Les temps changent, en apparence du moins. A la veille des précédentes élections genevoises, en 2005, les partis gouvernementaux avaient, les uns après les autres, invoqué «la compétence d’abord» pour renoncer à présenter des candidatures féminines au Conseil d’Etat. Véronique Pürro au Parti socialiste, Fabienne Bugnon chez les Verts et Véronique Schmied au Parti démocrate-chrétien avaient fait les frais de cette prétendue realpolitik.
Retournement. Les femmes n’avaient pas encore vidé leur calice. Le 13 novembre 2005, la libérale Micheline Spoerri, conseillère d’Etat en charge de la Police, ne fut pas réélue. Aussi, pendant ces quatre dernières années, le canton a été gouverné par sept hommes, de surcroît en majorité de gauche (deux socialistes, deux Verts, un PDC, un radical, un libéral).
En 2009, au moment de faire les jeux, le retournement est total. L’élection du Conseil d’Etat se décidera le 15 novembre. Deux ministres ne se représentent pas: le socialiste Laurent Moutinot et le Vert Robert Cramer. La reconduction de la majorité gouvernementale de gauche n’est donc pas assurée. Aussi les libéraux se doivent-ils de tenter la reconquête du mandat perdu en 2005. Pour faire équipe avec Mark Muller, ministre en charge du Département des constructions et des technologies de l’information depuis quatre ans, l’assemblée du parti a lancé une femme, en la personne d’Isabel Rochat, membre de l’exécutif de la commune de Thônex.
Les Verts n’ont carrément plus le choix. Après avoir retenu la candidature de David Hiler il y a quatre ans, ils ont inscrit la parité dans leurs statuts. Cette année, le ministre des Finances Hiler sera donc accompagné de Michèle Künzler, cheffe des écologistes au Grand Conseil.
Retenue. Samedi 21 février, les socialistes en congrès ont fait un choix semblable. Leur homme, c’est Charles Beer, ministre de l’Education depuis six ans. Et leur femme, ce sera Véronique Pürro, députée depuis 1997, cheffe du Service social de la Ville de Ge-nève depuis 1999 et «jeune espoir du parti» depuis vingt ans. Alors cette fois, c’est bon, la cause des femmes l’a emporté? Pas si évident. Car tous ces tickets reflètent avant tout un manque d’ambition.
Si les libéraux ont choisi Isabel Rochat, c’est surtout pour désamorcer la candidature d’un homme fort du parti, Olivier Jornot, qui aurait pu être élu à la place du sortant Mark Muller. Quant aux socialistes, ils semblent sauver l’honneur. Ils ont fait fi de la prétention du maire de Genève, Manuel Tornare, d’accéder au Conseil d’Etat à la place d’une femme. Lui, pourtant, offrait à la gauche la quasi-garantie de préserver sa majorité. Avec lui encore, le parti aurait gagné en profil en lançant non deux, mais trois candidats.
Sagesse d’apparatchik. Mais les socialistes ont préféré le choix raisonnable, raisonnable comme un calcul d’apparatchik. En 2003, au moment de remplacer Micheline Calmy-Rey qui venait d’accéder au Conseil fédéral, Charles Beer avait pu s’élancer vers le Conseil d’Etat grâce à Véronique Pürro, qui s’était dressée contre la candidature d’une autre femme, la conseillère nationale Liliane Maury Pasquier. En 1998, dans le cadre de l’élection de l’exécutif de la Ville, la jeune socialiste avait rendu exactement le même service à Manuel Tornare. En 2009, au PS comme chez les libéraux, c’est donc moins la cause des femmes que la force des réseaux qui mène le bal. Du coup, les Genevois parleront sans doute moins de parité en 2013.
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