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«Juste vivre en paix.» Hors de l’enceinte de l’université, quelques étudiants ouïgours trouvent un peu de liberté dans les dortoirs déserts d’un immeuble décati. Là, ni caméra ni militaires. Julambar partage une chambre avec dix autres filles ouïgoures. «Je ne pourrais pas vivre avec des Chinoises», dit-elle avec douceur. Un sentiment réciproque du côté han. Hormis quelques amitiés exceptionnelles sur le campus, les deux ethnies cohabitent dans l’ignorance mutuelle et évitent de se retrouver dans la proximité des dortoirs. La jeune Ouïgoure aux yeux clairs reste discrète au sujet de la présence de militaires dans l’université. Son ami Nijat, lui, se montre plus virulent: «Leur nombre est exagéré! Ils disent qu’ils sont là pour nous protéger, mais je pense qu’ils veulent nous impressionner.» L’angoisse des émeutes de juillet 2009 n’a pas disparu des esprits. «Nous sommes restés enfermés dans l’université pendant un mois», raconte Jurat de sa voix posée. «Plusieurs fois, des militaires sont venus chercher des étudiants pour les emmener. L’un de mes amis se trouvait parmi eux, je ne sais pas ce qu’il est devenu. Peut-être qu’il est en prison. Ou peut-être qu’il est sorti du pays.»
Partir, c’est ici le rêve de beaucoup d’étudiants. Nijat et Jurat, tous deux 22 ans, savent qu’ils devront se marier dans deux ans. Ils connaissent leur future épouse, mais craignent que ces unions programmées par les familles ne les lient à Urumqi. «J’aimerais aller étudier à l’étranger et devenir citoyen d’un autre pays», confie Jurat. Un désir de liberté entravé par la répression politique, mêlée aux contraintes familiales d’une culture ouïgoure qui tente de se maintenir. Et l’ailleurs rêvé reste lointain: après les émeutes, les autorités ont bloqué internet, appels à longue distance et SMS. Le rétablissement des communications – c’est-à-dire une censure identique au reste de la Chine – n’a eu lieu qu’il y a trois mois.
«Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un dilemme», explique Jurat. «Il y a des questions auxquelles on ne peut répondre. Tout ce qui touche au gouvernement ou à la politique est banni de nos conversations. Nous voulons juste vivre en paix. On ne peut pas compromettre notre avenir en parlant de politique.»
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