Redoublement
Des dattes pleines de vers
Par Jon Ferguson - Mis en ligne le 04.11.2009 à 14:16
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L'avis de l'enseignant. Professeur d’anglais, Jon Ferguson estime que la question du redoublement est insignifiante.
Il y a deux semaines, à l’aéroport de Monastir en Tunisie, il me restait deux dinars. Je les ai dépensés pour un paquet de dattes qui avaient l’air fraîches. De retour à Morges, j’ai ouvert le paquet avec ce fameux sentiment proustien qui allait me faire revivre mes vacances d’automne. On m’avait cependant prévenu à l’aéroport que, souvent, un ou plusieurs vers logeaient dans les dattes. J’ouvre la première datte: un ver; deuxième datte: un ver; troisième datte: un ver; quatrième datte: un ver. J’ai jeté le paquet à la poubelle.
Lorsque j’ai commencé d’enseigner au collège de l’Elysée il y a 35 ans, je me suis immédiatement rendu compte d’une aberration dans le système: les trois sections VSO, VSG et VSB.
Au moment de la révolution EVM, j’ai été frappé par une nouvelle aberration: les élèves ne travaillaient plus parce qu’ils savaient qu’ils pouvaient toujours refaire un test auquel ils avaient échoué, une fois, deux fois, trois fois…
J’entends maintenant que les décideurs veulent dépasser le triple cloisonnement VSO-G-B mais qu’ils veulent également se débarrasser de la possibilité du redoublement. Mauvaise idée. La semaine passée, j’ai demandé à trois classes si elles pensaient que le redoublement était une bonne ou une mauvaise chose; 100% des élèves (mieux qu’une élection présidentielle en Tunisie) ont répondu que c’était une bonne chose. Pourquoi? 1) Parce qu’ils ressentent le besoin d’avoir une petite lame de guillotine sur leur tête pour être motivés et, 2) parce qu’il n’y a pas lieu d’avoir honte de redoubler, cela peut aider les élèves plus lents à trouver leur cheminement personnel, au rythme qui leur est préférable.
De toute manière, il y a toujours un ver dans la datte. Personnellement, je pense qu’on devrait se débarrasser du système scolaire actuel dans sa globalité. Il est complètement daté. Il y a quelques mois, L’Hebdo a publié ma proposition pour une «révolution de l’éducation» (édition du 26 février 2009). Je pense que ma révolution se produira 20 ou 30 ans après que d’autres vers auront mangé ma carcasse sous terre. L’espèce humaine est très attachée à ses «traditions». Mon job est d’enseigner l’anglais. N’importe quel imbécile peut apprendre une langue, comme le démontre le fait que tout le monde en parle une au moins dès l’âge de 3 ans. Il suffit juste d’écouter et d’imiter. La façon d’enseigner l’anglais aujourd’hui est d’un autre temps. Si les enfants regardaient des dessins animés en anglais de 2 à 8 ans, ils seraient bilingues. D’énormes enjeux semblent obséder les baudruches pédagogues alors que tout est très simple à la base.
Devrait-on redoubler? Je dirais que c’est un souci insignifiant. La question cruciale est: comment enseigner le mieux possible à la plupart des enfants? Notre système scolaire est plein de vers, depuis le début. Qu’on le jette à la poubelle et qu’on emploie les moyens et la technologie de notre temps pour donner à tout le monde une chance égale d’apprendre et d’avancer.
LA QUESTION CRUCIALE EST: COMMENT ENSEIGNER LE MIEUX POSSIBLE À LA PLUPART DES ENFANTS?
JON FERGUSON Professeur d’anglais à Lausanne, écrivain, peintre, l’Américain a été entraîneur de basket. Il souhaite une révolution dans l’enseignement, grâce aux nouvelles technologies (lire L’Hebdo du 26 février 2009).
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