L’alliance d’un riche savoir-faire helvétique, l’horlogerie, à la passion d’un sport, le golf. Voilà le concept de Valedictorian, la start-up lancée par trois Genevois, Loïc Velazquez, 26 ans, Fabien Müller, 25 ans, et Romain Barbey, 30 ans. Leur fonds de commerce se trouve ainsi dans la conception de clubs de golf luxueux. Utilisant différentes techniques issues du monde de l’horlogerie, comme le microbillage, les artisans sertissent leurs outils sportifs de diamants, ou de métaux précieux comme l’or, parfois le platine. Vendus tout autour du globe, les modèles ont un prix allant de 3000 francs pour les pièces les plus basiques, à 26000 pour les plus raffinées. Pour l’instant, la société n’en est qu’à ses débuts et ne vend que des putters (les clubs de fin de parcours). Mais l’avenir s’annonce radieux pour ces passionnés, actifs dans un domaine largement négligé par les marques de luxe.
Il y a cinq ans, Loïc et Fabien parlent de leur avenir sur les bancs de l’école d’horlogerie. L’idée de devenir indépendants surgit rapidement. «La création d’une marque de montres s’annonçait compliquée, surtout trop coûteuse, lance Loïc. Nous adorions le golf et personne ne proposait des produits de luxe. Il n’y avait que des Swatch sur le marché, pas de Rolex ou autres modèles haut de gamme. Il fallait en profiter.» Séparés quelques années, les deux jeunes horlogers se retrouvent en mai 2010. Leurs économies rassemblées, ils confectionnent dix pièces, et en vendent l’intégralité lors d’un tournoi sur l’île Maurice. Un club est même vendu à 17500 francs. L’aventure est lancée.
Le client kazakh. Romain, joueur de golf professionnel, les rejoint. «Ses connaissances sportives rendent les clubs plus performants», dit Fabien. Leurs outils se veulent à la fois des bijoux et des armes de guerre sur les greens. Une préoccupation qui ne relève pas seulement d’un simple souci de qualité, car leurs produits doivent être conformes aux brevets sportifs, au contraire de tout autre produit de luxe. «C’était notre plus grand challenge», commente Loïc. Aujourd’hui, les Genevois assurent que la qualité du jeu est digne des plus grands clubs. Le secret: «Comme dans l’horlogerie, le club est taillé directement dans un bloc en inox. En comparaison des autres modèles, qui sont conçus à partir d’un moule, on gagne en précision.» Convaincu, le professionnel suisse Julien Clément joue certaines compétitions européennes avec leurs clubs. Il est devenu ambassadeur de la marque.
Après plus d’un an d’existence, Valedictorian a écoulé cent modèles, les vendant tant à des amateurs suisses qu’à des professionnels internationaux, rencontrés sur les terrains ou lors de compétitions internationales. Le phénomène séduit. «Un client kazakh nous a même demandé de lui créer un putter de platine, d’une valeur de 300000 francs, se rappelle Fabien. Malheureusement nous avons dû refuser de le fabriquer, car le poids du putter aurait été supérieur à un kilo (le double d’un modèle habituel). Impossible de jouer avec.» Outre l’importance accordée à la Russie ou aux pays du Golfe, les jeunes pousses du luxe mettent le cap sur le marché asiatique.
Golf à la chinoise. Le golf, symbole par excellence de l’ascension sociale, explose en Chine. «C’est fou. Un nouveau parcours de golf s’y ouvre tous les treize jours», dit Loïc. Les joueurs chinois seraient environ trois millions. L’association chinoise de golf estime que ce nombre atteindra vingt millions en 2020. «C’est notre priorité. Nous faisons des tours de promotion et nous cherchons actuellement un distributeur», poursuit Loïc. Choix symbolique, leur première boutique sera ouverte en avril 2012 à Pékin.
Leur rêve? «Monter un modèle intégrant un mouvement de montre ou entièrement en or et en diamants», lance, l’œil brillant, Fabien. Mais, concrètement, leur ambition est de multiplier le nombre de ventes par dix en 2012, donc de dépasser le seuil des mille exemplaires. La prochaine étape sera la création d’une gamme d’accessoires et, surtout, le développement d’une série de clubs complète. «La question du coût sera problématique, car l’ensemble vaudra plusieurs centaines de milliers de francs», explique Loïc. Trouver des clients, qu’ils soient millionnaires kazakhs ou fanatiques chinois, sera un défi d’une autre ampleur.
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