Près de 80 logements sacrifiés aux abords de la gare de Lausanne à l’horizon 2016. Ce sera vraisemblablement le prix à payer pour sauver le réseau ferroviaire romand de l’asphyxie au travers de l’agrandissement de la gare de la capitale vaudoise. Le scénario actuellement envisagé par les CFF impliquerait le délogement de 250 riverains, dont l’intérêt ne devrait guère faire le poids face à celui de milliers de pendulaires.
Pourquoi ne pas construire de nouveaux logements au nord de la gare afin d’y reloger une partie des riverains? Vis-à-vis des bâtiments menacés dans le quartier des Epinettes, le projet du pôle muséal, sur le site de l’ancienne halle aux locomotives, va bon train. La parcelle, avec ses quelque 26 000 mètres carrés, est vaste.
Convergence d’intérêts. L’idée a été évoquée à demi-mot lors d’une séance d’information réunissant des représentants des CFF, les autorités cantonales et communales ainsi que les riverains. Pour être aussitôt balayée par Grégoire Junod, le municipal de la Culture et du Logement. Pour le nouvel élu socialiste, entré à la Municipalité au printemps dernier, il apparaît impossible de bâtir du logement sur la zone en raison des contraintes administratives – notamment le changement du plan d’affectation – et du temps que cela prendrait.
Le municipal en charge des Travaux et conseiller national, Olivier Français, croit pourtant au potentiel de cette proposition: «Oui, il serait imaginable d’intégrer des logements à l’extrémité ouest de la parcelle.» Selon cet ingénieur, cheville ouvrière du M2 (le métro qui a révolutionné la vie des Lausannois), la réflexion se révèle plus qu’intéressante, d’autant que l’avenir de l’ensemble de la zone n’est pas encore précisément fixé.
Logements et pôle muséal ne sont pas antinomiques. Les problèmes immobiliers inhérents à l’agrandissement de la gare mettent au contraire en évidence une convergence d’intérêts entre deux projets, pour l’heure totalement déconnectés l’un de l’autre. Une telle idée catalyserait en effet des enjeux urbains récurrents dans le discours des aménagistes et des politiciens: la mixité sociale et fonctionnelle ainsi que la densification. Elle permettrait également d’accueillir une partie au moins des riverains délogés.
«EN SITUATION DE PÉNURIE, IL SERAIT PERTINENT D’AJOUTER UN OU DEUX IMMEUBLES SUR CE PÔLE DÉDIÉ À LA CULTURE.»
Yannis Papadaniel, membre du comité de l’Association des riverains de la gare de Lausanne
Pour Yannis Papadaniel, membre du comité de l’Association des riverains de la gare de Lausanne, cette solution n’est pas utopique: «Nous sommes conscients que l’agrandissement de la gare et la réalisation du pôle muséal sont totalement indépendants. Cependant, il nous semble qu’en situation de pénurie, il serait pertinent d’ajouter un ou deux immeubles sur ce pôle dédié à la culture. On pourrait aisément convaincre la population du bien-fondé de cet argument.»
Densification. Face au problème d’habitat soulevé par le projet de modernisation de la gare, Olivier Français a également des desseins sur la densification du quartier sousgare, ce quartier véritable petit cocon bobo de la capitale vaudoise. «Les habitants devront entrer en matière sur ce sujet dans le futur car le quartier sera amené à muter», relève le radical. Une densification qui permettrait à d’autres habitants délogés de trouver refuge et qui pourrait, par exemple, s’opérer au travers du rehaussement de certains bâtiments.
Si tant est que ces idées aboutissent, il restera encore un problème à résoudre: le prix des appartements, inévitablement plus élevé dans un immeuble neuf ou rénové. A l’heure actuelle, les riverains menacés paient en moyenne 1500 francs par mois pour un logement de trois pièces. Un appartement moderne d’une surface similaire reviendrait à au moins 2200 francs par mois. Une différence de taille.
1 milliard pour soulager les pendulaires
Pour répondre à la saturation du réseau ferroviaire en Romandie, la modernisation de la gare de Lausanne – un des trois principaux nœuds helvétiques avec Berne et Zurich – est jugée prioritaire par les CFF et par la Confédération, qui a récemment promis un investissement de 1 milliard de francs. Le scénario actuellement à l’étude intègre notamment le prolongement à 420 mètres de quatre quais vers l’ouest, entraînant la destruction d’au moins 80 logements au sud de la gare. Deux variantes d’extension vers l’est ont été écartées en raison d’un impact plus important sur le bâti. Les travaux sont prévus de 2017 à 2023.
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