Pendant qu’à Berne on spécule sur ses chances de réélection, Johann Schneider-Ammann s’est offert une virée en Amérique latine.
L’ESSENTIEL DE NOTRE COMMERCE RESTE UNE AFFAIRE DE PROXIMITÉ CONTINENTALE.
Chili, Argentine, Brésil, le radical bernois a accompagné ce que notre diplomatie économique sait faire de mieux: ouvrir de nouveaux marchés à nos entreprises, affiner les accords de libreéchange, créer un goodwill autour de l’excellence des produits suisses.
En prime, notre ministre rentre avec un beau cadeau: il a reçu un maillot de l’équipe de foot du Brésil à son nom. Quoi qu’il arrive le 14 décembre, l’entrepreneur de Langenthal ne sera pas devenu conseiller fédéral pour rien.
En matière de politique étrangère, peu de sujets font autant consensus que la nécessité pour la Suisse de travailler le potentiel des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Nos conseillers fédéraux s’y rendent régulièrement, avec une avidité qui contraste avec la mine contrite qu’ils affichent à Bruxelles.
Autant ils médiatisent leurs voyages intercontinentaux, autant ils sont discrets sur leurs incessants allers et retours dans la capitale de l’Union européenne.
Leur retenue est inversement proportionnelle aux enjeux chiffrés: les quatre pays BRIC représentent 7,6% de nos exportations; à elle seule, la France en absorbe 7,8%, l’Italie 10,1% et l’Allemagne 19,5%. En 2010, l’UE a pesé au total pour 58,6%.
Le dynamisme des pays émergents est colossal, et ne saurait être négligé, mais l’essentiel de notre commerce reste une affaire de proximité continentale. L’ignorer, comme a choisi de le faire le Conseil fédéral, est irresponsable, même si cette cécité est partagée par la plupart des partis qui n’ont pipé mot des enjeux européens pendant toute la campagne.
Dans son approche des relations avec les Vingt-Sept, notre gouvernement se comporte comme s’il s’agissait de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Il privilégie une approche bilatérale, sectorielle, et feint de ne pas comprendre les mécanismes du marché unique.
Il conteste l’application du droit européen et se réfugie derrière le droit international public. Oiseuse distinction de juristes? Derrière ce malentendu, des conceptions diamétralement opposées de ce qu’est désormais la souveraineté. Le clash est programmé. Il sera fracassant pour notre économie. Comme un mur de briques.
Tags: chronique de Chantal Tauxe, Grâce et disgrâce, Johann Schneider-Ammann, diplomatie économique, accords de libre-échange,
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