Leader sur le marché du 2e pilier couvert par les assureurs – avec plus de 600 000 assurés dans 34 000 entreprises – SwissLife se renforce encore dans ce domaine avec la reprise, annoncée en janvier, des affaires d’assurance vie collective de Nationale Suisse.
«DANS LE 2E PILIER, NOUS SOMMES ATTENTIFS AU RENDEMENT DES CAPITAUX PLACÉS: ENTRE 7 ET 9%.»
En 2010, SwissLife a enregistré une augmentation de 3% des recettes de primes dans la prévoyance professionnelle, à 6076 millions de francs. Les frais administratifs par assuré ont été réduits de 8%.
Quelle est la stratégie de SwissLife en Suisse?
Le programme Milestone fait partie intégrante de notre stratégie depuis deux ans: nous devons prendre en compte le profit avant la croissance, lors de chaque décision.
Dans ce cadre, nous souhaitions réduire la part des produits traditionnels dans notre offre, au profit de produits plus sophistiqués. Ils représentent désormais 50% des contrats: c’était notre objectif. Nous avons également réduit nos coûts de 25%.
Nous voulons aussi atteindre une croissance de 1% supérieure à celle du marché. A cette fin, nous développons une distribution multicanal; à travers nos agences, bien sûr, mais aussi des courtiers d’assurances, différentes banques, AWD et la vente sur internet.
L’adaptation aux besoins des clients a été renforcée, tant pour la conception des produits que le service.
Avant d’acquérir les assurances collectives de Nationale Suisse vous aviez déjà 30% du marché du 2e pilier détenus par les assureurs. Quelle part de marché souhaitez- vous atteindre dans ce domaine?
Nous n’avons pas pour objectif, en soi, d’augmenter notre part de marché, mais de réaliser des économies d’échelle dans le domaine de la prévoyance professionnelle en réduisant le coût moyen par assuré.
Avec 30% du marché de la prévoyance professionnelle, nous étions déjà un des leaders avec 6 milliards sous gestion. Les affaires collectives de Nationale Suisse représentaient 200 millions.
Quelle marge souhaitez-vous réaliser dans le 2e pilier?
Nous ne parlons pas d’objectif de marge dans le domaine du 2e pilier. Nous sommes attentifs au rendement des capitaux placés: entre 7 et 9%.
Un rendement substantiel pour un assureur qui, comme d’autres, a peu d’actions. Quelle est leur part dans vos actifs?
Nous avons environ 2% d’actions.
Vous avez lancé Swiss Life Business Invest qui ne garantit pas le taux minimum LPP et n’est pas une assurance complète. Souhaitez- vous la suppression du taux d’intérêt minimum dans la LPP?
Pour nous, le taux d’intérêt minimum dans la LPP est un fait. Nous l’intégrons dans nos assurances complètes qui offrent une garantie totale aux petites entreprises. SwissLife en Suisse respecte totalement, pour ses assurances complètes dans le 2e pilier, la législation actuelle avec le taux d’intérêt minimum, le taux de conversion et la «legal quote» qui précise la part du bénéfice que nous devons rétrocéder aux assurés dans la prévoyance professionnelle.
Les compagnies d’assurances, comme les caisses autonomes, avaient indiqué, au moment de la votation sur la réduction du taux de conversion, que cela nous semblait nécessaire compte tenu du vieillissement de la population.
Les assureurs, dans leur ensemble, n’ont en charge que quelque 18% de l’argent placé dans le 2e pilier en Suisse. Environ 73% sont gérés par des caisses autonomes ou des fondations, confrontées au même problème.
Les taux d’intérêt sont très bas: est-ce un défi pour les assureurs?
Un environnement de taux d’intérêt bas sur une longue période constitue un défi pour n’importe quelle compagnie d’assurances, pas seulement pour SwissLife. Nous pouvons y faire face de trois manières. Pour les contrats déjà existants en assurance vie, nous réduisons la part de la participation aux excédents.
Dans les nouveaux contrats, nous entendons proposer une garantie de rendement plus faible. Nous pouvons également élaborer de nouveaux produits, comme des assurances vie liées à des fonds dans le cadre de la prévoyance libre.
Si on observe ce qui s’est passé au Japon, on constate que, avec une longue période de taux d’intérêt très bas, les contrats d’assurances peuvent simplement garantir la préservation du capital.
Pour accepter de tels contrats, les clients devraient craindre une future déflation?
Même sans craindre la déflation, un contrat d’assurance qui préserve le capital est recherché par les clients.
En quoi un contrat garantissant la préservation du capital est-il plus intéressant que du cash dans une banque?
Les compagnies d’assurances en Suisse ont l’obligation de détenir la fortune liée correspondant aux prestations promises. De plus en plus de personnes recherchent cette garantie et concluent des contrats assurant juste le capital placé ou offrant un faible taux d’intérêt.
De 2%?
Même de moins de 2%. Depuis la crise, les clients recherchent surtout la sécurité.
Les assureurs détiennent beaucoup d’obligations. Est-ce une sécurité, alors que le risque crédit émerge sur les dettes souveraines et qu’une hausse des taux ferait baisser la valeur des obligations?
La valeur du compartiment obligataire dépend effectivement beaucoup de l’évolution des taux.
Quelle est votre exposition à la dette de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal?
Nous détenons très peu d’obligations souveraines grecques, irlandaises et portugaises et ce compartiment est géré avec une grande attention. L’essentiel du risque dans la gestion obligataire est ailleurs.
Il tient au fait qu’on doit régulièrement réinvestir des sommes importantes – lorsque des obligations arrivent à échéance – en obtenant des taux d’intérêt inférieurs à ceux dont nous bénéficiions il y a dix ans. Quelque 70% de nos 73 milliards de francs d’actifs sont composés d’obligations.
Quel est le principal risque: une hausse des taux ou des taux durablement bas?
Le principal risque serait une hausse brutale des taux d’intérêt. Nos stratégistes estiment toutefois que le risque d’une hausse brutale des taux en Suisse est très limité. Nous pourrions nous accommoder, à terme, de taux de 2 à 2,5%, pour autant que l’évolution soit progressive.
Une partie de vos actifs sont dans l’immobilier. Y a-t-il une bulle en formation?
Sur 73 milliards, nous avons placé plus de 10% dans l’immobilier. Le rendement a été merveilleux pendant la crise, presque sans volatilité. Quelques baisses de prix sont possibles à Zurich, Genève ou Lausanne; mais ce risque est très limité. L’augmentation de la population soutient la demande sur le marché de l’immobilier.
Quelles sont les conséquences pour votre compagnie du Swiss Solvency Test?
Toute l’industrie de l’assurance est favorable à une supervision du risque et au Swiss Solvency Test. Chaque compagnie devait remettre à la Finma son modèle de gestion des risques et d’allocation des actifs.
Aucun de ces modèles n’a toutefois été approuvé à ce stade. Or, Solvency II entrera en vigueur dans l’UE le 1er janvier 2013. Nous devons être sûrs, d’ici là, que les modèles suisse et européen sont compatibles et que nous ne subirons pas des distorsions de concurrence .
Profil
IVO FURRER
54 ans, CEO suisse du groupe SwissLife depuis le 1er sept. 2008. Président du comité Vie de l’Association suisse d’assurances. A travaillé pour Zurich Financial Services de 2002 à 2007, en tant que CEO Vie Suisse et membre du Global Life Executive Committee de ZFS dès 2007.
A été responsable de l’e-Investment Services Europe à Credit Suisse Group. Docteur en droit: thèse sur la prévoyance professionnelle.
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