliards de dollars. Pas étonnant, dans ce contexte, que Stratec ait fusionné au printemps 1999 avec la compagnie américaine Synthes, que le groupe bernois Disetronic (fondé en 1984) vende déjà plus du quart de ses produits outre-Atlantique, ou encore que Tecan ait sollicité le géant américain Abbott Laboratories pour l'aider à gérer la distribution de ses produits.
Les soubresauts boursiers de ces valeurs n'inquiètent donc pas outre mesure les analystes. «Ce type d'entreprises se caractérisent par une bonne adéquation entre le développement de leur chiffre d'affaires et de leurs bénéfices». Mais le secteur a d'autres atouts. «Les technologies médicales offrent la perspective de réduire les coûts de la santé en limitant souvent des frais d'hospitalisation», estime Patrick Laager. Voire... Ce qui est sûr c'est qu'elles accompagneront une société vieillissante, permettant aux plus âgés un maintien de certaines activités jusqu'à un âge plus avancé.
Le développement de la génomique et de la protéomique représente aussi autant de nouveaux marchés pour ces entreprises, à l'exemple de Tecan qui a engrangé l'an dernier un chiffre d'affaires de 45 millions de francs dans ces activités, contre 21 millions de francs lors de l'exercice précédent. Conclusion: ce segment industriel devrait continuer à dégager dans les années à venir les fameuses «marges opérationnelles» bénies par les analystes financiers.
En Suisse, l'industrie des technologies médicales a connu un développement considérable ces dernières années. Des PME ont rapidement grossi. Aujourd'hui, les 500 entreprises de ce secteur emploient 30 000 collaborateurs en Suisse, selon l'association de la branche, contribuant par ailleurs à la reconversion d'une partie du tissu industriel helvétique.
En Suisse romande, les accros du superlatif parlent même d'une «MedTech Valley». Un peu prématuré tout de même si l'on se penche sur la carte: les poids lourds du domaine se sont presque tous installés outre-Sarine. Le réel vaut mieux que les mirages volontaristes: depuis deux ans, plusieurs sociétés sous-traitent en Suisse romande tandis que d'autres y ont carrément élu domicile.
Nombre d'atouts
Une attraction qui ne doit rien au hasard. Directeur d'Y-Parc, à Yverdon, Alain Quartier rappelle «notre longue tradition dans les techniques de précision, la qualité exceptionnelle de la main-d'oeuvre et une forte densité de matière grise par la présence d'écoles de haut niveau, sans compter la proximité des hôpitaux universitaires (CHUV et HUG)». Autres atouts: un tissu industriel performant, de bonnes communications dans un pays idéalement situé en Europe et une bonne qualité de vie.
Des conditions qu'il convient de maintenir, souligne Stefan Catsicas, vice-président de l'EPFL et consultant lui-même. Biologiste moléculaire de formation, le professeur rappelle que Biotech et Medtech «ont déjà une histoire de vingt ans derrière elles et sont désormais arrivées à maturité. Il suffit de se pencher sur le nombre exponentiel de produits qui arrivent aujourd'hui en phase clinique» , antichambre de la production commerciale. «La recherche dans le domaine des Medtech est comme un cercle qui grandit, parallèlement à ceux du Biotech, de la micro-informatique ou de la mécanique de précision. Ces cercles commencent à se toucher et se croisent. Ce sont les intersections qui sont le plus intéressantes». Des perspectives que le vice-président de l'EPFL aimerait voir concrétisées par la création de chaires spécifiques telles que le «génie médical» par exemple.
Michel Beuret et Roland Rossier
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