Hat Creek, c’est comme la lune: un lieu qu’il faut aller décrocher, situé à 450 km au nord de San Francisco, au milieu de nulle part. Une contrée adulée des pêcheurs et des campeurs. Et depuis quelques mois, connue aussi pour être l’endroit d’où l’on entendra peut-être une voix venue d’ailleurs.
Car c’est sur ce vaste plateau dégagé de tout arbre et parfaitement ouvert au ciel qu’ont été installées les 42 premières antennes d’un projet unique au monde: le «Allen Telescope Array» (ATA), réseau de radiotélescopes spécifiquement destinés à déceler des signes extraterrestres de vie intelligente.
Un signe d’intelligence. Ces 42 grands et élégants télescopes ont commencé à scruter le ciel en novembre déjà. A terme, le projet ATA comptera 350 télescopes de 6 m 10, répartis sur une surface d’environ 1 km de diamètre. Il fonctionnera en réseau pour balayer le plus largement et précisément possible les fréquences d’ondes en provenance du cosmos.
Dans le modeste centre de contrôle, un homme à l’allure humble n’esquive pas la question qui est sur toutes les lèvres. «Je serais beaucoup plus surpris d’apprendre que nous sommes seuls dans l’Univers que surpris de trouver la preuve d’un signe d’intelligence extraterrestre», explique l’astronome Forster. Un scientifique américain qui n’a rien de l’agent Fox Mulder dans X-Files. Rick Forster, vieilles lunettes grises, cheveux et barbe poivre et sel, est le responsable de l’observatoire et de son nouveau bijou, l’ATA. Lui et son équipe d’une dizaine de scientifiques et de techniciens s’en occupent à plein temps.
Le Réseau de télescopes Allen a été financé par le cofondateur du géant de l’informatique Microsoft, Paul Allen, en collaboration avec l’Université de Berkeley et l’Institut pour la recherche d’intelligence extraterrestre (SETI - Search for Extraterrestrial Intelligence). Coût total de ce projet jusqu’ici: 50 millions de dollars, dont 25 millions injectés par la fondation de Paul Allen, lui-même passionné d’astronomie et hanté par la question de savoir s’il y a de la vie intelligente ailleurs.
«Il y a vingt ans, un tel projet aurait été copieusement ridiculisé. Mais depuis, l’astronomie a fait tellement d’avancées et de nouvelles découvertes, notamment sur le nombre de planètes, d’étoiles, de galaxies existantes dans l’Univers et sur les possibilités de vie dans des conditions extrêmes, que le tabou d’une vie extraterrestre a été entièrement levé», se réjouit Rick Forster. Lui et toute l’équipe du SETI (institut privé à but non lucratif) espèrent que les 308 antennes restantes seront installées d’ici à deux ans. Tout dépendra du soutien de mécènes et donateurs privés, mais aussi du gouvernement américain, qui cautionne le projet par l’intermédiaire de la NASA.
Rendez-vous manqué. Pour notre galaxie, les responsables du SETI tablent sur des premiers résultats dans cinq ans. Mais pour cela, il faut bien sûr plusieurs facteurs: une planète où la vie est possible, une vie intelligente de surcroît, avec des êtres doués de raison, se posant aussi la question d’une vie ailleurs et surtout capables de transmettre des signaux.
«L’ATA est uniquement un récepteur de signes, il n’en transmet pas. Cela coûterait trop cher. Donc pour en capter, il faut que quelque part ailleurs, des gens nous transmettent des signaux par l’intermédiaire d’un médium technologique avancé. Si eux aussi ne peuvent que recevoir des signaux, on ne saura jamais si nous sommes seuls», explique le scientifique.
Et si aucune réponse ne devait venir de ces télescopes de Hat Creek, ceux-ci serviront de toute manière à percer d’autres nombreux secrets de notre galaxie et de l’Univers, notamment à mieux comprendre les mécanismes des trous noirs ou d’autres objets astronomiques extraordinaires dont l’existence est présumée, mais qui n’ont pas encore été observés.
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