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«TOURNÉE» Mathieu Amalric et ses muses, Julie Atlas Muz, Mimi Le Meaux et Dirty Martini.
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Des femmes bien en chair et en plumes

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 14.07.2010 à 14:59

Dans «Tournée», Mathieu Amalric entonne un chant d’amour à la femme auprès des figures de proue du New Burlesque. Sensuel et mélancolique, un grand film.

Depuis des années Mathieu Amalric regrettait que ses activités d’acteur le détournent de sa vraie vocation, la réalisation. L’on s’inquiétait légitimement que le meilleur acteur français du monde, puisqu’il irradie de sa sombre lumière non seulement les films de Desplechin (Un conte de Noël), des frères Larrieu (Les derniers jours du monde), mais aussi le Munich de Spielberg ou 007-Quantum of Solace, s’éclipse derrière la caméra. Par chance, son regard de cinéaste s’avère aussi inspiré que ses prestations dramatiques.

Pour monter cette Tournée, Mathieu Amalric s’est inspiré d’un récit de Colette, L’envers du music-hall. Et puis, il a découvert le New Burlesque, un mouvement lesbien venu des Etats-Unis qui dénonce à travers des numéros de cabaret le formatage des corps et l’image stéréotypée de la femme véhiculée par la publicité. Il a rencontré quelques représentantes de cette mouvance libertaire, Julie Atlas Muz, Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten on the Keys, Evie Lovelle, des créatures opulentes, outrancières, rieuses. Vraies... Il met en scène ces sirènes platine, couvertes de plumes et de tatouages, exhibant leurs formes généreuses, belles comme des Rubens.

Cul mahousse. Tournée est une espèce de road movie discontinu mené sur les bascôtés de la province française, un no man’s land de gares, de parkings, d’hôtels sans âme. Paris est comme la vérité, la capitale se dérobe quand on s’en approche. Les girls font leurs numéros trash et tordants: Dirty sort de son cul mahousse une guirlande de dollars réduits en charpie, Julie se dénude à l’intérieur d’un ballon – comme si la lune révélait ses charmes intimes...

Se souvenant de Fellini, de Cassavetes, le réalisateur évite tous les écueils. Il ne raconte pas une histoire psychologique entrecoupée de numéros. Il capte la vie, en équilibre miraculeux sur la fine ligne de démarcation entre fiction et réalité. Il révèle l’ambivalence de la femme, impérieuse et vulnérable, mûre et enfantine à la fois.

Face à ce gynécée exubérant, l’homme se tapit. Le personnage du tourneur aurait pu être joué par Benoît Poelvoorde ou Alain Chabat; mais Amalric, fébrile, intense, a fini par incarner ce loser, magouilleur et mauvais père, cruel («Je pourrais t’aimer si tu avais du talent», lance-t-il à Mimi) et enfantin.

Chant d’amour à la femme, Tournée métaphorise aussi bien la crise identitaire du mâle contemporain, dépassé par le sexe dit faible, que l’opiniâtreté des producteurs indépendants, ferraillant sans trêve pour faire aboutir leurs rêves, prenant «en charge l’irresponsabilité des autres».

Depuis Tournée et son prix de la Mise en scène à Cannes, Mathieu Amalric est retourné devant la caméra. Les cinéphiles jubilent. Non seulement ils conservent le génial comédien, mais en plus un grand cinéaste s’est révélé.

Tournée. De et avec Mathieu Amalric. Avec Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten on the Keys, Julie Atlas Muz, Evie Lovelle. France, 1 h 51.




Tags: Mathieu Amalric, "Tournée",

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