«Comparis joue les pirates», c’est le titre de l’enquête parue dans l’édition de L’Hebdo du 30 août. Un article qui nous a valu d’être soumis à des mesures superprovisionnelles du Tribunal cantonal vaudois. Et dont Comparis voulait qu’elles aboutissent à la saisie par les forces de l’ordre du magazine dans tous les kiosques de Suisse. Le lendemain, Comparis licenciait l’un de ses collaborateurs – le pirate présumé. Et un jour plus tard, retirait sa requête contre L’Hebdo. Aujourd’hui c’est le site de comparaison de primes maladie qui pourrait faire l’objet d’une plainte pénale de la part de la Confédération (lire l’article de Michel Guillaume). Cette affaire est suffisamment révélatrice (et compliquée) pour que l’on revienne sur cette folle semaine. Ce que met en lumière ce feuilleton à rebondissements, c’est d’abord la lutte d’une entreprise, Comparis, pour le marché juteux de la comparaison des primes maladie. Longtemps, le site zurichois est apparu comme un gentil défenseur des consommateurs. On comprend mieux aujourd’hui qu’il s’agit d’une entreprise commerciale. Et qu’il est urgent de lui opposer un site plus neutre et objectif – c’est du reste ce que tente l’Office fédéral de la santé publique. Il y a ensuite les méthodes extrêmes de Comparis. Contrairement à ce qu’ils ont prétendu à longueur de communiqués de presse, les dirigeants de l’entreprise connaissaient les tentatives de piratage révélées dans notre article. Ils ont donc clairement travesti les faits. La juge aurait certes pu interpeler L’Hebdo avant de prendre sa décision. Elle en a décidé autrement. Ce qui est regrettable. Parce que l’ordonnance du Tribunal est arrivée trop tard, il était matériellement impossible de stopper la distribution du magazine. Les abonnés et les kiosques l’ont donc reçu jeudi matin, comme d’habitude. En revanche, les mesures superprovisionnelles nous ont contraints à ne pas publier l’article incriminé sur notre site et à observer le silence sur le fond de l’affaire. Aujourd’hui, après que les dirigeants de Comparis ont retiré leurs requêtes, nous pouvons reprendre notre liberté de parole. Et répondre à leurs tentatives de miner la crédibilité du travail de L’Hebdo. Soulignons enfin que les demandes de mesures superprovisionnelles restent l’exception. Il est plus rare encore que la justice y fasse droit. On compte ainsi sur les doigts d’une main les ordonnances rendues dans les cantons romands depuis le milieu des années 80. Certes, il serait déplacé de crier au complot. Nous sommes encore loin de la censure de type poutinienne. Mais la liberté de presse est une conquête démocratique trop précieuse pour ne pas être choqué quand elle a été mise en danger. |









