Des cellules de fœtus dans une crème
Des produits cosmétiques nés au CHUV et commercialisés aux Etats-Unis donnent des cheveux blancs à Pierre-Yves Maillard depuis deux ans.
RECHERCHE. Le dossier a atterri il y a plus de deux ans sur le bureau de Pierre-Yves Maillard, chef du Département de la santé du canton de Vaud. Les documents dénoncent notamment l’usage de protéines extraites de cellules de fœtus dans des crèmes antirides fabriquées en terre helvétique par Neocutis – une entreprise créée en 2003 par deux professeurs et une chercheuse du CHUV, où ils ont mené leurs recherches. A noter que l’Université de Lausanne – donc le contribuable – a investi des fonds dans cette entreprise.
Cosmétiques. Leur idée de départ était de développer des produits thérapeutiques, mais ils se sont rapidement tournés vers les cosmétiques, produits qui rapportent plus d’argent et ainsi susceptibles de financer leurs recherches.
Il faut savoir que, en Suisse, l’ordonnance sur les produits cosmétiques interdit toute utilisation de «cellules, tissus ou produits d’origine humaine» dans la compositions de cosmétiques. Cette interdiction est valable dans toute l’Europe. Pour contourner la loi, c’est la «filiale» américaine de l’entreprise vaudoise qui commercialise ces produits depuis les Etats-Unis. Du coup, il est très facile de se les procurer en quelques jours, via l’internet, ce que nous avons d’ailleurs fait. En toute légalité.
Le problème qui demeure est à la fois moral et administratif: outre l’astuce qui permet tout de même de se procurer ces produits légalement en Suisse, les scientifiques n’ont pas respecté la règle qui exige de passer par la Commission d’éthique pour les prélèvements faits sur des fœtus – ce que confirme Pierre-Yves Maillard. Et ceci pour le dernier prélèvement, celui concernant la commercialisation de tissu fœtal. Il s’agit pourtant d’une exigence de base en éthique de la recherche, comme le rappelle l’article constitutionnel qui sera soumis au vote le 7 mars prochain.
Dans cette affaire, on pourrait également s’étonner que deux professeurs et une chercheuse respectés du CHUV créent une entreprise – avec la bénédiction et les fonds de l’Etat – pour exercer une activité impossible en Suisse.
Conflit d’intérêts. Pour corser un peu le tout, un autre problème se greffe sur cette histoire: celle du conflit d’intérêts. Des chefs de service contrôlent les fonds d’une fondation – cette structure permet la recherche – et sont en même temps actionnaires et administrateurs d’entreprises privées, en l’occurrence Neocutis. A-t-on affaire à des médecins qui travaillent pour le compte de la science ou de l’industrie? A cela Pierre-Yves Maillard répond: «Nous avons examiné cette question de près et un rapport de l’ancien juge cantonal François Jomini exclut tout conflit d’intérêts.» Président du conseil d’administration de Neocutis, Frédéric -Edouard Kœhn, lui, déplore ces deux ans de tracas autour des crèmes: «Il faut arrêter la chasse aux sorcières. Il n’y a rien d’illégal et d’immoral dans nos activités.» L’idéal aurait été de demander son avis à la Commission d’éthique, étape malheureusement ignorée.
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