Ne cherchez pas Cecilia Winter dans l’annuaire ou sur Google. Elle n’existe pas. Même si les cœurs de trois Zurichois lui appartiennent, à en croire le nom de leur groupe, My Heart Belongs To Cecilia Winter.
Quand on demande à Betty Fischer, Markus Gerber et Thom Luz - les trois musiciens à l’origine du groupe - d’où vient ce nom atypique, ils avouent un peu gênés que la question est plus intéressante que la réponse. Et concèdent simplement avoir choisi ce patronyme car il sonnait bien, même repris par des milliers de fans en concert.
A l’écoute du premier album du groupe, on est tenté de leur donner raison. Sur l’obsédant My Heart My Heart, deuxième piste du disque, on se prend à scander ce refrain: «My Heart Belongs To Cecilia Winter.» Surtout, à mesure que se succèdent les chansons, on commence à rêver d’un succès mondial pour le groupe et son rock aussi brumeux qu’accrocheur, maîtrisé et touchant à la fois.
Du théâtre au rock. A l’origine, Betty, Markus et Thom jouaient pourtant dans des groupes différents, entre Berne et Zurich. Ce n’est qu’au printemps 2006, suite à leur participation à une pièce de théâtre en tant que musiciens, qu’ils ont commencé à travailler ensemble. Et de décider dans la foulée de poursuivre leur collaboration une fois le rideau retombé. Trois ans et demi plus tard et de nombreux concerts remarqués, ils publient un premier EP composé de cinq titres. Et y dévoilent une pop rêveuse, pleine d’une nostalgie poignante, à l’image de Eighteen, chanson phare de ce mini-album. On pense aux Anglais de Jesus and Marie Chain pour la mélodie brumeuse et les rythmiques martiales ou aux Islandais de Sigur Rós pour un certain onirisme rugueux. Surtout, le clip qui accompagne ce titre évoque une adolescence poétique, à la manière d’un Virgin Suicides en terres alémaniques.
Six mois plus tard, Our Love Will Cut Through Everything enfonce le clou, prolongeant cette prime mélancolie. Car si les trois jeunes gens affichent une moyenne d’âge de 27 ans, ils voient dans ce premier album un manifeste adolescent, marqué par les souvenirs d’une innocence perdue et les rêves d’une époque.
Des limbes magnétiques de My Heart My Heart à une ballade maladroite guitare acoustique sur les genoux (I Made You A Tape), My Heart Belongs To Cecilia Winter insuffle une nostalgie légère à son univers. Mais ose également des galops plus rugueux, évoquant certains ténors de la scène rock actuelle, Arcade Fire en tête. Sur Guide Me To The Starts et Lights Out, on jurerait entendre des cousins du groupe montréalais, la basse carnassière, les six-cordes acérées. Quant au chant de Thom Luz, il transpire un lyrisme affecté, renforcé par quelques sursauts épiques, accentués encore par les mélopées et les cris de Betty Fischer.
Loin de la pop FM des Lovebugs ou du rock à guitares de Favez, My Heart Belongs To Cecilia Winter donne un nouveau souffle à la scène suisse, plus tranchant et contemporain. Et promet de conquérir bien des cœurs dans les mois à venir, des deux côtés de la Sarine, mais également hors des frontières helvétiques.
Our Love Will Cut Through Everything. Chop Records/Musikvertrieb. Sortie le 19 février. En concert. Berne. ISC Club. Je 18, 21 h. www.isc-bern.ch
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