Bientôt quatre femmes au gouvernement. Ou peut-être cinq. Le 22 septembre, la Suisse fera les grands titres de la presse internationale.
Un pays souvent raillé pour son indécrottable machisme alpin se verra paré de toutes les vertus féministes.
Les «top managères» restent ultraminoritaires. Mais la révolution est en marche.
Loin de nous l’idée de bouder ce jour historique. Une majorité féminine au Conseil fédéral, voilà qui apparaissait il y a peu comme de la pure science-fiction. C’est dire le chemin parcouru.
Une fois l’euphorie retombée, il faudra toutefois se replonger dans la réalité des chiffres: l’image donnée par la vitrine bernoise est réjouissante. Ce qui se passe dans la boutique et l’arrièreboutique l’est beaucoup moins.
Le vrai pouvoir, celui de la haute administration fédérale, qui reste en place plus longtemps que les ministres, est encore à plus de 80% en main masculine, comme le montre l’enquête de notre rédacteur Michel Guillaume. On cherchera donc vainement une secrétaire d’Etat. Et aucun office d’importance n’est dirigé par une femme. Saisissant contraste.
A la direction des entreprises, même désert: les «top managères» sont encore ultraminoritaires. Et Nayla Hayek, récemment élue à la présidence de Swatch Group est la première femme de l’histoire helvétique à occuper ce poste dans une grande société cotée en Bourse.
Les organisations patronales et les syndicats ne sont pas mieux parés. Comme d’ailleurs la direction des hautes écoles: seule l’Université de Neuchâtel est dirigée par une femme (lire le dossier coordonné par Christophe Passer).
Pourquoi, alors, annonce-t-on l’«heure des femmes» et la «fin des hommes»? Dans un étonnant tir groupé, les périodiques Time, Newsweek, The Atlantic, la NZZ am Sonntag et The Economist (dont nous nous sommes librement inspirés pour notre couverture) ont récemment consacré de nombreuses pages au sujet, statistiques à l’appui.
Aux Etats-Unis, même si les femmes sont encore rares à la tête des grands groupes, elles occupent désormais plus de la moitié des postes aux échelons moyens du management. Autre indicateur surprenant: depuis le début de la crise actuelle, les hommes ont été proportionnellement plus nombreux que les femmes à perdre leur emploi. Qui croire?
Sans doute l’Amérique est-elle en avance sur la plupart des pays européens, mais surtout l’interprétation des faits dépend de la focale choisie: si l’on s’en tient aux chiffres actuels, les inégalités restent criantes. En revanche, si l’on prend vingt ou trente ans de recul, la dynamique à l’œuvre est saisissante.
Outre-Atlantique comme en Suisse. Parce que la majorité des diplômés universitaires sont désormais des femmes, parce qu’elles occuperont forcément un nombre croissant de postes à responsabilités en politique comme dans l’économie, parce que le gaspillage de leurs talents serait un non-sens, une révolution est en marche. Silencieuse, parfois d’une cruelle lenteur. Mais destinée, selon toute probabilité, à changer nos sociétés en profondeur. Rendez-vous dans une génération.
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