Dans l’improbable calendrier qu’offrent les successions au Conseil fédéral, deux destins de réformateurs se croisent ces jours-ci. Ceux de la socialiste bernoise Simonetta Sommaruga et du radical zurichois Ruedi Noser. Ces deux parlementaires de talent ont en commun d’avoir essayé de redynamiser leurs partis respectifs par des programmes articulés et audacieux. Mais les deux iconoclastes sont restés incompris, sans que leurs contempteurs conservateurs parviennent à contrer leurs provocations par la démonstration de leur propre succès.
SOMMARUGA ET NOSER, DES ICONOCLASTES RESTÉS INCOMPRIS.
C’est en 2001 que Simonetta Sommaruga lançait ses thèses d’aggiornamento au sein du Parti socialiste. Le débat fut vite carbonisé. La Bernoise fut ostracisée en sorcière «blairiste» par les camarades romands, soucieux jusqu’à l’obsession de se démarquer de la gauche de la gauche, très remuante dans les cantons de Vaud et Genève.
Ce faisant, les Romands ont privé l’ensemble du parti d’un débat sur l’immigration - notamment - qui, s’il avait été tenu à temps, aurait évité beaucoup de déconvenues électorales aux collègues alémaniques. Mais à l’époque, le discours sécuritaire de l’UDC était considéré, à tort, comme inexportable sur les rives lémaniques. Après leurs reculs aux élections de 2003 et de 2007, les socialistes ont enfin empoigné le sujet.
Combien de mandats perdus aux Chambres fédérales parce que les socialistes n’ont pas su écouter Simonetta Sommaruga? Au moins une dizaine.
Pour les libéraux-radicaux, le gâchis est équivalent, faute d’avoir su tirer avantage des idées d’«avenir radical», lancées en 2004 par Ruedi Noser, au lendemain d’élections fédérales elles aussi cruelles pour l’ex-grand parti. Quel que soit le destin que l’Assemblée fédérale réservera à ces deux réformateurs, le 22 septembre prochain marquera l’avènement d’une génération nouvelle, l’adieu en quelque sorte à celle qui a subi, incrédule et effrayée, la montée des blochériens sans y riposter. Ce sera le sacre, espérons, de ceux qui feront reculer, ou même disparaître, l’UDC, grâce à leur opiniâtreté créatrice et à leur efficacité politique.
Signe qu’elle redoute l’arrivée de nouveaux talents concurrents, l’UDC recommence son cirque, alors que la question de la représentation des partis au sein du gouvernement à déjà été tranchée trois fois au cours de cette législature: en 2007, en 2008 et en 2009. Pourtant, c’est désormais prouvé, au Conseil fédéral l’UDC n’amène pas de solutions. Elle ne charrie que sa culture de la peur et du refus. Une sensibilité peut-être utile – en tout cas légitime au niveau législatif – mais totalement absurde et vaine au niveau de l’exécutif.
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